‹ Balaruc-les-Bains au point de vue de ses indications thérapeutiquesChapitre 13 sur 40 · ATAXIE LOCOMOTRICE PROGRESSIVE · texte numérisé non relu

ATAXIE LOCOMOTRICE PROGRESSIVE

A côté des paralysies, nous trouvons au nombre des maladies qui peuvent être avantageusement soumises à 1 usage de l’eau thermale de Balaruc, une affection des centres nerveux qui, au premier abord, présente des troubles d’innervation ayant quelques points de contact avec elle, mais qui, étudiée avec soin , présente des différences considérables ; je veux parler de l’ataxie locomotrice progressive. Nous verrons, en effet, plus tard, que dans cette affection, au milieu des troubles de la sensibilité et dé la locomotion les plus graves et les plus variés, la paralysie du mouvement n’existe pas. Ce qui doit surtout attirer notre attention, c’est le défaut de coordination des mouvements volontaires. L’ataxie locomotrice progressive est une maladie essentiellement chronique, caractérisée spécialement par l’abolition progressive de la coordination des mouvements volontaires simulant une paralysie, qui contraste avec l’intégrité de la force musculaire. Cette définition,-

empruntée à Duchenne (de Boulogne), me paraît suffisante, quoique incomplète, parce qu’elle fait ressortir le caractère principal de l’atfection. Pour bien saisir les indications thérapeutiques qu’elle réclame, passons rapidement en revue les symptômes et les lésions anatomiques qu’elle présente ; examinons sous l’influence de quelles causes elle se manifeste. Voyons, enfin, s’il y a concordance entre les symptômes et les lésions, et de cette étude, quelque rapide qu’elle soit, nous pourrons déduire la nature de la maladie. Nous aurons donc toutes les données du problème à résoudre, à savoir quelles sont les indications à suivre pour instituer un traitement rationnel. Nous verrons donc si l’eau thermale de Balaruc répond à toutes ses indications thérapeutiques.

Mon intention n’est pas de décrire d’une manière complète toute la symptomatologie de l’affection qui nous occupe ; je dois seulement rappeler les symptômes principaux, ceux qui sont considérés comme pathognomoniques et qui, par leur réunion, doivent servir de base à un diagnostic certain. Nous pouvons les réunir sous trois chefs principaux :

1° Sym'ptômes crâniens. — L’intelligence est parfaite. Les troubles portent surtout sur les organes des sens, principalement sur l’organe de la vue. On rencontre fréquemment des paralysies du nerf moteur oculaire externe et du nerf moteur oculaire commun, caractérisées par du strabisme , de la diplopie , la chute de la paupière supérieure et par la dilatation de

la pupille. Quelqj.iefois le trouble porte sur le nerf optique, et si l’on examine avec rophthalmoscope le fond de l’œil, on constate l’atrophie de la papille. L’amaurose peut s’en suivre. Enfin, les troubles de la paralysie peuvent se rencontrer dans l’organe de l’ouïe ; c’est alors que l’on rencontre des surdités plus ou moins complètes.

2“ Troubles de la sensibilité et de la motilité. —

L affection débute, en général, par des douleurs d’un caractère tout spécial. Elles sont fulgurantes, c’est-àdire qu’elles surviennent et qu’elles disparaissent avec la rapidité de l’éclair ffulgurj., de l’étincelle électrique. Tantôt elles durent quelques secondes, une demi-minute ; elles apparaissent tantôt plusieurs fois dans une heure ; d’autres fois enfin, elles ne se font sentir que par accès répétés plusieurs fois dans le cours d’une année. Elles surviennent après une vive émotion mo- ^ raie, ou accompagnent les changements brusques de température. Les malades la comparent à la sensation qu ils éprouveraient si on enfonçait un clou dans leurs ^ tissus, elles sont dites alors térébrantes. Elles occupent un point très- limité ; les malades , quelquefois , recouvrent cette partie douloureuse avec la pulpe d’un - î doigt, en exerçant dessus une forte pression ; ce moyen simple réussit parfois à calmer la douleur. Souvent les malades se plaignent d’une violente douleur sur I un point quelconque de la colonne vertébrale-, cette douleur vient, en s’irradiant, se faire sentir sur la moitié I du tronc ; ils la comparent à une cuirasse, à une cein- m

tiire qui étreindrait, soit le thorax , soit lo ventre. Au lieu des phénomènes d’hjpéresthésie, nous rencontrons chez quelques malades des anesthésies plus ou moins

complètes aux pieds , aux mains, ou sur le tissu cutané du tronc.

Les troubles de la sensibilité générale sont trèssouvent accompagnés d’une perturbation aussi prononcée dans les fonctions génitales.

La motilité fournit les symptômes principaux. Le défaut de coordination des mouvements volontaires se traduit par la difficulté qu’ont les malades à conserver leur équilibre quand ils sont debout. Leur marche est caractéristique : ils jettent les pieds à gauche , à droite ; veulent-ils lever la jambe pour gravir une marche d’escalier très-basse , ils font le même effort , mi projetant le pied, que s’il fallait gravir une marche très-élevée ; on dirait qu’ils ne savent pas pro-

b ij. t qu ils veulent atteindre, tant allongés, si l’on veut avec la main résister aux mouvements de flexion qu’ils veulent imprimer à un de leurs membres inférieurs, on reste convaincu que , ces malades , qui ne peuvent que difficilement rester ' e jout ou faire quelques pas sans s’exposer à se laisser

intacte toute leur force musculaire.

-iN oublions pas un symptôme qui a une très-grande 'valeur pour le diagnostic : c’est l’obligation où ils se 'trouvent de regarder constamment leurs pieds , s’ils ne 'veulent pas se jeter à terre. Enfin , lorsque le malade 'veut se lever pour marcher, ce n’est pas sans difficulté ;

Ld est obligé de s’appuyer sur les bras du fauteuil ou sur

une forte canne pour se soulever, encore est-il roide, et ce n’est pas sans se plaindre d’une gêne douloureuse, ressentie dans les jarrets et dans les lombes. De même, lorsque les troubles ataxiques de la motilité se manifestent dans les membres supérieurs , s’ils veulent soulever un corps léger, ils font le même effort que si ce corps est très-pesant. Veulent-ils ra- * masser un objet Vils ne le peuvent qu’avec la plus grande attention ; leur main est projetée bien au-delà du point de la table où se trouve l’objet , ce n est jamais directement , mais après de nombreux tâtonnements qu’ils finissent par le saisir; si c’est une épingle, par exemple , ils ne peuvent la saisir qu’avec les plus grandes difficultés et jamais sans se piquer. Enfin, ces mêmes désordres peuvent se montrer sur les muscles de la face, sur ceux qui servent à la phonation ou à l’articulation des mots. Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que, malgré tous ces troubles de locomotion, quelque graves qu’ils soient, la force musculaire est intacte. Quelquefois cependant de véritables paralysies viennent compliquer la scène morbide, et les organes internes en subissent quelquefois les atteintes.

Lésions anatomiques . — De même que, dans 1 atrophie musculaire progressive, les lésions musculaires concordent avec certaines lésions de la moelle épinière et du grand sympathique ; de même que les groupes musculaires atteints par l’atrophie sont plus nombreux et plus ou moins éloignés les uns des autres, selon que

les lésions nerveuses sont plus graves, plus nombreuses et plus ou moins espacées ; de même, dans l’ataxie progressive, les symptômes d’incoordination concordent avec les lésions matérielles de la moelle épinière. Ces troubles dans la locomotion, dans la sensibilité et la motilité, sont d autant plus graves et plus nombreux que les lésions organiques sont plus accentuées et occupent une plus grande surface. Je ne crois pas utile de décrire toutes ces lésions, qu’il me suffise de les caractériser. On dirait qu’elles sont le produit d’une combinaison de deux éléments luorbides : l’hypérérnie et latiopbie de la substance nerveuse. On dirait que cette substance nerveuse est étouffée par la prolifération du tissu conjonctif, qui tend constamment à prendre sa place. Le travail (1) morbide quis’opère dans la texture de la substance nerveuse n’est pas franchement inflammatoire ; il offre cependant quelques ressemblances avec certaines phlegmasies lentes, progressives, suivies de sclérose, d’atrophie, comme la cirrhose du foie. Ces lésions organiques peuvent, dans certains cas, surtout l’atrophie, se produire à la suite d une sorte d’épuisement. Ne voyons-nous pas cette affection morbide survenir à la suite d’excès vénériens ou de grandes fatigues ? Ces lésions organiques se rencontrent très-ordinairement à la région dorso-lombaire de la moelle, surtout à sa partie inférieure, plus rare^ ment à sa partie cervicale. Ce sont surtout les cor-

(l) Axeîsfeld. — Dictionmire encyclopédique, art. Ataxie locomotrice f>vo(p‘Psahw, f ' ■ -

clous püstéi'ieiii s cjui sont atteints ; tuais il est l»ien rare de rencontrer les racines postérieures saines. Les parties atteintes présentent tantôt un degré de ramollissement gélatineux, tantôt elles présentent une consistance plus ferme, c’est la sclérose ; mais ce qui caractérise surtout ces lésions organiques, c’est l’atrophie.

Etiologie. — Les causes de cette affection morbide sont fort obscures ; on sait qu’elle est plus fréquente chez l’homme que chez la femme ; qu’elle paraît être transmise par l’hérédité, et qu’elle atteint l’homme entre trente et cinquante ans. Aucun tempérament, aucune diathèse n’en préserve ni y prédispose. Cependant on a prétendu que le rhumatisme jouait un rôle important dans son étiologie. La syphilis a été mise au nombre des causes prédisposantes. On a invoqué, au nombre de ses causes, les excès vénériens, l’abus des alcooliques, l’exercice immodéré, les veilles, toute sorte de fatigue, en un mot, tout ce qui peut épuiser le système nerveux, et comme causes déterminantes, l’action prolongée d’un climat froid et humide, les chutes et les coups sur la colonne vertébrale, chez des sujets prédisposés par l’hérédité.

En faisant l’analyse des principaux symptômes qui caractérisent l’ataxie locomotrice progressive, nous voyons que cette affection morbide est caractérisée par un vice dans l’innervation : 1° ainsi tous les muscles qui dans un membre concourent au même but ne reçoivent pas instantanément ensemble, ou ne reçoivent pas

loi

chciciin 1 influx nécGSSciire pour exécutGr cg iiiouvgmGnt , 2® ou bion lorscju un musclG ou un gToupo do inusclGs SG contractGnt pour opéror un mouvomont voulu, Igs uiuscIgs antag’onistGS n’Gntront pas aussitôt en résolution complètG. TgIIgs sont Igs principalGs causGs du défaut dG coordination dos mouvGrnonts volontairGs. Mais tous cgs différonts troublos survenus dans l’innervation reconnaissent pour cause l’altération d’une portion plus ou moins considérable du système nerveux. Ce qui doit surtout nous frapper, 6’est l’atrophie que subissent certains départements de la moelle épinière; c’est cette modification régressive survenue dans l’axe spinal qui a fait dire à Trousseau, que l’ataxie locomotrice progressive est une affection dans laquelle tous les efforts des médecins doivent tendre, par-dessus tout, à soutenir les forces de l’économie. Un fait qui prouve que l’atrophie joue le principal rôle dans l’affection qui nous occupe, ce sont les lésions qui apparaissent dans les articulations et dans le système osseux, après les premières manifestations de cette maladie. Après l’apparition des douleurs fulgurantes, au moment où les troubles de coordination se manifestent, les malades présentent des symptômes articulaires qui ressemblent à ceux de 1 arthrite sèche. Les surfaces osseuses paraissent s’atrophier, les cartilages subissent un travail de régression ; les os eux-mêmes deviennent phis friables, tellement qu’ils se fracturent sous l’influence des causes les plus légères. En même temps a lieu un épanchement de sérosité dans les synoviales tellement

abondant, que ces articulations deviennent très- volumineuses, sans pour cela occasionner de la douleur. Les artropathies consécutives à Tataxie locomotrice ne sont accompagnées d’aucune réaction fébrile, elles apparaissent sans cause appréciable ; elles sont souvent suivies de fractures qui ne peuvent souvent s’expliquer que par la perte de la solidité du système osseux. Ces complications, connues etétudiées depuis peu de temps, jettent, à mon avis, un nouveau jour sur la nature atrophique de l’ataxie locomotrice progressive. Ces phénomènes symptomatiques sont-ils la conséquence de l’extension des lésions centrales sur des parties du système nerveux destinées à entretenir la nutritition dans les organes, ou sont-ils la conséquence directe de la maladie L’avenir seul nous l’apprendra ; mais pour mon compte personnel, je trouve qu’elles nous dévoilent un peu la nature de l’ataxie, qui était restée fort obscure jusqu’ici.

En considérant l’ataxie locomotrice progressive comme une maladie caractérisée par un vice de nutrition survenu dans le système nerveux central, vice de nutrition portant sur une partie de l’axe spinal destinée à présider à la coordination des mouvements volontaires, nous sommes en droit de penser que les eaux thermales de Balaruc peuvent rendre de signalés services.

On a préconisé, contre cette affection, l’usage des bains sulfureux, comme modificateurs généraux. M. le D^’ de Ranse a fait paraître, dans les Annales de la Société d'hydrologie médicale de Paris, un mémoire

dans lequel il vante l’efficacité des eau:^ de Néris contre l’élément douleur de cette affection, contre les douleurs fulgurantes. N’oublions pas déjà que ces eaux ont une minéralisation peu caractérisée ; qu’elles étaient au nombre des chlorurées, et que l’analyse deM. Lefort les a fait admettre dans la classe des bicarbonatées ; elles sont cependant faiblement chlorurées. M. de Ranse donne cinq ou six observations dans lesquelles l’amélioration immédiate est survenue après l’usage de ces eaux ; c’est surtout la cessation des douleurs fulgurantes qui est mise en relief dans ce mémoire. Nous verrons, du reste, que ces eaux peuvent trouver leur application dans certains cas.

Quelles sont les indications thérapeutiques principales que nous fournit l’étude à laquelle nous nous sommes livré sur l’ataxie locomotrice ?

1° Combattre les causes que l’on suppose avoir eu un rôle prépondérant dans l’étiologie de l’affection. Si au nombre des antécédents morbides on constate des manifestations syphilitiques ou rhumatismales, il faut d’abord combattre par un traitement approprié ces diverses diathèses, considérées comme causes premières de l’affection. Le traitement par l’eau thermale de Balaruc viendra corroborer les bons effets obtenus et diminuera l’affaiblissement général qui aura pu être occasionné par la diathèse et par le traitement em-

ployé.

2° Il faudra révulser à la peau les mouvements fluxionnaires qui se portent sur les centres nerveux ; car, ne l’oublions pas, les parties centrales du sys-

tème nerveux présentent des symptômes d’hypérémie, caractérisés par la turgescence des vaisseaux sanguins qui entourent le siège de la lésion. Cette hypérémie lente, chronique, ne favorise-t-elle pas la prolifération du tissu conjonctif qui vient remplacer la névroglie ?

3 Si 1 affection apparaît chez un individu présentant tous les symptômes d’un tempérament lymphatique, chez lequel il n’y aucun phénomène de réaction, ne faut-il pas employer des stimulants, pour exciter l’innervation qui paraît endormie ? L’électricité, la strychnine, l’ergot de seigle , employés dans ces cas, ne le sont-ils pas dans ce but ?

4° Enfin, et c’est ici le cas où les eaux de Néris peuvent être employées, si la maladie apparaît chez un individu irritable, à tempérament nerveux, chez qui les douleurs sont très-vives, il faudra être trèsprudent et employer l’eau de Balaruc sous la forme la plus douce, et même abaisser sa température pour la rendre moins excitante. Ce que nous avons dit, à propos de l’atrophie musculaire progressive, sur l’action de 1 eau de Balaruc, me dispense de revenir sur le mode d action de cette eau dans le cas qui nous occupe.

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