AVERTISSEMENT
dants et juxtaposés, destinés à éclaicir des questions de tout ordre, histoire, histoire littéraire, critique dramatique, géographie, philologie, etc. On s'est abstenu autant que possible des notes purement laudatives, réservées au commentaire oral. On s'est attaché à résumer les différentes recherches auxquelles donne lieu le détail du texte. L'explication de vive voix ne saurait les faire connaître, y ayant impossibilité matérielle pour le professeur de faire précéder chaque morceau à expliquer, d'une préparation minutieuse et lente. C'est ainsi que l'on trouvera, soit dans la Notice, soit dans les notes, tout ce qui a rapport à l'histoire, aux mœurs des Turcs en ce qui touche notre tragédie, aux divers incidents qui se pr oduisirent soit à Tapparition, soit aux reprises de la pièce, des citations, des appréciations de critiques autorisés, des rapprochements pour lesquels on s'est étudié surtout à éviter la banalité.
Bien qu'aucune librairie classique n'ait encore son édition à part de Bajazet, les documents et les travaux antérieurs ne nous ont nullement fait défaut. Nous avons largement puisé dans l'édition de Louis Moland, dans la très savante notice de Paul Mesnard, édition des Grands Ecrivains, dans la petite et très estimable édition du théâtre de Racine, par M. Bernardin, etc., etc. *.
Nos recherches à travers ces excellents travaux nous ont valu beaucoup de connaissances nouvelles ; nous serons heureux de voir le lecteur bénéficier de nos acquisitions.
i. Voyez, dans la Notice, la Bibliographie.
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ANALYSE DE LA PIÈCE. — l'aCTION. LES PERSONNAGES.
Le sultan Amurat, en partant pour aller assiéger Bagdad, a confié le soin de faire périr Bajazet, son frère, à la sultane Roxane. Celle-ci est devenue éprise de son captif, et ne songe qu*à le sauver, dût-elle le faire monter sur le trône d* Amurat, trahi et renversé. Le régime sévère du sérail s'oppose à de fréquentes entrevues entre Bajazet et Roxane : elle se confie à la jeune Atalide, qui porte les messages amoureux de la sultane au captif : confiance mal placée, car elle fournit à une rivale de fréquentes occasions de revoir en sécurité son amant.
L'amour de Bajazet etd'Atalide n'estpas né de ces entrevues furtives. Atalide, fille du sang ottoman, est cousine de Bajazet. Elevés ensemble, ils s'étaient de bonne heure destinés Tun à Tautre. La prudence les contraignant à la feinte, ils ne désabusèrent pas Roxane, qui se fiait à sa messagère.
Un jour vint où il fallut songer à prendre parti. Roxane ne pouvait différer davantage le moment où elle se déci-
derait à trahir ou à servir le sultan, en immolant ou en sauvant Bajazet. C'est ici que la tragédie commence ^. Elle traverse trois phases, dont la dernière n'est qu'un retour à la première.
Bajazet, interrogé par la sultane, qui lui offre le trône ou la mort, n'hésite pas à répondre selon son cœur : il refuse le trône. Roxane décide la perte du perfide.
Bajazet revoit Atalide. Celle-ci, pleine de son amour, frémit d'horreur à la pensée que *son bien-aimé va périr; tous les moyens seront bons pour l'arracher à la mort; qu'il feigne d'aimer Roxane, c'est plus qu'il n'en faut pour écarter momentanément la terrible vengeance. Bajazet repousse d'abord ce projet, trop contraire à sa fierté native, mais l'amour dompte l'orgueil : il promet de feindre.
Atalide se voit à peine obéie qu'elle gémit sur cette obéissance. Le péril une fois écarté, elle n'écoute plus que sa jalousie, irritée à la pensée que Bajazet a pu parjurer son amour aux pieds d'une rivale.
La feinte qu'elle a exigée prend à ses yeux d'amante l'apparence d'une horrible réalité, d'une trahison noire. Elle accable de ses reproches Bajazet qui vient lui annoncer qu'elle est obéie et qu'il est sauvé.
Il n'en fallait pas tant pour faire détester à Bajazet cette feinte à laquelle sa fierté s'était mal pliée. Les jalouses défiances d'Atalide trouvent un cœur tout préparé à rejeter le masque, à détromper Roxane, à lui redire une seconde fois qu'il ne saurait l'aimer 2. Dès lors, l'intrigue est finie, et les deux derniers actes ne sont plus que le récit de la vengeance lente de Roxane. La sultane trop éprise ne peut se rendre à la pénible évidence ; il lui faut des preuves multiples et palpablesavantde s'avouer à elle-même l'échec de son amour; enfin, quand le doute n'est plus possible, quand elle se sait trahie sans retour, alors seulement elle se décide au châtiment qui coûte si cher à son cœur. Elle ne peut jouir de cette vengeance, et tombe elle-même, victime du complot dont elle avait eu l'idée. Les révoltés ne s'arrêtent pas avec elle, mais l'entraînent à sa perte. Ils sont conduits par le ferme et habile vizir, trop intéressé
i. « Choisissant la journée d'une crise tragique, il y enserre l'action, qui par là éclate d'autant plus, et porte plus loin, comme la charge d'un canon raye. » E. Dbschanel, Racine^ I, p. 265.