ACTE ly SCÈNE IV
Lui rendit des respects i; pouvait-il faire moins?
Mais qu'aisément l'amour croit tout ce qu'il souhaite!
De ses moindres respects Roxane satisfaite 2
Nous engagea tous deux, par sa facilité, 375
A la laisser jouir de sa crédulité.
Zaïre, il faut pourtant avouer ma faiblesse :
D'un mouvement jaloux je ne fus pas maîtresse.
Ma rivale, accablant mon amant de bienfaits.
Opposait un empire à mes faibles attraits "^ : 380
Mille soins la rendaient présente à sa mémoire;
Elle l'entretenait dans sa prochaine gloire :
Et moi je ne puis rien. Mon cœur, pour tout discours V
N'avait que des soupirs qu'il répétait toujours.
La ciel seul sait combien j'en ai versé de larmes 5. 385
^fais enfin Bajazet dissipa mes alarmes :
Je condartinai mes pleurs, et jusques aujourd'hui
Je l'ai pressé de feindre, et j'ai parlé pour lui.
Hélas! tout est fini : Roxane méprisée
Bientôt de son erreur sera désabusée. 390
Car enfin Bajazet ne sait point se cacher 6;
Je connais sa vertu prompte à s'effaroucher*^.
Il faut qu'à tous moments, tremblante et secourable.
Je donne à ses discours un sens plus favorable^.
Bajazet va se perdre. Ah! si, comme autrefois, 395
}dsi rivale eût voulu lui parler par ma voix !
Au moins, si j'avais pu préparer son visage ^î
1. Rendit grâce, rendit des respects, ses moindres respects, petites négligences.
2. C'est la troisième fois que nous entendons ce récit, mais il n'y a nullement redite. Le récit change bien de caractère selon la bouche qui le prononce.