‹ Bajazet; tragédieChapitre 146 sur 161 · Opération bizarre · texte numérisé non relu

Opération bizarre

Oui, madame, il est vrai que je vous ai trompée :

Du soin de mon amour seulement occupée, 1580

Quand j'ai vu Bajazet, loin de vous obéir,

Je n*ai dans mes discours songé qu'à vous trahir.

Je Taimai dés Tenfance; et dés ce temps, madame,

J'avais par mille soins ^ su prévenir son àme.

La sultane sa mère, ignorant l'avenir, 1585

Hélas! pour son malheur, se plut à nous unir 2.

Vous l'aimâtes depuis : plus heureux l'un et l'autre,

Si, connaissant mon cœur, ou me cachant le vôtre,

Votre amour 3 de la mienne eût su se défier!

Je ne me noircis point pour le justifiera 1590

J'en jure par le ciel qui me voit confondue s,

Par ces grands Ottomans dont je suis descendue.

Et qui tous avec moi vous parlent à genoux*

Pour le plus pur du sang qu'il ont transmis en nous,

Bajazet, à vos soins tôt ou tard plus sensible'', 1595

Madame, à tant d'attraits n'était pas invincible.

Jalouse, et toujours prête à lui représenter

Tout ce que je croyais digne de l'arrêter.

Je n'ai rien négligé, plaintes, larmes, colère,

Quelquefois attestant les mânes de sa mère ; 1600

Ce jour même, des jours le plus infortuné.

Lui reprochant l'espoir qu'il vous avait donné,

Et de ma mort enfin le prenant à partie^.

Mon importune ardeur ne s'est point ralentie

Qu'arrachant malgré lui des gages de sa foi, 1605

1. Soin appartient à la langue précieuse et Petite soins est un bourg qui figure sur la carte de Tendre.

Prévenir en ma faveur.

2. Voilà son excuse. Il faut qu elle fasse semblant de se défendre, ne voulant pas paraître « se noircir pour le justifier ».

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