‹ Bajazet; tragédieChapitre 44 sur 161 · ACTE 1, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE III

Parmi tant de beautés qui briguent leur tendresse^

Ils daignent quelquefois choisir une maîtresse ;

Mais, toujours inquiète avec tous ses appas i, 295

Esclave, elle reçoit son maître dans ses bras 2 ;

Et, sans sortir du joug où leur loi la condamne 3,

Il faut qu*un fils naissant la déclare sultane.

Amurat plus ardent, et seul jusqu'à ce jour, 300

A voulu que l'on dût ce titre à son amour.

J*en reçus la puissance aussi bien que le titre ^;

Et des jours de son frère il me laissa l'arbitre.

Mais ce même Amurat ne me promit jamais

Que rhymen dût un jour couronner ses bienfaits :

Et moi, qui n'aspirais qu'à cette seule gloire, 305

De ses autres bienfaits j'ai perdu la mémoire.

Toutefois s que sert-il de me justifier?

Bajazet, il est vrai, m'a tout fait oublier.

Malgré tous ses malheurs, plus heureux que son frère 6,

Il m'a plu, sans peut-être aspirer à me plaire : 310

Femmes, gardes, vizir, pour lui j'ai tout séduit :

En un mot, vous voyez jusqu'où je l'ai conduit.

Grâces à mon amour, je m^ suis bien servie

Du pouvoir qu'Amurat me donna sur sa vie.

Bajazet touche presque au trône des sultans : 315

Il ne faut plus qu'un pas ; mais c'est où je l'attends ".

Malgré tout mon amour, si, dans cette journée ^,

Il ne m'attache a lui par un juste hyménée^.

S'il ose m'alléguer une odieuse loi ^^ ; 320

Quand je fais tout pour lui, s'il ne fait tout pour moi i^;

Dès le même moment, sans songer si je l'aime,

1. Les appas, mot du vocabulaire précieux, abondent dans les œuvres du XVII* siècle.

2. L'opposition est cherchée entre les deux mots esclave et maître.

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