‹ Balaruc-les-Bains au point de vue de ses indications thérapeutiquesChapitre 15 sur 40 · DU LYMPHATISME ET DE LA SCROFULE · texte numérisé non relu

DU LYMPHATISME ET DE LA SCROFULE

Indiquer où finit le lymphatisme et où commence la scrofule est chose à peu près impossible, la barrière qui les sépare étant purement conventionnelle ; il est permis de dire de l’un qu’il est le premier degré de

rniiire (1). CenesI, point iin état inorhide sîi l’on vont, mais c’est iin état qui prédispose sing-iilièrement aux manifestations de la scrofule. C’est un tempérament morbide, caractérisé par la prédominance des liquides blancs. Le sang est pauvre en globules rouges. Les réactions se font lentement, et dénotent chez les individus qui en présentent les symptômes un certain degré d’atonie. Les tissus sont pâles et décolorés, le teint est blanc terne, les yeux bleux et les cheveux blonds ou châtain clair. Le lymphatisme est compatible avec un état de santé relativement satisfaisant, mais survienne une affection morbide quelconque, il faudra avant tout avoir recours à un traitement tonique et reconstituant, car ces maladies intercurrentes subiront l’influence du lymphatisme, et les manifestations symptomatiques présenteront tous les caractères de la torpeur la plus franche. Dans ces cas, l’eau thermale de Balaruc est parfaitement indiquée, et par sa minéralisation et par sa température. Les fonctions s’exécuteront avec plus d’énergie sous l’influence de l’action stimulante de cette eau, l’appétit deviendra meilleur, les digestions plus rapides, les fonctions assimilatrices plus complètes. Le sang deviendra plus riche en globules rouges. La constitution sera heureusement modifiée par le traitement hydrominéral. La conséquence ultime de l’usage de ces eaux sera la restauration complète de l’organisme.

Il est bien difficile de donner une définition de la

(1) Le Dent(t. — THctionnaire de médecine eide chirurgie pratique.

scrofule, précisément à cause de la diversité du siège des lésions, et surtout de la diversité des manifestations symptomatiques. On est cependant d’accord sur un point capital, à savoir : c’est que c’est une maladie générale, constitutionnelle, donnant lieu à des affections tantôt simultanées, tantôt successives, et prenant pour siège à peu près tous les tissus de l’économie. La scrofule, d’après M. Durand-Fardel, est constituée par une anomalie d’assimilation avec tendance à la dégradation des éléments organiques, d’où les formes connues d’engorgements passifs, de suppurations froides et d’ulcérations. Ces manifestations sont essentiellement extérieures , tégumentaires , muqueuses ou sous-cutanées ; et ce n’est que dans les degrés extrêmes de la maladie que des parties plus profondes , telles que le système osseux et les viscères, en subissent les atteintes. C’est une maladie totius substantiæ^ c’est une diathèse dont le fonds est surtout l’asthénie, l’affaiblissement, la dégradation générale. Les diverses fonctions se font d’une manière plus ou moins régulière, mais l’assimilation est très-incomplète et a pour conséquence l’appauvrissement du sang, qui mènelui-même à la cachexie. C’est une maladie héréditaire, mais qui peut être engendrée par toutes les causes débilitantes, telles que nourriture insuffisante, privation d’air et de lumière, etc., etc. Cette diathèse imprime, à ceux qui en sont porteurs, un cachet qu’il est impossible de méconnaître. Les sujets atteints de cette affection ont la tête ou trop grosse ou trop petite, le front est bas , les tempes aplaties. La

face est pâle ou très -colorée, mais les teintes de la coloration ne sont point fondues, elles paraissent pla- . quées, au niveau des pommettes surtout. Les traits du visage sont gros , la lèvre supérieure est tuméfiée , comme boursouflée, et fortement relevée ; la mâchoire est large, le, nez épaté, les yeux sont généralement bleus, ternes quelquefois, les sclérotiques sales, jaunâtres. Le système pileux est très-peu abondant. La poitrine est en général étroite, le ventre volumineux, les chairs flasques et décolorées, les articulations volumineuses. Tout annonce, en un mot, un défaut d’harmonie entre les diverses parties du corps. Les fonctions digestives sont lentes, bizarres ; quelquefois l’appétit est vorace, et coïncide avec une extrême maigreur du sujet ; le développement général du corps est souvent lent, aussi voit-on s’établir très-tardivement l’âge de la puberté chez les jeunes Allés; il y a alors tous les symptômes de la chloro-anémie , escortée des innombrables vésanies qui accompagnent ordinairement cet état morbide. De tout ce qui précède , ce qui nous frappe , c’est l’asthénie , le défaut de réaction vitale et la tendance à la dégradation des éléments organiques. La description rapide des manifestations symptomatiques que nous ferons bientôt , nous confirmera encore davantage dans cette opinion.

La scrofule, avons-nous dit , est une maladie totius subsfantiœ ^ aussi envahit-elle tous les tissus de l’économie. Pour bien saisir les diverses indications thérapeutiques qu’elle réclame , et surtout pour bien comprendre comme il serait puéril de ne traiter que

la inanifestatioii symptomatique , sans recourir à la cause, il est bon de passer en revue d’une manière très-rapide les diverses affections morbides , qui ne sont en d’autres termes que des symptômes d’un état morbide unique, de la diathèse scrofuleuse, se uiontrant tantôt isolés, tantôt en même temps, quelquefois se succédant les uns aux autres. La manifestation scrofuleuse la plus commune, celle qui est la plus anciennement connue, celle qui a fait donner le nom à la diathèse, c’est l’engorgement des ganglions; parmi eux, ce sont ceux que nous trouvons autour du cou. Les ganglions qui sont dans le creux axillaire, dans le pli de l’aine , sont très-souvent atteints ; mais ils passent très-souvent inaperçus. Ces ganglions engorgés peuvent acquérir un volume énorme, soit autour du cou, soit dans l’intérieur de la poitrine ou du ventre. Dans le thorax , ils peuvent gêner la respiration par la compression qu’ils exercent sur la trachée , sur les poumons. Dans le ventre, ils peuvent causer des œdème§ très-considérables par la compression qu’ils font subir aux vaisseaux des membres inférieurs. Sous l’influence d’un traiterpent approprié, ils peuvent diminuer de volume, revenir à leurétatprimitifsanssuppurer; quelquefois au contraire, l’inflammation s’en empare, on voit alors ces ganglions se rammllir, s’ulcérer, ets’établir une lente suppuration. Au bout d’un temps très-long , la réunion su fait , toujours très-lentement, et la cicatrice, qui devient de plus en plus solide et épaisse, présente l’aspect gauffré , caractéristique de la scrofule. La peau est souvent le siège des localisations diathésiques ; je ne

décrirai pas ici les nombreuses maladies cutanées qui sont sous la dépendance de la scrofule , mais je dirai seulement que toutes ont pour caractère commun une tendance marquée à l’ulcération ; que celle-ci a une marche lente et cherche à envahir les parties profondes. Dans ces différents cas, la cicatrice est gauffrée, réticulée, même lorsqu’il n’y a pas eu d’ulcération.

Les muqueuses sont souvent atteintes par la diathèse scrofuleuse; les ophthalmies, par exemple, sont on ne peut plus fréquentes. Combien sont nombreuses, en effet, ces conjonctivites , ces sclérotites donnant naissance à ces taies de la cornée, quelquefois si opaques , si un traitement énergique , général et local, n’est appliqué à temps. Les coryzas, les amygdalites , les otites sont très-fréquents. Les muqueuses du tube digestif et de l’appareil respiratoire ne sont point à l’abri des localisations strumeuses ; les enfants ont souvent des indigestions, des coliques, des diarrhées plus ou moins rebelles. En rnêiue temps, ils ont la poitrine grasse^ c’est à-dire que sous l’influence de l’irritation diathésique, la muqueuse bronchique sécrète une plus grande abondance de mucosité. N’est-on pas souvent obligé chez ces enfants d’avoir recours à un vomitif, au sirop d’ipécacuanha, par exemple, pour débarrasser l’estomac des mucosités qui en remplissent la cavité? Ces mucosités ne proviennent-elles pas souvent de ce que les enfants jeunes, ne sachant pas cracher, les avalent au fur et à mesure qu’ils les font remonter par les quintes de toux?

Jusqu’ici nous n’avons passé en revue que les

manifestations superficielles ou sous-cutanées de la scrofule, ce sont du reste les cas les plus nombreux et les moins graves ; il n’en est plus de même pour les manifestations dont il nous reste à dire quelques mots. Elles peuvent être fréquentes, mais ne se présentent pas en général d’emblée chez un malade. Soit que le traitement ait été mal appliqué, soit que la diathèse ait poussé de plus puissantes racines dans l’économie, ses' manifestations deviennent plus profondes et viennent envahir le tissu osseux et les viscères. Les os peuvent être attaqués ou bien dans leur continuité , ou bien par leurs extrémités articulaires ; c’est ainsi que sous l’influence d’une cause qui passerait ordinairement inaperçue , telle qu’un choc léger sur un membre, une chute faite par un enfant scrofuleux, on voit surgir une inflammation d’une nature spéciale, qui est suivie d’une carie, d’une nécrose du tissu osseux. Quelquefois le choc ou la chute ont porté sur une articulation, et alors on voit naître ces tumeurs du genou, de la hanche (coxalgie), quelquefois si rebelles à tout traitement, toujours douloureuses, et laissant le plus souvent après elles des atrophies musculaires, des déviations des membres, etc., etc. Les parties molles péri-articulaires sont envahies par l’indammation ; il se forme des abcès à suppuration lente et intarissable; des trajets fistuleux, conséquence de ces abcès, s’établissent quelquefois, qui font communiquer l’intérieur de l’articulation avec l’air extérieur. Lon voit de suite les terribles conséquences de cet état de chose, qui réclame impérieusement une active intervention chirurgicale.

^ La scrofule peut, enfin, envahir les viscères ; laffection présente alors une très-grande gravité : c’est en général , la période ultime des manifestations de cette diathèse. Dans le jeune âge, nous voyons ces malheureux enfants qui , depuis leur naissance, ont eu des engorgements ganglionnaires, des affections irritantes du cuir chevelu, des ophthalmies, présenter un teint blafard, accompagné d’un amaigrissement général. Le ventre seul est proéminent, l’appétit est vorace ; les digestions, pénibles et lentes, sont accompagnées

de diarrhée colliquative avec mouvement fébrile à exacerbation le soir ; l’amaigrissement fait des progrès continuels, et l’enfant s’éteint dans le marasme. Des convulsions viennent, quelquefois, compliquer la scène morbide et amènent le dénouement funeste : c’est le carreau. Plus tard, dans l’âge adulte, la scrofule, après une évolution complète, après n’avoir respecté aucun tissu, vient élire domicile sur un testicule, y concentrer toute son action funeste et constitue ce que nous appelons le testicule scrofuleux. Quelquefois enfin, et ces cas sont assez nombreux, la diathèse élit domicile sur un poumon, et c’est alors que nous assistons à l’évolution d’une pneumonie dite caséeuse, qui se termine par la phthisie pulmonaire.

De tout ce qui précède, il est facile de conclure que la scrofule est une maladie générale, constitutionnelle, diathésique, qui envahit tout l’organisme et dont les manifestations, quelquefois très-légères, finissent, si on laisse l’affection morbide sans traitement énergique, par pousser déplus profondes racines dans

l’économie, et devenir de plus en plus graves, en attaquant des parties de plus en plus profondes et en donnant naissance à des foyers de suppuration, dont l’action la moins funeste est d’affail;lir les malades. Enfin, si on parvient à en arrêter les funestes effets, si on parvient à tarir ces sources, quelquefois intarissables, de pus, rafPection laisse, dans certains cas , des traces indélébiles de son passage, telles que claudication par rétraction musculaire ou par lu.xation des articulations, dans la coxalgie, par exemple, ou simplement cicatrices difformes par elles-mêmes, et amenant à leur suite des tiraillements et des difformités dans les parties environnantes.

En présence d’un aussi grand nombre de manifestations symptomatiques, en présence de tant de lésions diverses gui, dans l’évolution de la diathèse scrofuleuse, paraissent être toutes sous la dépendance de la même cause, et qui paraissent aussi ne jamais abandonner le sujet qui en est porteur, on voit de suite que toutes ont pour étiologie un vice profond de la constitution , tellement que, survienne une maladie quelconque, celle-ci ne présentera pas chez ce sujet les caractères inhérents à sa nature même. Ses symptômes, sa marche, sa durée, ses complications, tout subira les modifications que lui imprime le terrain sur lequel elle vient évoluer. La constitution est imprégnée, pour ainsi dire, d’un vice profond, qui reste quelquefois latent pendant un certain temps, très-long dans certains cas, mais qui, sous l’influence d’une cause quelconque, se réveillera pour faire revêtir ses caractères à la nouvelle maladie intercurrente,

— lu —

Vouloir traiter séparément ces diverses manifestations, ce serait une pure illusion, et le résultat fâcheux qui suivrait une pareille médication prouverait bien que Ton a méconnu le mal que Ton se proposait de guérir. 11 faut donc agir ici non-seulement sur les diverses manifestations, mais encore et surtout sur la cause de ces divers symptômes. Il faudra donc avoir recours cà un traitement général, à un traitement dont la spécificité d’action contre la scrofule soit bien connue. Estce à dire que l’on pourra négliger les manifestations locales? Non certes, mais on conviendra sans peine que, dans certains cas de scrofules légères, cet oubli serait de peu d’importance. Quel est le symptôme caractéristique, celui qui nous frappe le plus dans la scro- ^ fuie ? C estl asthénie. Les digestions paraissent se faire plus ou moins bien ; mais ce qui se fait mal, c’est l’assimilation, d où la tendance à la dégradation de l’organisme. La première indication sera donc de combattre ce défaut d assimilation, cette asthénie profonde. Mais

suffira-t-il d avoir recours aux toniques analeptiques, et faudra-t-il, par exemple, traiter la scrofule comme on traite la chlorose? L’emploi de la médication tonique aura, certes, d’excellents résultats, mais l’action de ces médicaments ne se fera sentir que pendant un temps limité, et il ne serait pas étonnant qu’une fois ce traitement interrompu, le vice originel ne se manifestât de nouveau. 11 faudra donc avoir recours à une médication spécifique. Dans la scrofule donc, il faut non-seulement faire usage d’un traitement général, mais encore il faut faire usage d’un traitement spéci-

fiqiip. La scrofule a ses exigences spéciales de trait eineiit, tout aussi bien quelle a sa spécialité d’allure. Eniuêmeieinps, ilLuidra combattre par divers moyens appropriés les symptômes locaux ; on devra arrêter, si c’est possible, l’évolution des diverses lésions locales, si 011 ne veut pas s’exposer à voir naître des désordres qui, d'effet de la maladie, peuvent devenir, à leur tour, cause d’aggravation.

Les eaux minérales sont surtout employées avec succès contre les maladies chroniques , et parmi celles-ci, c’est la scrofule qui retire de leur usage le plus de soulagement. Elle se manifeste par tant de symptômes différents, et sa nature, quoique inconnue encore, donne lieu à tant d’appréciations diverses qu’il n’est pas étonnant qu’une foule de stations balnéaires revendiquent, au nombre de leurs propriétés, la cure de cet état morbide. Dans une discussion remarquable qui eut lieu au sein de la Société d’hydrologie médicale de Paris, en 1858, Pâtissier, s’appuyant sur les causes principales qui favorisent l’évolution de cette diathèse, prétendit qu’il y avait une foule de stations minérales dont les sources peuvent donner de trèsbons résultats dans le traitement de la diathèse strumeuse. « Quoique, nous dit-il, il soit assez difficile d’établir l’étiologie de la scrofule, il n’est pas douteux cependant que la viciation de l’air atmosphérique, l’habitation dans des lieux humides, étroits, contribuent à son développement ; l’air confiné, non renouvelé, introduit incessamment dans les poumons, doit, à la longue, vicier le sang, qui, à chaque instant, vient

s’imprég-ner de cet air insalubre. » D’après le même auteur, « l’alimentation agit dans le même sens avec plus de puissance encore et par deux mécanismes différents : l’aliment est de mauvaise qualité, il trouble les fonctions digestives, et il ne présente à l’absorption qu’un chyle de mauvaise nature, qui exerce une influence funeste sur l’économie tout entière ; ou bien il est de bonne qualité, mais il est trop substantiel, trop animalysé pour l’âge et la constitution du sujet, il entretient dans le tube gastro-intestinal une irritation chronique, permanente, qui rend son élaboration imparfaite ; de là résulte également un chyle vicié qui altère le sang. » La conséquence de cette viciation du sang, liquide nourricier et qui doit servir à la réparation de tous nos tissus , est facile à comprendre , c’est la dégradation lente , c’est la faillite de l’économie. Ne voit-on pas ce fait se reproduire tous les jours dans l’alimentation des jeunes enfants.? Dans la classe pauvre ne voit-on pas des mères s’enorgueillir que leurs jeunes enfants de trois à quatre mois mangent des hommes, et n’est-ce pas, en général, dans cette classe que se rencontre le plus grand nombre d’enfants atteints de manifestations strumeuses ? Nous partageons complètement les idées de cet éminent hydrologue sur l’étiologie de la scrofule ; mais nous ne saurions admettre les conclusions qu’il en tire. Portant spécialement son attention sur les troubles de la digestion et de la circulation , il prétendit , dans cette remarquable discussion , qu’en les traitant par des moyens appropriés , il guérirait les manifestations

SCI ofulôiisGs , et il fit des ecUix minérales cilculines , acidulés ou ferrugineuses, la hase du traitement antiscroluleiLx. Il est incontestable que ces (‘aux minérales peuvent rendre de très-grands services contre la scrofule; mais, comme le feit très-judicieusement remarquer M, Durand -Fardel , on ne saurait compter sur leui efficacité pour combattre une affection sérieuse de cette nature. Elles ne constituent pas une médication anti-scrofuleuse, mais elles peuvent être considérées comme des auxiliaires très-utiles dans certains cas.

Quant aux troubles survenus dans l’état général par suite de la viciation de 1 air atmosphérique et des mauvaises conditions d habitation , il n’y a aucun désaccord à ce sujet, tous les médecins sont d’avis qu’il faut entourer les malades scrofuleux de tous les soins de propreté et d’aération convenables. Poursuivant son raisonnement jusqu au bout, Pâtissier a préconisé l’emploi des eaux sulfureuses dans les cas où la scrofule est liée à l’élément nerveux , dans les cas qu’il appelé scrofule suhaiguë ou scrofule èrèthïgue. Cette forme de la scrofule est caractérisée , dit-il ^ par une assez vive excitation vasculaire ou nerveuse , qui se traduit par de la chaleur à la peau , de la douleur dans les parties affectées , des mouvements fébriles , ou par une grande excitation physique ou morale. Mais, dans ces cas, ne peut-on pas supposer que cette excitation nerveuse, qui paraît être considérée comme un symptôme caractéristique d une espèce différente de scrofule, n’est que la conséquence de l’asthénie? Ne prouve-t-elle pas que l’équilibre est rompu entre le

système sanguin et le système nerveux'? Ne peut-on pas supposer qu’elle domine la scène morbide , parce que , le sang étant appauvri en globules rouges , le système nerveux a perdu son modérateur naturel'?

Dans le cas de scrofule chez un sujet à complexion délicate, à tempérament facilement irritable , il faudra user de beaucoup de précautions ; il faudra surveiller le mode d’emploi des eaux , et avoir recours surtout aux moyens les plus doux , les plus simples , à ceux qui après eux entraînent le moins de réaction.

En ayant en vue les troubles digestifs , et les considérant comme les causes principales de toutes les manifestations symptomatiques, il a préconisé également les eaux alcalines contre la scrofule. Cette affection morbide étant essentiellement asthénique, et cette asthénie frappant tous les éléments de l’organisme, les eaux alcalines ne peuvent remplir ici l’indi- ' cation principale. Ne peut-on pas craindre, en effet,., qu’elles aient une action dissolvante sur la crase du sang et n’augmentent l’asthénie, au lieu de la com-\ battre ; et ne peut-on pas exciter l’appétit , corriger les troubles de la digestion sans avoir recours à un > mode de traitement excellent contre les dyspepsies l idiopathiques ou symptomatiques d’une affection autre'^ que la scrofule ?

En résumé, ce savant hydrologue a préconisé contre la scrofule les cinq classes d’eau minérales généralement admises, c’est-à-dire les eaux acidulés, alcalines, ferrugineuses, salines et sulfureuses. Mais aussi a-t-il été obligé, pour consDÜder son raison-

neruent, de faire delà scrofule cinq espèces différentes, et de faii e de chacune de ses divisions une (întité morbide, suivant qu’elle s’accompagnait de troubles nerveux, d’état inflammatoire, d’anémie ou de symptômes de torpeur. Peut-on admettre toutes ces divisions? Peut-on admettre une espèce de scrofule présentant des symptômes inflammatoires tels, qu’il soit besoin d’avoir recours à la médication alcaline ? Non, la scofule est une ; tous les symptômes sont sous la dépendance d une cause unique. Quelque nombreuses que soient les manifestations de la scrofule, quelle que soit la prédominance que paraît avoir tel symptôme sur un autre, rappelons-nous que c’est une diathèse, et que par conséquent c’est une affection morbide , constitutionnelle , par conséquent chronique , persistante, pouvant rester plus ou moins latente, dont les manifestations, portant sur la sensibilité, la motilité ou la plasticité, et se développant toutes sous l’influence d’une même cause, sont incapables de résoudre l’affection primitive, ni en fait, ni en tendances. La scrofule porte surtout son action sur la plasticité. Si ces diverses manifestations symptomatiques paraissent prédominer les unes sur les autres, cela tient bien certainement à l’âge de l’affection, au degré plus ou moins avancé de son évolution et au tempérament de 1 individu qui en est porteur.

Le type du médicament hydro-minéral anti-scrofuleux est leau minérale qui contient des bromures et du chlorure de sodium à dose thérapeutique. L’expérience clinique l’a constaté depuis déjà bien longtemps,

et l’on peut dire que, de l’avis delà plupart des médecins , les eaux chlorurées sodiques sont regardées comme des spécifiques de la scrofule. Nous pouvons bien, en étudiant les propriétés curatives des substances qui entrent dans leur composition, nous expliquer certaines actions physiologiques donnant raison, jusqu’à un certain point, de l’action thérapeutique de ces eaux minérales : mais, comme pour tout spécifique, leur action intime nous est inconnue. Cherche-t-on du reste à s’expliquer comment la quinine guérit les fièvres intermittentes, comment le mercure guérit la syphilis ’? Non certes, et toutes les théories basées probablement sur des hypothèses viendraient se briser contre des faits constatés par l’expérience. Les autres eaux minérales peuvent être utiles dans certains cas ; les eaux acidulés, gazeuzes, peuvent augmenter l’appétit quelquefois émoussé dans les affections scrofuleuses, elles peuvent activer les fonctions digestives. La durée de l’évolution de l’affection strumeuse est si longue, que l’on trouvera bien certainement un momentoù l’on devra faire usage des eaux dites de tahle^ de même que, lorsque l’appauvrissement du sang sera arrivé à un certain degré, sera-t-il bon de faire usage des eaux ferrugineuses; mais, dans tous ces cas, on n’aura traité que le symptôme. Ce sont des palliatifs, on n’agira pas sur la cause primordiale de ces différents troubles de la digestion et de la circulation, on n’aura pas combattu la diathèse elle-même. ^

Par les eaux chlorurées sodiques, au contraire, on attaquera le fond même de l’affection et on traitera

avGC ceititud.6 de succès les lUcinifestfitions symptomatiques. Ces eaux minérales s adressent à la scrofule en général, quelle que soit la prédominance d’un groupe de symptômes. Si l’on a affaire à un sujet irritable, à tempérament nerveux, il faudra avoir recours à une médication plus douce, plus simple, il faudra diminuer la durée de l’immersion ou abaisser la température de l’eau pour la rendre moins excitante. Dans la scrofule, les indications principales à remplir consistent à exciter la circulation cutanée, à ffivoriser la nutrition et l’assimilation, à modifier les sécrétions. Les eaux chlorurées sodiques répondent parfaitement à toutes ces indications. Le chlorure de sodium jouit de propriétés reconstituantes analeptiques incontestables, administré à dose convenable; il est nécessaire à la formation de la plupart des humeurs ; il entre dans la composition de la généralité d’entre elles ; pris à dose thérapeutique, il augmente l’appétit et favorise la formation des globules sanguins.

Sous l’infiuence des eaux chlorurées sodiques, la peau se colore, cet embonpoint maladif et ce tissu cellulaire si abondant chez certains scrofuleux tend à disparaître pour faire place à du tissu musculaire. L’inappétence et les digestions lentes, pénibles, incomplètes, sont remplacées, quelquefois, par un appétit vorace que l’on est très-sou vent obligé de modérer, les digestions se font très-rapidement et n’entraînent avec elles aucun malaise. On voit donc que, sous l’influence de ce médicament, les fonctions du tube digestif et de l’appareil circulatoire sont suractivées, les circu-

laiions interstitielles se font plus rapideinent,etlesang', devenu plus riche, favorise la nutrition. Cette suractivité, apportée dans les mouvements de composition et de décomposition, explique surabondamtnent les heu-, reuses modifications que doit apporter à tout Torganisme une telle médication. Les digestions se faisant plus régulières et plus complètes, le sang devenant plus riche en globules rouges, la nutrition interstitielle de tout l’organisme se fera aussi plus complète, et comme dernière conséquence, les sécrétions seront modifiées et dans la qualité et dans la quantité du produit. Si à cette action thérapeutique du chlorure de sodium on vient ajouter celle des bromures, on comprendra facilement l’action bienfaisante des eaux chlorurées sodiques dans les cas de scrofule.

Lorsque l’action excitante des eaux chlorurées sodiques de Balaruc ne paraît pas suffisante chez un sujet scrofuleux présentant l’asthénie la plus complète, lorsque les divers symptômes ne manifestent chez lui aucune réaction, lorsque le sujet sera, en un mot, d’un tempérament très-fortement lymphatique, on devra, et cest ce que je suis dans l’habitude défaire, associer l’eau mère des marais salants à d’eau thermale de Balaruc. Il est démontré que cette association accroît l’efficacité delà médication vis-à-vis des scrofules. Ces eaux contiennent, en effet, une très-forte proportion de chlorure de sodium; elles sont très-fortement broju urées et indurées , elles contiennent donc en plus grande proportion les principes minéralisateurs les plus anti-scrofuleux ; leur action directe sur le fonds

même de la diathèse est bien plus énergique ; en même temps que l’excitation générale qu’elles produisent est plus grande, elles sont plus toniques, plus reconstituantes, elles ajoutent une énergie plus considérable à l’eau avec laquelle elles sont mélangées. On ne pourrait pas les appliquer seules, Texcitation cutanée serait trop vive , et la stimulation qu’elles communiqueraient aux ulcères et aux plaies, pourrait outrepasser le but que l’on chercherait à obtenir. Aussi est-on dans l’habitude de n’en ajouter que quelques litres dans un bain. C’est surtout dans les cas de torpeur de toutes les fonctions qu’on emploie ce médicament énergique, lorsque l’on voit que la médication parles eaux chlorurées sodiques seules est trop lente à produire ses effets ; elles ont du reste, avec plus d’énergie seulement, les mêmes propriétés thérapeutiques que ces dernières.

Sous l’influence de l’action reconstituante de ces eaux, de l’excitation générale produite sur l’économie et de la stimulation cutanée, la circulation sanguine est devenue plus active, le sang plus riche en globules rouges, les mouvements de composition et de décomposition interstitielles plus énergiques ; qu’j a-t-il d’étonnant que les engorgements ganglionnaires bénéficient de cette suractivité générale? On voit, en effet, au bout de quelques jours de traitement, des ganglions engorgés et isolés diminuer de volume, et ceux qui sont agglomérés par du tissu cellulaire se désagréger par la disparition de ce dernier. Les plaies, les ulcères, qui sont la conséquence des abcès,

se détergent, leur coloration de violacée devient d’un rouge plus vif, les bords se recollent, les bourgeons charnus apparaissent, et la cicatrisation se fait d’une manière assez rapide. Les trajets fistuleux commencent aussi, au bout de quelques jours, à voir diminuer l’écoulement de pus qui se faisait par leur orifice externe avant le traitement, 1 aspect est plus satisfaisant,* et la cicatrisation vient rapidement fermer ces sources intarissables de pus, surtout s’il n’y a aucune communication avec un os carié. La carie, la nécrose elles-mêmes subissent une heureuse modification, la vitalité des parties profondes est réveillée en même temps que les conditions de l’état général deviennent meilleures , l’élimination deS séquestres est facilitée , et elle coïncide avec le réveil général de la constitution. Les articulations , enfin , envahies par l’affection morbide diminuent également de volume , les mouvements des membres deviennent plus faciles et moins douloureux.

En résumé , la scrofule est une maladie générale , diathésique et de nature spécifique , qui exige pour sa guérison : 1” un traitement général, qui doit s’adresser à 1 atonie de toute 1 économie ; 2° un traitement spécifique, qui a pour but de combattre le fonds même de 1 affection ; 3° un traitement local, qui doit avoir pour but de modifier les lésions qui sont la conséquence de cette atonie spécifique. Le traitement hydro-minéral de cette affection reclame 1 usage des eaux chlorurées sodiques, seules ou associées aux eaux mères. Pour nous, il n’y a qu’une seule espèce de scrofule, qui est

caractérisée par l’asthénie, le défaut d’assimilation, et si dans la durée de son évolution il apparaît des phénomènes subinÜammatoires ou nerveux, ces nouvelles manifestations symptomatiques sont imputables au tempérament, à la constitution du sujet qui est porteur de cette diathèse, en un mot, à la qualité du terrain sur lequel elle fait son évolution. Ces diverses manifestations ne constituent pas différentes espèces de scrofules , encore moins des entités morbides. Quels que soient les symptômes prédominants , les eaux chlorurées sodiques doivent être employées , le mode d’application seul doit changer suivant les cas. L’eau chlorurée sodique de Balaruc remplit toutes ces indications, à condition de tenir compte de Tobservation précédente. Elle répond parfaitement aux indications thérapeutiques fournies par la spécificité de l’état morbide. Par son action tonique , reconstituante et excitante , elle répond 'aux indications thérapeutiques tirées de la nature de l’affection , c’est-à-dire d’être maladie générale. Elle répond également aux indications fournies par l’état local; elle est, en effet, résolutive des engorgements ganglionnaires , elle tarit les sources intarissables de pus , et amène , enfin , la cicatrisation des abcès et des trajets fistuleux. Elle n’a point une action directe sur la carie et la nécrose ; mais, en tonifiant l’économie tout entière, elle favorise l’élimination des parties nécrosées, quelque soit le degré d’inflammation qui accompagne ces lésions, par il faut bien se rappeler que l’inflammation chez les scrofuleux est tout autre , et réclame un tout autre traitement que dans les conditions ordinaires.

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