DU RHUMATISME
Le rhumatisme est une affection morbide, héréditaire, mais qui peut être acquise. Elle peut se rencon-
trer chez des individus forts, pléthoriques ; mais le plus souvent, il affecte des individus à peau fine et blanche, aux muscles peu développés, qui présentent, en un mot, tous les attributs du tempérament lymphatique ou de la diathèse scrofuleuse. Nous trouvons du reste, parmi les causes du rhumatisme chronique, quelques-unes des causes de la diathèse strumeuse : ainsi, par exemple, le froid, le froid humide prolongé, l’habitation des lieux et des logements humides, bas ou mal exposés ; le refroidissement lent de la surface du corps par immobilité prolongée ; la vie sédentaire, l’absence d’exercice, toutes les professions qui obligent à travailler près de Teau ou dans l’eau ; toutes les causes débilitantes de la misère; ce qui a fait appeler, par Landré-Beauvais, le rhumatisme chronique « la goutte de l’indigence. »
11 n’est ici question que du rhumatisme chronique, le seul qui puisse favorablement être traité par les eaux minérales.
Le rhumatisme chronique présente de non moins grandes variétés que le rhumatisme aigu ; comme lui, il peutp'orter son action sur les jointures, les muscles, les nerfs et les viscères; il peut être la conséquence d’atteintes répétées de rhumatisme aigu ; il peut également envahir d’emblée une économie prédisposée. Dans certains cas, le fait principal c’est la douleur, douleur contuse , accompagnée de raideur articulaire qui devient plus intense sous l’influence du froid humide.
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Rhumatnme articulaire chronique. — Quelquefois le rhumatisme chronique frappe une jointure très-superficiellement ; il n’y a pas alors de lésion organique, surtout si Tattaque n’est pas de longue durée et si elle ne se répète pas fréquemment. Il n’y a pas alors impossibilité de mouvoir le membre atteint, mais le moindre mouvement est accompagné d’une douleur plus ou moins vive. C’est là le premier degré du rhumatisme articulaire chronique, celui qui présente le moins de gravité. Mais si la localisation est chronique, persistante sur un sujet disposé, nous trouvons tous les attributs de la congestion avec hypersécrétion , quelquefois mêmeceux de l’inflammation ; bien entendu que celle-ci présente tous les caractères de la constitution du sujet qui en est porteur, ce ne seront jamais ceux de l’inflammation franche. On trouve, en général, tous les degrés de la congestion ayant porté son action sur les membranes synoviales, le tissu cellulaire et les parties environnant l’articulation. Les surfaces articulaires sont quelquefois sèches ; quelquefois , au contraire, on trouvée une très-grande quantité de sérosité sécrétée dans l’intérieur même de l’article. Les caidilages subissent des modifications dans leur texture ; ils se ramollissent , s’usent , se déforment sous Tinfluence des atteintes fréquentes ou prolongées du rhumatisme. Mais le plus souvent , surtout lorsqu’il envahit d’emblée l’économie , on trouve un état fongueux des articulations , des ulcérations , soit sur les membranes synoviales, soit sur les cartilages ; ceux-ci.
du reste , ont subi un travail de régression qui va même jusqu’à leur remplacement par du tissu cellulaire rougeâtre vasculaire et se détachant facilement des os. Les articulations sont alors déformées , gonflées ; les mouvements sont très-pénibles , très-douloureux , et même ils flnissent par devenir impossibles ; les surfaces articulaires peuvent se souder les unes sur les autres ; les tendons et les muscles sont déjetés par la tuméfaction articulaire ; ils prennent des positions telles que, ne fonctionnant plus, ils finissent par subir les degrés plus ou moins avancés de l’atrophie ou de la dégénérescence graisseuse. Après avoir occasionné des désordres plus ou moins graves dans une articulation, le rhumatisme, se souvenant de sa nature essentiellement mobile et fluxionnaire, peut en envahir une seconde et même plusieurs autres ; dans ces cas, tous ces désordres locaux, accompagnés de douleurs plus ou moins vives, ont un grand retentissement sur l’économie et peuvent entraîner la mort.
Rhumatisme chronique musculaire. — Le rhumatisme chronique, avons-nous dit, peut envahir le système musculaire, il est alors le plus souvent caractérisé par de la douleur contuse, augmentée par les mouvements même les plus légers et surtout par les températures froides et humides. Tout le monde connaît , en effet, la susceptibilité desrhumatisants, qui, par le réveil de leur douleur, peuvent prédire les changements de temps, surtout lepassagedu temps sec au tempshumide. Il peut envahir tous les muscles, soit de nutrition, soit
de la vie de relation ; il peut dans un membre n’occuper qu’un groupe musculaire , et constitue ainsi une infirmité quelquefois incurable par l’impossibilité où se trouve le malade de faire certains mouvements. La douleur est accompagnée de raideur des parties , et celle-ci est très-souvent augmentée par la crainte' de la réveiller en faisant le moindre effort musculaire.
^ C’est dans ces cas surtout qu’à la suite de l’immobihte prolongée, les muscles subissent des troubles de nutrition ; ils s’atrophient , ils subissent la dégénérescence graisseuse , ils se paralysent. Ce dern'ier symptôme peut apparaître sans lésion atrophique des muscles, cest que l’action rhumatismale a porté sur les parties terminales des nerfs, qui viennent s’épanouir au milieu de leurs fibres.
Rhiimakmie chronique des nerfs. — Le système nei veux nest point à labri de l’action du rhumatisme chronique ; il peut envahir les centres nerveux, et surtout la moelle épinière ; bon nombre de paraplégies le reconnaissent au nombre de leurs causes efficientes.^ L’ataxie locomotrice progressive, que nous avons déjà étudiée, est souvent la conséquence d’une loca^ lisation rhumatismale sur une portion de cet organe. Certaines névroses, certaines chorées , l’asthme reconnaissent comme une de leurs principales causes le rhumatisme chronique ; cette opinion ressort trèsbien des nombreux travaux modernes de MM. Sée Roger, etc. Lorsque l’action du rhumatisme chronique se porte sur les centres nerveux, c’est surtout sur leurs
enveloppes quelle se fait le plus souvent sentii* ; mais, dans tous les cas, on rencontre souvent des suffusions séreuses plus ou moins abondantes, quelquefois des ramollissements de la substance médullaire plus ou moins avancés.
Le rhumatisme chronique ne respecte pas les viscères : le cœur , les organes de la respiration , de la digestion ne sont point à l’abri de ses atteintes. Les localisations rhumatismales sur les valvules du cœur et sur les muscles de cet organe sont, pour la plupart, au-dessus des ressources de l’art, et ne comportent pas le traitement hydrominéral, surtout l’application des eaux chlorurées sodiques. Nous voyons encore chez les rhumatisants des manifestations du côté des bronches, des poumons et du tube digestif. Ces dernières localisations peuvent trouver un soulagement marqué par l’usage des eaux minérales, en rappelant à la périphérie les mouvements fluxionnaires, qui se portent habituellement vers ces organes.
En hydrologie médicale, comme dans toutes les branches de la pathologie, il faut, si l’on veut ordonner un traitement rationnel, considérer dans le problème à résoudre deux facteurs, qui ont chacun leur importance. Non-seulement il faut considérer sous tous ses points de vue la maladie que l’on veut combattre, mais encore il faut examiner dans tous les sens le terrain sur lequel elle vient faire son évolution. Pense-t-on, par exemple, qu’une maladie quelconque évoluera de -la même manière chez tous les sujets? Peut-on admettre
que le rhumatisme présentera les mêmes indications , demandera les mêmes moyens thérapeutiques chez tous ceux qui en sont atteints? Ne voit -on pas tous les jours des individus exposés aux mêmes causes morbifiques contracter, chacun, une affection différente, ou bien, s’ils contractent la même affection morbide, exiger des moyens thérapeutiques différents les uns des autres ? Traitera-t-on, en un mot, le rhumatisme de la même manière chez les sujets pléthoriques, nerveux ou lymphatiques? Peut-on espérer trouver dans l’arsenal thérapeutique une formule qui sera propre indistinctement à toutes les manifestations rhumatismales? S’il en était ainsi, il faut avouer que la thérapeutique médicale serait bien simple, ce serait une science à la portée des intelligences les plus incultes ; il suffirait d’avoir un catalogue portant les noms de chaque maladie, en regard desquelles se trouveraient les diverses médications appropriées ! 11 est loin d’en être ainsi, car les maladies empruntent leur caractère et leur évolution à leur nature propre et aux conditions dans lesquelles elles rencontrent l’économie.
Indications générales, — • Quand le rhumatisme apparaît accidentellement sur un sujet d’une bonne constitution, ne présentant les attributs bien déterminés d’une diathèse quelconque, on le voit en général céder plus ou moins facilement à l’action de presque toutes les eaux minérales, pourvu que leur thermalité soit élevée et qu’elles soient administrées d’une manière convenable. Si le rhumatisme, au contraire,
apparaît chez un individu mou et lymphatique, ou présentant tous les caractères plus ou moins accentués de la diathèse strumeuse, les moyens thérapeutiques à employer sont bien différents. Dans ces cas, les douleurs sont moins vives, et la fluxion rhumatismale tendra à se localiser sur une articulation qu’elle engor-
géra, en épaissira les tissus péri-articulaires et donnera naissance à une espèce d’inflammation chronique d’une nature spéciale. 11 faudra donc ici avoir recours à des eaux spéciales, à des eaux qui auront prise sur la constitution, sur la diathèse sous la dépendance de laquelle se trouvera l’affection rhumatismale.
Indications spéciales. — Il est incontestable, nous dit M. Durand-Fardel, que la faiblesse, l’atonie disposent aux rhumatismes. Il semble que le défaut de réaction contre la cause la plus habituelle du rhumatisme, le froid humide ou quelque autre cause moins notoire, livre l’organisme à une affection, qu’il ne possède pas, pour ainsi dire, le moyen de repousser (1).
La scrofule, dit M. Charcot, est un fonds sur lequel l’arthrite rhumatismale se développe fréquemment, il n’est pas rare de voir les malades atteints des diverses formes de cette affection porter au cou des cicatrices caractéristiques. D’une manière constante, soit primitivement, soit consécutivement, les sujets atteints de rhumatisme chronique présentent un haut degré d’anémie , avec tous les caractères physiques , les
(1) Durand-Fardel. — Traité thérapeutique des Eaux minérales., p. 487.
altérations secondaires et les phénomènes morbides: propres à cette dyscrasie sangMiine (1).
D’après M. Durand -Farde), la constitution rhumatismale apparaîtrait comme un mélang-e des attributs de la constitution lymphatique et de la constitution névropathique, et c’est en adoptant une pareille opinion que M. Vidal, inspecteur des eaux theianales d’Aix (Savoie), nous fait le portrait suivant du sujet atteint du rhumatisme chronique.
Le rhumatisant, nous dit- il, a le teint pâle, le regard peu animé; il craint le froid, sa peau est flasque et souvent couverte d’une sueur visqueuse, froide et d odeur fade ; il est sujet à des pesanteurs de tête, des étourdissements, des vertiges, des palpitations, de l’oppression ; il est peu disposé au travail, intellectuel surtout, 1 auscultation fournit souvent le bruit anémique , il s enrhume facilement ; la langue est souvent saburrale ; il y a des flattuosités, de la constipation, de la lassitude le matin connue le soir ; il est habituellement altéré. Le rhumatisant, quoique faible et sans vigueur ni courage, est rarement alité, et ne se passe d aucune des jouissances de la vie, dont il ne jouit cependant guère. S’il voit quelquefois cet état s’améliorer, c’est en général, après quelque secousse, ou morale ou physique, imprimée à l’économie. .. . (2).
(1) Ernest Besnier. — Tiictionnaire encyclopédique. — Article tisme.
(2) Vidal. ~ E usai sur les eaux minérales d’ Aix-en-Sa voie, employées dans le traitement des maladies chroniques et particulièrement dans le traitement du rhumatisme chronique. Chambéry, 18. '51, p. .52.
M. Vidal insiste, à propos du traitement, sur deux traits importants de ce tableau : l’état asthénique de la peau et la chloro-anémie. De tout ce qui précède, il résulte un fait bien important à noter, c’est que le rhumatisme chronique évolue chez un individu avec d’au ‘ tant plus de facilité qu'il rencontre un terrain propice ; c’est-à-dire, qu’il vient rencontrer un organisme en possession d’une diathèse, la scrofule, ou d’un état morbide, l’anémie. 11 y a donc dans le traitement du rhumatisme chronique plusieurs indications à suivre : l’une qui provient de l’affection rhumatismale ellemême, affection diathésique et spécifique ; l’autre qui provient de la constitution, du tempérament du sujet. C’est dans ces cas que les eaux chlorurées sodiques sont indiquées, surtout celles dont la température est élevée. Balaruc répond à ces diverses indications par sa thermalité et par sa minéralisation. Quoique chronique, le rhumatisme présente quelquefois des paroxysmes, et c’est pendant les intervalles qui les séparent, et surtout lorsqu’ils sont complètement éteints, que l’indication apparaît d’avoir recours aux grands modificateurs généraux que peut fournir la médecine hydrominérale. Dans ces cas, on ne saurait trop recommander les plus grandes précautions, à cause de la très -grande impressionabilité nerveuse du plus grand nombre, à cause de l’existence possible de lésions viscérales latentes chez quelques- uns, et surtout à cause de la mobilité excessive des mouvements fluxionnaires dans la maladie qui nous occupe.
Les eaux chlorurées sodiques n’ont, à proprement
parler, aucune action spécifique sur le rhumatisme. Rappelons-nous, en effet, que c’est un état morbide diathésique dont la nature nous est inconnue. Nous n’en connaissons bien que l’étiologie, les manifestations symptomatiques et les conditions favorables à son évolution. C’est pour cela que les eaux chlorurées trouvent une heureuse application dans certains cas. Elles ont une action très-énergique sur la constitution, sur le tempérament du sujet ; elles modifient le terrain sur lequel vient évoluer le rhumatisme chronique. Par leur action tonique reconstituante, elles font disparaître les conditions favorables à son développement. Par leur action stimulante, elles donnent naissance à des réactions générales et locales, qui peuvent s’opposer à l’épanouissement complet des diverses manifestations sj/mptomatiques. Ellesont donc une action tonique reconstituante sur toute l’économie ; elles combattent donc avec énergie, mais d’une manière indirecte, l’affection morbide qui nous occupe. Sous l’influence de ces eaux minérales, la vitalité morbide ne tarde pas à être très-avantageusement modifiée, la circulation capillaire est activée, les tissus se dégorgent, la souplesse revient dans les parties molles, , et peu à peu les parties plus profondes finissent par subir cette heureuse influence. L’eau thermale de Balaruc agit dans les cas de rhumatisme chronique, d’abord par sa minéralisation, qui est, pour ainsi dire, spécifique de la scrofule et du lymphatisme, ensuite par sa thermalité assez élevée. Les moyens employés ont aussi leur importance dans le traitement ; ainsi, à
Balaruc, on se trouve très-bien, dans ces cas, de l’emploi des boues minérales, suivies de douches locales et surtout générales. Sous l’influence d’un traitement rationnel, on voit le gonflement des articulations diminuer assez rapidement, les épanchements de sérosité dans les jointures disparaître avec les phénomènes d’atrophie ou de dégénérescence qui accompagnent, en général, les graves désordres suites du rhumatisme chronique persistant.
En résumé, l’eau chlorurée sodique de la source thermale de Balaruc agit sur le rhumatisme chronique d’une manière directe, par sa haute thermalité, par son action stimulante, qui fait naître des réactions générales et locales favorables au dégorgement des tissus, en même temps qu’elle dérive sur le système cutané les mouvements fluxionnaires qui se portaient sur les parties atteintes de rhumatisme.
Elles agissent, enfin, par leurs propriétés toniques et reconstituantes, en modifiant l’économie, en enlevant au rhumatisme chronique les conditions favorables à son évolution. Dans ce cas, l’action curative est indirecte.