Cet s est sans doute une faute échappée au prote
soient, ont de la dignité * sur notre Théâtre : on les regarde de bonne heure Anciens. Ce sont des mœurs et des coutumes toutes différentes. Nous avons si peu de commerce avec les princes et les autres personnes qui vivent dans le Sérail, que nous les considérons pour ainsi dire comme des gens qui vivent dans un autre Siècle que le nôtre.
C'était à peu près de cette manière que les Persans étaient anciennement considérés des Athéniens *. Aussi le poète Eschyle ne fit point de difficulté d'introduire dans une Tragédie la mère de Xerxès, qui était peut-être encore vivante, et de faire représenter sur le Théâtre d'Athènes la désolation de la cour de Perse après la déroute de ce prince 3. Cependant ce même Eschyle s'était trouvé en personne à la bataille de Salamine, où Xerxès avait été vaincu, et il s'était trouvé encore à la défaite des Lieutenants de Darius, père de Xerxès, dans
1. Dignité. La dignité est indispensable aux personnages de la tragédie. Ceux qui en manquent ne peuvent relever que de la comédie. La distinction entre ces deux genres est absolue. « 11 faut d'abord, dit Fénelon (Lettre à l'Acad.^ VI), il faut séparer d'abord la traçédie d'avec la comédie. » Diderot, Saurin, Sedaine, Beaumarchais prépareront la fusion des deux genres en un seul, le drame, dont ravènement date de la Préface de CromweU (1827). Le théâtre au xvii» siècle est Fimage de la société, composée des grands et du peuple. La tragédie ne reçoit que les rois, princes et seigneurs. Les petits bourgeois ridicules sont l'apanage de la comédie, « Ce que Racine appelle ici la dignité et le respect, reverentiay ce respect qui se proportionne à l'éloignement des temps ou des pays, c'est sans doute ce qu'en langage moderne on appellerait l'idéalisation. » E. Desghanel, Racine, I, p. 269.
2. Athéniens. « Athènes n'admettait pas ce que nous appelons l'actualité dans la tragédie... Le lointain faisait partie de son idéal... Eschyle tourna l'obstacle par un mouvement inspiré. Ne pouvant donner à sa tragédie le recul du temps, il lui donna l'éloignement du lieu; il la transporta de Grèce en Asie, et retourna la victoire en la faisant apparaître sous la face du désastre au peuple vaincu. Le poète va remplir à Suse le casque de Pallas des larmes brûlantes du vaincu ; il le rapporte au vainqueur et les lui fait boire à longs traits. » (P. de Saint-Victor, Les Deux Masques, 1. 1, p. 201-202.) L'invasion des Perses^ c'était déjà la question d'Orient.
3. Prince. Les Perses, d'Eschyle, 472. Eschyle était de l'élite des « Marathonomaques ». Il avait trente-cinq ans à Marathon. Dix ans plus tard il était à Platée et à Salamine. Son frère Cynégireest l'homme qui, se cramponnant à une galère persane, la retint avec ses dents quand on lui eût coupé les mains. Il fallut lui trancher la tête {)0ur lui faire lâcher prise. Un autre frère, Amynas, donna à Salamine le premier coup d'éperon à la flotte persane, dont il tua le navarque après lui avoir coulé son vaisseau.
la plaine de Marathon : car Eschyle était homme de guerre, et il était frère de ce fameux Cynégire, dont il est tant parlé dans l'antiquité, et qui mourut si glorieusement en attaquant un des vaisseaux du roi de Perse * .
i. Dans toutes les éditions antérieures à celle de 1697, le paragraphe suivant terminait cette préface :
« Je me suis attaché à bien exprimer dans ma Tragédie ce que nous savons « des mœurs et des maximes des Turcs. Quelques gens ont dit que mes héroïnes « étaient trop savantes en amour, et trop délicates pour des femmes nées « parmi des peuples qui passent ici pour barbares. Mais, sans parler de tout « ce qu'on lit dans les relations des voyageurs, il me semble qu'il suffit de « dire que la scène est dans le sérail. En efifet, y-a-t-il une cour au monde où « la jalousie et l'amour doivent être bien connues* que dans un lieu où tant de « rivales sont enfermées ensemble, et où toutes ces femmes n'ont point d'autre « étude, dans une éternelle oisiveté, que d'apprendre à plaire et à se faire aimer ? « Les hommes vraisemblablement n'y aiment pas avec la même délicatesse. « Aussi ai-je pris soin de mettre une grande différence entre la passion de « Bajazet et les tendresses de ses amantes. Il carde au milieu de son amour la « férocité de sa nation**. Et si l'on trouve étrange qu'il consente plutôt de « mourir que d'abandonner ce qu'il aime, et d'épouser ce qu'il n'aime pas, il ne « faut que lire l'histoire des Turcs ; on verra partout le mépris qu'ils font de « la vie ; on verra efi plusieurs endroits à quels excès ils portent les passions ; « et ce que la simple amitié est capable de leur faire faire : témoin un des fils « de Soliman, qui se tua lui-même sur le corps de son frère aîné qu'il aimait a tendrement, et que l'on avait fait mourir pour lui assurer l'Empire. »
* Connues. Amour était féminin même au singulier. Il l'est encore en poésie.
Vous qui croyez qu'une amour délaissée De la pensée S'envole ainsi...
(A. DE Musset, Chanson de Barberine.)
** Férocité. Au sens latin de ferox, fier. Ce fils de Soliman II et de Roxelane s'appelait Zéangir ou Giangir (le Bossu). Son frère Mustapha fut tué. Bounyn a mis ce meurtre à la scène, et après lui Mairet et Daiibray. Giangir fut frappé de celte mort et ne survécut pas à son frère, Busbecq, ambassadeur de Ferdinand I»"", roi des Romains, près La Porte, et M. de Hammer disent qu'il périt de langueur. De Trov {Bistoire universelle); M. Baudier {Bistoire générale du Sérail^ 1626) ] du Verdier {Bistoire générale des Turcs, 1665) donnent le même récit que Racme et disent qu'il se tua sur le corps de son frère qu'il aimait tendrement. L'histoire lamentable de Mustapha et Zéangir a été mise en scène par Belin (1705) et par Chamfort (1776). Ibrahim ou Hllustre Bassa de M"« de Scudéry est le récit accommodé de ces divers événements.
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