‹ Balaruc-les-Bains au point de vue de ses indications thérapeutiquesChapitre 12 sur 40 · ATROPHIE MUSCULAIRE PROGRESSIVE · texte numérisé non relu

ATROPHIE MUSCULAIRE PROGRESSIVE

A la suite de l’immobilité prolongée suite de paralysie, ou bien aussi à la suite d’une fluxion rhumatismale qui s’est localisée sur un groupe musculaire, ou sur le nerf principal d’un membre, par exemple, nous avons vu des troubles de nutrition survenir dans le tissu musculaire. Celui-ci, perdant les caractères qui lui sont propres, se décolorait, diminuait de volume. La conséquence de ce trouble dans la texture du muscle provenait d’un vice de nutrition. Les mouvements perdaient de leur facilité, de leur régularité, et les membres qui en étaient atteints perdaient une partie de leur motilité. C’est ce que les auteurs appellent l’atrophie musculaire. Ces munies phénomènes apparaissent non-seulement dans le tissu musculaire, mais encore dans toutes les parties du corps soumises à un repos plus ou moins absolu, plus ou moins prolongé. Nous avons vu les bons effets que l’on obtient des eaux chlorurées sodiques en général, et de celle de Balaruc en particulier, tant à cause de son action stimulante générale que de son action tonique reconstituante et de l’excitation locale qu’elle produit sur les parties terminales des nerfs qui viennent s’épanouir dans le tissu cutané. Par action réflexe, en même temps que, par action directe sur les ners vasomoteurs, la circulation superficielle devient plus

active, les mouvements interstitiels plus complets, et la résultante de toutes ces actions combinées était une suractivité vitale de toute Téconomie qui était caracrisée par la réapparition ad integrum du système musculaire.

A côté de ces phénomènes atrophiques locaux pour ainsi dire, provenant du manque d’exercice ou d’un trouble de nutrition locale, nous trouvons une affection morbide générale, connue depuis peu de temps, dans laquelle l’usage des eaux chlorurées sodiques et de celle de Balaruc peut rendre de signalés services. Nous ne pensons pas que l’on puisse guérir cette affection, mais il est permis d’espérer d"en arrêter un instant la marche de plus en plus envahissante, et qui, livrée à elle - même, doit conduire â une issue funeste. Je veux parler de l’atrophie musculaire progressive. C’est une affection morbide générale, héréditaire ordinairement. Les sujets qui en sont atteints ont fait des excès de fatigue ; les hommes y sont plus sujets que les femmes. Tout le monde se rappelle le nom de Lecomte, chez lequel Cruveilher diagnostiqua, en 1848, le premier cas dont nous avons la relation ; il était saltimbanque. M. Jaccoud, dans ses cliniques, nous en rapporte également avec détails une trèsintéressante observation chez une femme qui avait la même profession. A la suite d’un violent refroidissement prolongé, en général, les premiers symptômes se manifestent; ils débutent par des douleurs plus ou moins vives dans les régions atteintes, et l’on a remarqué que les cas qui sont accompagnés de vio-

lentes douleurs sont ceux qui marchent avec le plus de rapidité. Quoi qu’il en soit, les premiers symptômes d’atrophie se montrent dans les muscles de la main, ceux du pouce en général , plus tard les différentes régions en subissent les atteintes. Tous les muscles, soit de la vie de relation, soit de la vie de nutrition, peuvent être envahis. Le degré d’atrophie peut arriver jusqu’à la disparition presque complète du muscle et son remplacement par du tissu cellulaire. Je ne m’arrêterai pas à décrire ici les diverses lésions anatomiques et les divers degrés de transformation graisseuse que subissent les muscles atteints , qu’il me suffise de dire que le tissu musculaire ne paraît pas recevoir la quantité de matériaux nécessaires à sa nutrition, qu’il subit un travail de régression tel, qu’il peut être transformé en tissu graisseux. Delà, les diverses difformités qui apparaissent dans certaines parties du corps , soit par la disparition de certains groupes musculaires, soit par l’action continue de certains autres qui ne trouvent pas d’antagonistes. Les systèmes nerveux central et périphérique subissent également des modifications de texture , qu’il serait trop long et peut-être inutile de décrire dans un travail de cette nature, ils présentent des symptômes de congestion , de ramollissement et de désorganisation plus ou moins avancés.

Quoi qu’il en soit , sous l’influence de l’hérédité , d’une fatigue excessive et de mauvaises conditions hygiéniques , comme causes prédisposantes , et sous l’influence d’un violent refroidissement prolongé qui

produit un trouble profond dans toute l’économie , les fonctions trophiques du système nerveux spinal sont perverties , et cette perversion porte ses funestes effets sur les nerfs vaso-moteurs ; la circulation sanguine paraît être troublée dans son énergie, tellement que la température s’abaisse notablement dans les parties atteintes d’atrophie. L’influence du système nerveux sur la nutrition, sur les sécrétions, a été trop bien prouvée par les belles expériences de Brown-Sequard , pour qu’on puisse la mettre en doute. La conséquence de cette diminution dans l’activité de la circulation est un défaut de nutrition des muscles , et la conséquence ultime , l’atrophie du tissu musculaire.

Comme on le voit , c’est bien une affection générale qui porte son action primitivement sur le système nerveux central , nous n’avons donc pas affaire ici à une simple perversion nutritive d’un muscle isolé ou d’un groupe de muscles , survenue à la suite de leur immobilité prolongée. Cependant quelques auteurs n’ont cru voir dans la maladie qui nous occupe qu’un simple trouble de nutrition des muscles , ils ont même pensé que le point de départ de l’affection était dans cette maladie locale du tissu musculaire. Quand on réfléchit cependant aux troubles de la circulation , et lorsqu’on voit surtout l’atrophie se manifester sur tous les muscles en général , soit de la vie de nutrition , soit de la vie de relation , lorsqu’on voit sa marche progressivement envahissante , on est bien obligé de conclure que c’est bien une affection

générale ayant son siège dans le système nerveux central, et, pour mieux préciser, dans le système nerveux de la vie végétative et dans la moelle épinière. Le rhumatisme , que l’on a mis au nombre des causes de l’atrophie progressive , le refroidissement violent et prolongé ne pourraient-ils pas amener un mouvement fluxionnaire énergique sur les parties centrales , et expliquer l’origine de ces lésions organiques V Pour nous, c’est bien une affection générale caractérisée par une perversion de l’action trophique du système nerveux spinal et du grand sympathique. La première conséquence, c’est l’apparition des phénomènes d’atrophie dans le système musculaire ; la seconde, ce sont les crampes et les contractions fibrillaires accompagnées de difformités plus au moins accentuées.

L’atrophie musculaire progressive est donc un trouble de la nutrition portant sur les muscles et sur le système nerveux, dont le point de départ est dans le système du grand sympathique et les nerfs vaso-moteurs qui en dépendent, et se développant sous l’influence de causes multiples et fort obscures. En voyant certaines causes, en général insignifiantes et n’étant suivies d aucunes conséquences fâcheuses pour la plupart des sujets, donner naissance, chez ceux qui y sont prédisposés, à une affection générale aussi grave, on serait tenté de supposer que ces malades ont surmené leur système nerveux, qu’ils ont dépensé trop vite toute leur énergie vitale. C’est donc cette diminution des fonctions trophiques du grand sympathique, c’est la perversion de la nutrition qu’il faut avoir en vue, si l’on veut prescrire un traitement rationnel.

L’atrophie musculaire progressive est une maladie très-lente à évoluer, il faudra donc longtemps continuer la médication. Souvent les malades et les médecins, devant une durée si longue, sont pris de découragement, et ils abandonnent les moyens thérapeutiques dès que leur première application n’est pas immédiatement suivie d’heureux résultats. Voilà comment cette affection a été déclarée incurable. Il est des cas cependant dans la science où cette maladie est heureusement influencée par les diverses médications employées. Et d’abord, si le sujet présente des antécédents syphilitiques, il faut s'adresser à cette diathèse : le cas de Rodet, de Lyon, prouve une fois de plus la persévérance qu’il faut y apporter ; le traitement thermal vient ensuite corroborer les bons effets du traitement spécifique. Le docteur Desnos a obtenu, dit-il, des améliorations positives, chez les malades atteints de cette affection, par les bains sulfureux artificiels. Weztlàr a rapporté à la Société d’hydrologie de Paris plusieurs observations d’atrophie musculaire progressive, parfaitement diagnostiquée, dont la guérison complète a été obtenue, à la suite d’un traitement prolong'é, par les eaux d’Aix-la-Chapelle. Dans les quatre observations détaillées de cet auteur allemand, nous voyons que la guérison est plus ou moins complète suivant le degré plus ou moins avancé de la maladie. Lorsque le début de l’affection remonte déjà à un temps très-êloigné et lorsque les muscles, par cette action de longue durée, ont subi la dégénérescence graisseuse, nous voyons que l’influence du traitement est presque

nulle, tandis que, lorsque raffection ne date pas d’un temps très-long et que les désordres ne sont pas trèsconsidérables, le tissu musculaire reprend sa vitalité presque normale. Enfin, si les muscles ne sont atteints que dans leurs fonctions et non dans leur structure , lorsque le début de l’affection est assez récent, la guérison est complète. « Voilà, nous dit M. Durand- » Fardel (1), dans son rapport présenté à la Société » d’hydrologie sur le travail envoyé par le docteur » Weztlar , voilà de bons résultats thérapeutiques , » très-bien exposés et d’un intérêt sérieux. Nous ne » pensons pas que de tels résultats appartiennent » nécessairement à la spécialité thérapeutique d’Aix- » la-Chapelle. 11 est à présumer d’abord que cette » spécialité pourra être revendiquée par une partie » des eaux chlorurées sodiques, car nous ne doutons » 'pas que ce ne soit à titre de chlorurées sodiques » que ces eaux n’aient agi^ plutôt qu’à titre de » sulfureuses. Nous sommes porté à croire que c'est » bien à cette classe d’eaux minérales qu’appartient » un semblable traitement . »

Ce qui nous frappe dès le début de l’affection qui nous occupe, c’est d’abord l’amaigrissement d’une partie du tissu musculaire avec abaissement de la température; en un mot, c’est le trouble de nutrition de ce tissu, survenu à la suite d’une perversion dans les fonctions trophiques du système nerveux. Ce trouble dans les fonctions des centres nerveux se mani-

(1) Annales de la Société médicale de Paris, t. III, p. 141.

feste très-souvent à la suite d’une affection rhumatismale ou d’un refroidissement prolongé chez un sujet prédisposé. L’eau thermale de Balaruc ne peut-elle pas comme chlorurée sodique répondre aux indications thérapeutiques tirées de l’analyse clinique de cette affection ? Elle agira d’abord comme tonique analeptique en général ; sous son influence , l’appétit se réveillera, les digestions se feront mieux , la circulation générale sera plus active, le sang deviendra plus riche en globules rouges, et les mouvements de compositions et de décompositions insterstitielles se feront mieux et d’une manière plus complète. A cette action générale, déjà bienfaisante, viendra s’ajouter l’action locale de l’eau sur les parties terminales des nerfs qui viennent s’épanouir dans le tissu cutané, les nerfs des vaisseaux périphériques subiront son action et la circulation superficielle sera activée ; les mêmes phénomènes thérapeutiques que nous avons vu apparaître dans l’état général se manifesteront dans les parties superficielles par ces deux actions combinées. En même temps l’eau agira, pour ainsi dire, directement sur le système musculaire et aura sur lui une action tonique qui amènera dans son tissu une suractivité vitale. Enfin, ne peut-on pas espérer aussi amener à la peau le môuvement fiuxionnaire qui se portait sur les centres nerveux, et dont l’action continue pouvait amener ces désordres dans la texture de ce système?

On le voit donc, l’eau thermale de Balaruc répond aux diverses indications fournies par l’analyse des manifestations symptomatiques de l’atrophie muscu-

laire progressive. Son action est complexe. Elle est générale, en tonifiant 1 économie 5 locale et directe, en agissant sur les muscles superficiels, et indirecte, par l’action réflexe qu’elle fait naître en agissant sur les nerfs de la périphérie ; elle peut être dérivative sur le tissu cutané.

Page 1