‹ Balaruc-les-Bains au point de vue de ses indications thérapeutiquesChapitre 18 sur 40 · DES CONTRE-INDICATIONS · texte numérisé non relu

DES CONTRE-INDICATIONS

Si la connaissance approfondie des indications thérapeutiques est indispensable pour la bonne application des eaux minérales, l’étude exacte des contre-indications n’est pas moins utile, surtout quand il s’agit de faire usage d’eaux minérales aussi énergiques que celles deBalaruc. — Combien sont nombreux, en effet, les malades qui, sur la foi des annonces de la quatrième page des journaux, ou sur de simples on-dit, se rendent auprès d’une station thermale, y suivent un traitement à leur guise, et qui, après une saison passée auprès de ces eaux, trouvent une aggravation à leur maladie, au lieu d’une guérison qu’ils espéraient y trouver. — Les eaux minérales constituent, en effet, X une médication très-énergique, qui, bien appliquée, peut rendre de signalés services et qui, au contraire, peut aggraver les maladies , leur donner une issue ;•

quelquefois funeste, quand ces eaux sont contre-indi- ^

quées.

11 est des cas où l’usage de l’eau de Balaruc est formellement contre-indiqué, c’est-à-dire qu’il peut amener une aggravation de la maladie ; c’est ce que j’appelle les contre-indications formelles. — Dans

d autres cas, Tusage de cette eau ne présente pas le même dang*er, mais nécessite cependant de très-grandes précautions, au point de vue de la période de la maladie, de la saison de 1 année et, enfin, des moyens balnéothérapiques à employer.

Je diviserai donc ce chapitre en deux sections: dans la première, je traiterai des contre-indications formelles, et dans la deuxième, de celles que j’appellerai secondaires, mais qui, je le répète, demandent une très-grande attention.

§ I. — Des contre-indications formelles.

Du tempérament nerveux ei^agèrè. — Dans le chapitre consacré à l’action physiologique de l’eau de Balaruc, nous avons vu que ces eaux avaient une action générale sur tous les tissus, sur tous les organesj que la circulation elle- même était accélérée ; en un mot, que ces eaux avaient une action stimulante qui était d’un grand secours dans certains cas de paralysie. Ces eaux peuvent-elles convenir aux malades qui présentent tous les caractères du tempérament nerveux exagéré, connu sous le nom de tempérament névropathique? Quels sont les caractères inhérents à cette manière d’être ? Je ne puis mieux faire que de citer le tableau que nous en fait Jaunies dans son remarquable Traité de Pathologie générale; il sera facile, après la lecture de ce passage, de voir combien est contre-indiqué l’usage de l’eau thermale de Balaruc chez les malades présentant les caractères de ce tempérament.

Le mot tempérament névropathique, nous dit Jaunies (1), me paraît convenir à la désignation du tempérament nerveux exagéré. — Ici, la sensibilité exubérante est blessée par un stimulus d’une énergie médiocre, la faculté motrice est également prompte à entrer en action ; de là, des douleurs, des spasmes presque continuels, — La vie de ces sujets est traversée par des agitations, des indispositions sans cesse renaissantes. — Le pouls est dur et manque d’ampleur. — L’influence du moral sur le vital est excessive, et s’exprime par des irrégularités fonctionnelles survenant après une émotion, par des jugements plutôt fondés sur la nature des sensations mobiles du sujet que sur sa rai&on, ce qui amène des aberrations d’esprit, des contradictions.

N’est-on pas fondé à craindre que chez ces malades les réactions soient trop vives, et que chez un paralytique doué d’un tempérament névropathique, il ne se fasse, par action réflexe, un nouveau raptus du côté du cerveau ? — Chez un rhumatisant présentant tous les caractères de ce tempérament, ne peut-on pas craindre une surexcitation générale, qui donne naissance à un mouvement fluxionnaire, et de là à de nouvelles atteintes de rhumatisme ou de névralg-ies rhumatismales ? — Dans les cas qui nous occupent, ce sont des eaux calmantes, à faible minéralisation, qui peuvent convenir, ce sont celles dont l’emploi n’est suivi que d’une très-faible réaction.

(1) .Iaumes. — Traité de Pathologie et de Thérapeutique générale, p. 670.

Les eaux thermales chlorurées sodiques fortes de Balaruc rendent de très-grands services dans les cas de paralysies, c’est incontestable. — Toutefois nous dirons avec le Le Bret (1), ancien inspecteur de cette station thermale : Il est des circonstances où la paralysie ne peut se rattacher à aucune altération anatomique appréciable et qui contre-indiquent la prescription des eaux chlorurées actives de Balaruc.— Par là, nous entendons la paralysie hystérique et, d’une façon générale, toutes celles dans lesquelles l’état névropathique prédomine. — La paraplégie dite essentielle de l’enfance seule se distingue dans ce cadre nosologique.

Tout ce qui vient d’être dit ne doit se rapporter qu’aux malades présentant les symptômes du tempérament nerveux exagéré, et non à ces malades névropathiques anémiques et dont l’état morbide n’est que la conséquence de l’anémie produite par une longue maladie ou une forte hémorrhagie. — Dans ces derniers cas, au contraire, l’eau thermale de Balaruc est parfaitement indiquée ; seulement il faudra l’ordonner à très- petite dose, en se rappelant l’action tonique de cette eau ainsi administrée et en se rappelant surtout que cet état névropathique n’est que la conséquence de la rupture de l’équilibre entre le système sanguin et le système nerveux.

Maladies du cœur. — C’est plutôt par la connaissance approfondie de l’action physiologique de l’eau de

(1) Le Bret et Diirand-Fardel. — Dictinnnaîve général des Eou.e Minérales. — Tom. I, p. 214.

Balaruc, et surtout pour être complet, que par l’expérience faite sur de nombreux malades atteints d’affection cardiaque, que l’on peut poser les indications et les contre-indications de ces eaux thermales dans les cas de maladie de l’organe central de la circulation. — En général, les malades atteints d’affections du cœur ne cherchent pas la guérison de leurs maux par l’usage des eaux minérales ; cependant ces maladies peuvent accompagner ou être la conséquence d’états morbides qui réclament leur usage. — Je n’ai eu l’occasion que de traiter deux ou trois cas seulement, et, sur ce nombre, deux malades suivaient un traitement hydro-minéral un peu malgré moi. — Je fus alors obligé de m’entourer de toutes les précautions possibles, et je dois dire cependant que je constatai chez ces deux malades une certaine amélioration dans l’état général. — Il s’agissait d’une lésion du cœur à son début et de nature rhumatismale. — Devant les craintes que j’exprimais et les grandes précautions que je prenais, ces malades furent sans doute effrayés : ils ne revinrent plus à Balaruc, et je n’ai plus eu de leurs nouvelles.

Par maladie du cœur, il faut entendre, comme c’est l’usage en pathologie médicale, une maladie organique, une lésion de texture ou de volume de l’organe et non pas seulement un trouble fonctionnel du cœur. — Cette distinction est très -importante dans le sujet qui nous occupe, et nous verrons que les indications et les contre-indications sont bien différentes dans chacun des cas.

— loi

Lorsque à la suite d’une maladie grave ou de longue durée, ou après une très-forte hémorrhagie, le sang s’est appauvri, le nombre des globules rouges considérablement diminué, les fonctions cardiaques se ressentent de cet état morbide, et ce trouble survenu dans la quantité ou la qualité du sang se manifeste par un bruit de souffle dit anémique qui s’entend jusque dans les vaisseaux du cou. — Le malade se plaint d’essoufflement, de palpitation, et après un examen peu approfondi présente certains symptômes de maladie du cœur. — Dans ces cas cependant, nous n’avons qu’à traiter un trouble fonctionnel, conséquence de l’appauvrissement du sang; l’organe est indemne de toute maladie, et quoiqu’il y ait un bruit de souffle, le volume et la texture du cœur sont à l’état normal. — Que l’état morbide persiste, et ce trouble fonctionnel pourra, à la longue, amener une maladie vraie du cœur. — Dans ce cas, l’usage de l’eau de Balaruc n’est pas non-seulement contre-indiquée, mais on trouvera au contraire un très-grand bénéfice de son usage méthodiquement ordonné. — Comme nous l’avons déjà vu, sous son influence, le sang s’enrichit, non pas par le même mécanisme que si le malade était soumis à un traitement ferrugineux, mais la déperdition des globules rouges s’arrêtera ; les fonctions digestives étant plus actives, plus complètes, le sang retrouvera sa plasticité primitive, les battements du cœur ne seront plus tumultueux , le bruit de souffle disparaîtra, et l’équilibre entre le système nerveux et le système sanguin étant rétabli, tout rentrera dans d’ordre.

A la suite d’une maladie diathésique, du rhumatisme par exemple, le mouvement fluxionnaîre se porte fréquemment sur les enveloppes du cœur, et le nombre des endocardites rhumatismales est très-considérable. Ces manifestations se montrent surtout sur les enveloppes valvulaires; de là, des épaississements de la séreuse qui viennent occasionner un trouble quelquefois très- considérable dans le jeu des valvules. - Le sang glisse difficilement sur ces membranes épaissies et rugueuses, en donnant naissance à un bruit de souffie quelquefois très-intense. — Lorsque la manifestation rhumatismale est réduite à ces proportions, lorsque ces lésions n’ont point apporté un trouble fonctionnel à borgane, assez considérable pour produire l’hypertrophie compensatrice ; en un mot, lorsqu’il n’y a pas lésion de texture ou de volume de l’organe, et que la lésion valvulaire est récente, on peut obtenir la résolution de cet épaississement valvulaire par l’usage de l’eau de Balaruc. — Cette eau, par son action révulsive sur le tissu cutané, peut amener le déplacement du mouvement fluxionnaire rhumatismal vers une autre partie du corps ; on peut espérer obtenir un travail de bascule qui peut favoriser la résolution de ce léger engorgementde la membrane interne. — C’est à deux cas de cette nature que j’ai eu affaire et auxquels je fais allusion au début de cet article.

Si la maladie du cœur est plus grave, s’il y a lésion de texture ou de volume de l’organe par suite d’endocardite, et si l’hypertrophie consécutive a considéra-

blement aminci les parois du cœur en augmentant considérablement son volume ; ou bien si, à la suite d’alcoolisme chronique, il y a un commencement de dégénérescence graisseuse; ou bien, enfin, s’il y a, par l’effet des progrès de l’âge ou par une disposition native, un commencement d’ossification des vaisseaux ou des parois cardiaques, nul doute que les eaux de Balaruc sont contre-indiquées d’une manière absolue.

Dans ces divers cas, on ne peut espérer obtenir la résolution, la maladie est trop avancée et les désordres trop considérables. — Sous l’influence de l’eau thermale de Balaruc, le sang, avons-nous dit, s’enrichit, il devient plus plastique, et cette augmentation de richesse coïncide avec une diminution de l’énergie cardiaque.

En même temps que le sang s’enrichit, la circulation générale devient plus active, mais d’un autre côté, sous l’influence de l’état pathologique, le cœur ne peut que très-difficilement présider aux fonctions circulatoires ; donc, l’usage de l’eau thermale de Balaruc est préjudiciable, puisqu’elle augmente le nombre des battements, au moment même où les forces radicales de l’organe diminuent ; l’oppression, la suffocation peuvent être, dans ce cas, la conséquence de l’accroissement de la fonction.

Mais si, d’un côté, nous avons un sang plus riche, une circulation plus active, et que, de l’autre, nous ayons un organe dont le jeu est de plus en plus difficile à cause de la lésion de texture, ne peut-on pas craindre, en dernière analyse, une rupture de l’organe.

si les parois de celui-ci se sont amincies outre mesure pour constituer l’hypertrophie compensatrice, ou si elles ont subi un commencement de dégénérescence graisseuse ou d’ossification ?

^ On le voit donc, dans les cas de maladies du cœur, l’usage de l’eau de Balaruc ne peut rendre quelques services que lorsque les manifestations morbides n’ont porté qu’une action presque éphémère sur la texture de 1 organe. — Ce n’est que dans les cas où le rhumatisme ne s est manifesté que par un léger épaississement de la séreuse valvulaire, avant que l’organe, lésé dans sa texture, n’ait été obligé de se dilater pour contrebalancer la difficulté qu’il éprouvait à 'recevoir ou à projeter le sang dans l’arbre circulatoire. — Dans ce dernier cas, et surtout lorsque la texture de l’organe a subi des modifications pathologiques plus avancées,

1 eau de Balaruc est formellement contre-indiquée Cette eau minérale peut néanmoins être employée avec quelques chances de succès, en boisson seulement, à dose purgative, de temps en temps , comme les autres purgatifs salins. — Par son action purgative et diurétique , on peut espérer résoudre les œdèmes et lanasarque lui-même qui se rencontrent dans la période ultime des affections cardiaques. — En provoquant ces hypersécrétions considérables des glandes intestinales, ne peut-on pas espérer obtenir une diminution considérable dans la tension artérielle et décharger autant l’organe central de la circulation? Dans ces cas, l’usage de l’eau de Balaruc peut être fait à domicile, et pas n’est besoin de se rendre auprès

de ces thermes pour subir un traitement externe qui est formellement contre-indiqué, comme je l’ai dit plus haut.

Phthisie 'pulmonaire. — Le chlorure de sodium a été préconisé contre la phthisie pulmonaire. MM. Araédée Latour et Thelénius, se basant sur les bons résultats obtenus dans leur pratique, ont alors préconisé l’usage des eaux chlorurées sodiques fortes contre cette affection qui fait le désespoir des médecins. — Ils se sont basés, pour en conseiller l’usage, sur ce qui se passe dans les ganglions ou les organes engorgés à la suite d’un traitement par les eaux minérales. — Mais peut-on considérer ces deux faits comme identiques? Comment s’opère la diminution du volume d’un ganglion ou d’un organe engorgé par l’usage des eaux chlorurées sodiques ? — Sous l’influence de ces eaux, il se manifeste dans l’organe engorgé une suractivité vitale qui se traduit elle-même par une suractivité fonctionnelle, et la conséquence de ce surcroît de vie et de fonction,, c’est le dégorgement de l’organe. — Peut-on espérer obtenir les mêmes heureux effets dans les deux cas? Je ne le pense pas. - N’oublions pas, en effet, que le tubercule est un corps étranger, inorganique, dont aucune médication connue jusqu’à ce jour ne peut opérer la résolution.

En supposant un instant que l’eau de Balaruc ait la même action sur le tubercule que sur les ganglions engorgés, est-ce à dire que l’on doive, pour obtenir la guérison du tubercule pulmonaire, provoquer son ra-

molJissement? Pour obtenir la résolution d’une glande engorgée, nous faisons naître à son intérieur un certain degré d’inflammation. — Pense-t-on qu’il ne serait pas téméraire d’agir ainsi avec un organe tel que le poumon ? Peut-on régler la marche de cette inflammation à son gré, et savons-nous à quel degré elle s’arrêtera? Je crois, au contraire, que la suractivité de la circulation de tout l’appareil pulmonaire entraînerait après elle une nouvelle éclosion de tubercules , en même temps que l’évolution de ceux qui existaient déjà serait plus rapide. — Cette excitation de la circulation en général ne peut-elle pas amener, elle aussi, une congestion des vaisseaux pulmonaires, et par suite des crachements de sang ? Ce même phénomène se pi oduit du reste dans les vaisseaux hémorrhoidaux , circonstance favorable au soulagement des paralysies suites de congestions ou d’hémorrhagies cérébrales.

Ainsi donc , dans le cas d’imminence de phthisie pulmonaire, les eaux chlorurées sodiques fortes de Balaruc sont contre-indiquées, comme pouvant donner lieu à une poussée tuberculeuse, et dans le cas de phthisie confirmée, elles ne sont pas moins contreindiquées, comme favorisant la rapidité de l’évolution de ce produit hétérogène.

De tout ce qui précède , il résulte pour moi qu’il peut y avoir des eaux minérales pouvant rendre de très-grands services dans le cas de phthisie tuberculeuse du poumon, mais ce ne sont pas les eaux chlorurées sodiques fortes de Balaruc qui doivent être indiquées. — Il faut chercher ces eaux dans la classe

des eaux hyposthénisan tes, c’est-à-dire celles qui sont douces, faibles et peu excitantes.

Peut-être la respiration de l’air humide et salé de la région pourrait convenir dans certains cas. — La phthisie pulmonaire étant surtout une maladie des pays froids et humides, les malades atteints de cette affection morbide feraient bien de vivre pendant quelque temps dans les pays chauds du Midi, et peut-être trouveraient-ils un certain bénéfice à vivre sur les bords de la mer, surtout ceux qui présentent tous les caractères du tempérament lymphatique et scrofuleux. — A Nauheira (Hesse), à Kreusnach (Prusse Rhénane), les médecins de ces stations ne conseillent-ils pas aux malades de promener le long des bâtiments de graduation des salines, afin de respirer Pair chargé de molécules de sel entraînées par le vent ? Cette médication toutefois ne doit pas être généralisée, elle ne convient, je le répète, qu’aux individus lymphatiques et scrofuleux, qu’à ceux chez qui les réactions sont peu énergiques, qu’à ceux, en un mot, chez qui la phthisie est torpide, à marche lente. — Tout le monde sait que Laënnec, l’illustre inventeur de l’auscultation, avait une grande confiance dans ce moyen thérapeutique, et qu’étant atteint lui-même de phthisie pulmonaire, il se fit transporter sur les bords de l’Océan pour respirer l’air imprégné de sel marin et des senteurs marines des algues et des varechs.

§ ^5 ■— Contre-indications secondaires.

Ici, l’eau de Balaruc n’est point contre-indiquée ; son usage, au contraire, peut rendre de très-grands services, mais il demande de très-grandes précautions, sinon on s expose quelquefois à de très-graves dangers.

Nous allons passer en revue : 1° le tempérament sanguin qui, sans contredit, présente de nombreuses indications à 1 usage de ces eaux purgatives, mais à la condition d’en user avec ménagement. — 2° Nous essayerons de fixer à quelle période de la maladie, le paralytique en général doit faire usage de cette eau;

3° le moment de l’année où il doit se rendre à Balaruc ;

4° les moyens balnéothérapiques les plus appropriés.

Comme on le voit , ce qui va suivre peut être considéré plutôt comme des préceptes dictés par l’expérience clinique que comme contre-indication à proprement parler.

Du tem'pèrament sanguin. — L’eau thermale de Balaruc a une efficacité traditionnelle , avons -nous N, dit , contre les paralysies’ et les rhumatismes , nen pas en vertu d’une spécialisation vraie, mais bien par son action purgative, révulsive sur le tube digestif, et par sa haute thermalité. — A côté de cette action purgative, il faut bien reconnaître une action stimulante, légèrement excitante ,. qui , si elle n’est pas modérée, peut amener de très-graves conséquences > chez les sujets présentant les caractères du tempéra-

ment fortement sanguin. — Chez ces malades, il faut porter une gi*ande attention aux moyens balnéotliérapiques employés et une non moins grande à la température de Feau.

Quels sont en effet les symptômes du tempérament sanguin et quelles sont les prédispositions qui se rencontrent chez ces malades? Je transcris ici le tableau que nous en fait Jaumes, dans son Traité de Pathologie générale [\) : rougeur et sorte de turgescence de la face , pouls habituel fortlement et résistant ; bouffées de chaleur vers la tête après une excitation même légère ; grand développement de 1 appareil artériel et énergie de son action ; plasticité remarquable du sang. — Les indispositions provenant de ce genre de tempérament sont caractérisées par un état d’orgasme vasculaire, avec vertige, céphalalgie-gravative , tintement d’oreille , sommeil lourd, entrecoupé de rêves fatigants. — Ce tempérament, toujours d après le même auteur, mène aux fluxions sanguines, à 1 hypertrophie du cœur gauche, à la fièvre inflammatoire, aux phlegmasies franches.

Devant un pareil tablean, la médication excitante n’est-elle pas contre-indiquée? Ce n’est, en effet, que par des déplétions sanguines répétées et par la médication contro-stimulante que l’on peut combattre de pareils symptômes. — La méthode révulsive peut rendre cependant de très-grands services dans ce cas, en détournant vers certaines régions les mouvements

(1) Loeo cit.

fluxionnaires, si faciles à se former ou qui menacent des organes très-importants.

L’eau de Balaruc n’est pas absolument contre-indiquée dans ces cas, mais son usage doit être très-sagement ordonné. — On peut espérer, et le fait se réalise bien souvent, obtenir la révulsion sur l’intestin du mouvement fluxionnaire, qui a de la tendance à se diriger vers la tête. — Sous l’influence de l’eau prise en boisson, les organes abdominaux et les innombrables glandes de l’intestin sont le théâtre d’une réaction vitalequise traduit par unesuractivité fonctionnelle, c’est-à-dire par une hypersécrétion considérable. — Une masse énorme de liquide est puisée dans le torrent circulatoire, d’où la diminution de tension en même temps que cette suractivité fonctionnelle de tous ces organes amène un afflux considérable de sang dans toutes ces parties. — Ne sont-ce pas là les indications formelles tirées du tableau symptomatologique du tempérament sanguin? Ici, l’action excitante de l’eau est contre-balancée très-énergiquement par ses effets purgatifs et révulsifs.

Ce qui est contre-indiqué dans le cas qui nous occupe, ce n’est pas l’eau elle-même, mais bien les moyens énergiques, les moyens perturbateurs.

L’eau en boisson et les bains de jambes doivent constituer la base du traitement chez les paralytiques présentant les caractères de ce tempérament. — ^ Ce n’est pas à dire que les bains généraux doivent être proscrits d’une manière absolue. — Non, car on se priverait d’un moyen révulsif cutané très-eflicace, mais

on doit veiller avec la plus grande attention sur la thermalité de l’eau et sur la durée du bain. — 11 faut daboid avoir le soin de bien ventiler le cabinet dans lequel a lieu l’immersion, et éviter qu’il soit rempli de vapeurs pouvant amener un état congestif de la tête. — 11 faut avoir le soin de prescrire un bain à une température très-modérée pour éviter l’action stimulante, et il faut de plus que le bain soit court, pour éviter une réaction trop vive.

Ce qui est proscrit, c’est la douche, surtout dès le début de la maladie. L excitation générale qu elle produit ne peut-elle pas donner naissance à un mouvement énergique du coté du cerveau ? et c’est pour ne pas avoir écouté les conseils dictés par la prudence, que certains malades, voulant opposer des moyens énergiques à une maladie qui leur parait très-grave puisqu elle les prive de la moitié d’eux-mêmes, voient leur paralysie augmenter par un nouveau raptus du côté du cerveau.

L action excitante de l’eau de Balaruc est réelle, on ne sauiaitle nier, mais elle a été singulièrement exagérée, grâce à l’administration trop énergique, et je pourrais dire barbare, des siècles derniers. — C’est de cette époque qu’est venue la triste réputation dont elles jouissent, tellement qu’il répugne encore à bon nombre de médecins d envoyer les malades auprès de cette station, et à de nombreux infirmes de s’y rendre. Oes eaux tuent ou guérissent, disent les gens du monde.

En parlant ainsi, ils ne font pas attention qu’ils se plaignent de trop de richesses; ils ne font pas atten-

lion qu’ils leur reconnaissent iinpliciteinent une action vraie, indéniable. — Ces eaux ne ressemblent en rien à certaines eaux minérales auprès desquelles les malades ont l’habitude d’aller passer tous les ans un ou deux mois sans obtenir de changement notable à leur état morbide. — Oui, ces eaux agissent, elles ont les défauts de leur qualité. — Bien administrées et en temps opportun, leur usage est, en général, suivi d’heureux résultats dans les cas de paralysies suites de lésion cérébrale ; mais administrées d’une manière trop énergique ou en temps inopportun, elles peuvent entraîner des complications ou une aggravation de la maladie qu’on était venu traiter auprès d’elles.

Cette triste réputation, qui s’est continuée jusqu’à nos jours, provient bien certainement des effets consécutifs de la barbare administration de ces eaux dans les cas de paralysie suite de lésion cérébrale, dans le siècle passé. C’est la douche dite à la paillasse qui a fait tout le mal. — Un malade atteint de paralysie était-il envoyé à Balaruc, on le soumettait au traitement suivant : Il était étendu sur une paillasse, la tête pendante sur la source elle-même, ainsi exposée aux vapeurs qui se produisent à la surface de l’eau. Un baigneur remplissait une cruche, dont Astruc nous a conservé le dessin, avec l’eau minérale, qu’il projetait à sa température native sur la tête du patient, d’une hauteur au moins d’un pied. — Pendant' ce temps, un autre baigneur massait les parties molles pour faire pénétrer l’eau plus avant. — Le but que l’on recherchait était de réveiller le cerveau de sa torpeur.

Astriic, dans ses Mémoires pouT l’ Histoù'e de la province du Languedoc^ nous initie avec détails à cette coutume barbare, il nous donne le dessin de cette fameuse cruche, et il a même le soin de nous faire remarquer, dans le passage suivant, que cette pratique est presque exclusive à Balaruc. « Il est laie », nous dit-il, « que dans les autres bains du royaume, on ose doucher la tête, et c’est pourtant là ce qu’on fait tous les jours, non-seulement sans danger, mais même avec un grand succès à ceux de Balaruc, dont 1 eau n est pas moins chaude et qui sont placés dans un climat beaucoup plus chaud. »

Quant au bain, comment le prenait-on ?Astruc. nous dit que les plus robustes le prenaient dans la source elle-même. « Le baigneur qui les conduit », nous dit-il, « les fait descendre par degrés à la faveur des marches qifon y a pratiquées pour cet usage, et il juge du temps qu’ils doivent y demeurer par le gonflement de la veine du front. » Quant à ceux qui sont trop faibles pour le supporter, on le leur fait prendre dans une cuve dans laquelle on laissé refroidir l’eau minérale, et pour ces derniers, sauf cette différence, ils suivent les mêmes errements que les premiers, quant à la durée de l’immersion. — Cette description est terminée par cette phrase caractéristique : « Il arrive souvent que le malade tombe en défaillance, mais il revient de lui-même dès qu’il respire un air plus frais ou qu on lui donne un peu de vin pur. »

Il suffit de décrire la méthode employée autrefois contl 6 la paralysie pour faire comprendre les dangers

auxquels ces pauvres malades étaient exposés. — Toute l’énerg'ie du traitement était dirigée sur l’organe même, siège de la lésion. N’était-il pas à craindre qu’une nouvelle congestion de la tête ne vînt aggraver les conséquences de la lésion primitive ? Et que dire du gonflement de la veine du front servant de terme à l’immersion? En vérité, n’était-il pas quelquefois trop tard quand ce nouveau symptôme apparaissait, et n’indiquait-il pas lui-même une congestion céphalique? Ce qui me frappe, c’est que cette méthode ait été employée pendant longtemps à Balaruc, et qu’Astruc nous dise qu’elle l’ait été, non-seulement sans danger, mais même avec grand succès. — Ne peut-on pas supposer, au contraire, qu’à une époque où les moyens de locomotion et où les relations étaient plus difficiles, bon nombre de malades rentrés chez eux et dont il était impossible d’avoir des nouvelles, aient vu une réaction violente amener des complications très-souvent mortelles, et de là cette réputation faite aux eaux de Balaruc et non à. leur application par les témoins de ces nombreux insuccès?

De la 'période de la maladie. — Balaruc a toujours joui d’un très-grande réputation dans le traitement des paralysies suites de lésion cérébrale surtout ; mais peuton se rendre auprès de ces thermes à toute période de la maladie? Dans le courant de l’ouvrage, j’ai déjà fait mention d’une importante discussion qui eut lieu sur ce sujet, en 1856, à la Société d’hydrologie médicale de Paris. Je n’y reviendrai pas, mais je veux fixer avec

plus de détails le moment où l’usage de cette eau est plus opportun et celui où leur emploi peut, au contraire être suivi de conséquences quelquefois très-graves. — C’est en me plaçant à ce point de vue que j’ai cru faire entrer ce passage dans le chapitre des contreindications. La Société d’hydrologie fut divisée en deux camps bien tranchés et comptant chacun dans son sein les hommes les plus compétents ; les uns voulaient que les paralytiques fussent dirigés sur Balaruc le plus tôt possible après l’accident, prétendant qu’il est plus facile de résoudre un caillot sanguin qui ressemble encore à de la gelée qu’un caillot organisé et enkisté. Les autres, au contraire, voulaient temporiser, craignant que la réaction qui suit l’usage de ces eaux énergiques pùt amener un nouveau mouvement fluxionnaire vers le cerveau.

S’il ne s’agissait que de la résolution du caillot sanguin, nul doute que les partisans de l’emploi immédiat de l’eau de Balaruc n’eussent raison dans cette discussion, la résolution serait plus vite et plus facilement obtenue, et la paralysie, conséquence de cet épanchement sanguin, aurait plus de chance de disparaître rapidement. — Mais pour obtenir une résolution plus rapide du caillot sanguin, est-il prudent de s’exposer à la production d’un second épanchement? Avant d’employer l’eau de Balaruc dans le cas qui nous occupe, il faut que le mouvement fluxionnaire qui a causé cet épanchement dans le cerveau soit complètement épuisé. — 11 faut que l’éréthisme sanguin qui accompagne l’apoplexie soit calmé. Ne peut-on pas

craindre autrement qu’en agissant même avec la plus entière prudence, en n’employant l’eau de Balaruc qu’en" boisson pour créer une puissante révulsion sur l’intestin, que cette irritation locale ne soit cause d’une action réflexe qui vienne réveiller et mener vers le cerveau un mouvement fluxionnaire simplement assoupi.

11 y a cependant une distinction à faire qui a bien son importance et qui peut, à la rigueur, modifier cette opinion sur l’opportunisme du moment du traitetement. — La paralysie à forme hémiplégique est la conséquence de l’apoplexie cérébrale, c’est le cas le plus ordinaire, mais ce symptôme peut apparaître sous • l’influence d’une simple congestion, d’une simple hypérémie du cerveau. — Dans ces derniers cas, elle sera moins complète et moins grave , les désordres cérébraux étant moins considérables; aussi le moment opportun pour commencer le traitement par l’eau de'N, Balaruc pourra être plus rapproché de l’accident primitif.

Pendant les cinq années qui viennent de s’écouler, j’ai eu à traiter, soit dans ma clientèle privée, soit dans les salles de l’hôpital, dont le service médical m’est ' confié comme Médecin-Inspecteur de la station, un * chiflre de 550 malades atteints de paralysie suite de lésion cérébrale quelconque, apoplexie, hémorrhagie ou simple congestion cérébrale. — J’ai constaté que les chances de guérison ou d’amélioration diminuaient en raison directe avec le plus ou moins de temps écoulé entre l’accident primitif et le moment où les

malades se rendaient à Balaruc; — Je puis diviser ces

malades de la manière suivante :

Paralysies datant de 6 mois 100

— de 1 an à 2 ans 310

— de 2 ans à 4 ans 120

— de 4 ans et au-dessus .... 20

L'amélioration a été plus ou moins notable après une saison :

Chez 60 malades de la P’® catégorie.

La proportion est à peu près la même pour les malades qui sont venus 6 mois après le début de leur maladie que pour ceux qui ne sont venus suivre un traitement à Balaruc qu’après un an, mais il faut remarquer que dans la P® catégorie se trouve Un plus grand nombre de malades atteints d’affection paralytodée. 11 est plus facile, en effet, pour ceux-ci de faire lè voyage, quelquefois long et fatigant. — On voit aussi que le traitement n’a produit aucun changement dans la situation des malades qui ne sont venus qu’après 4 ans écoulés.

11 est bien difficile de fixer d’une manière absolue le moment précis où l’on doit se rendre à Balaruc, pour y suivre un traitement contre la paralysie suite de lésion cérébrale ; il faut non-seulement tenir compte de la lésion, mais il faut attacher une non moins grande attention au tempérament, à la constitution du sujet. ^ Je crois cependant que pour une affection

paralytodée ou paralysie survenue à la suite d’une simple congestion cérébrale, on peut suivre un traitement à Balaruc six mois après l’accident, mais pour les paralysies graves, il faut attendre un plus long temps. — Mon opinion est qu’il ne faut venir à Balaruc que lorsque les symptômes de congestion active vers la tête ont complètement disparu, et que lorsque les symptômes morbides de la sensibilité et de la motilité paraissent diminuer d’intensité.

Du moment de la saison. — Le moment de l’année où Ion doit faire usage de l’eau de Balaruc est-il indifférent? Nous avons déjà vu que l’établissement thermal restait ouvert du mai au 30 octobre. — Les malades se rendent en foule auprès de ces thermes pendant les mois de mai, de juin, de septembre et d’octobre; les mois de juillet et d’août sont réputés trop chauds pour y suivre un traitement. — C’est une erreur propagée par les gens du monde, je me suis du reste déjà expliqué là-dessus dans le courant de cet ouvrage, mais l’importance du sujet, qui n’échappera pas aux praticiens, me force à y revenir.

De tout ce qui précède, on voit que l’eau de Balaruc a une action très-énergique indéniable et consacrée par l’expérience de plusieurs siècles contre la paralysie, la scrofule et le rhumatisme. Il est incontestable que les nombreux malades atteints de ces diverses affections ne doivent pas suivre un traitement par ces eaux à la même époque. — Les paralytiques agiront très-sagement en évitant les chaleurs qui rè-

gnent en juillet et août , et en évitant avec soin la trop grande lumière ; ils feront très-bien de ne venir à Balaruc que pendant les mois de mai , de juin, de septembre et d’octobre. — S’ils viennent pendant le courant des deux premiers mois, ils pourront se reposer chez eux ou dans des pays plus frais pendant les deux mois caniculaires pour revenir faire la seconde saison du mois de septembre ou d’octobre.

Les malades, au contraire, présentant les diverses manifestations de la scrofule et du rhumatisme feront très-bien de ne se rendre à Balaruc que pendant les mois de juillet et d’août, la chaleur de l’été et le soleil sont des adjuvants bien précieux dont il faut tenir compte pour la guérison de ces affections. — Le rhumatisme, en effet, aime la chaleur, et la scrofule se trouve très-bien de l’action vivifiante du soleil.

Des moyens halnèothèrapiques. — Le choix des moyens balnéothérapiques à employer et la température de l’eau ne demandent pas moins d’attention pour arriver à un bon résultat. — C’est ainsi que, dans les paralysies récentes, les moyens énergiques, perturbateurs, doivent être sévèrement proscrits ainsi que la haute thermalité de l’eau. — Les réactions quelquefois trop vives qui suivent, peuvent amener des complications ou des rechutes quelque'fois très-graves. — C’est pour n’avoir pas suivi les règles les plus élémentaires de la prudence, que les médecins d’autrefois ont fait donner à ces eaux la triste réputation de tuer tous ceux qu'elles ne guérissent pas. Pense-t-on, en

effet, que l’on puisse administrer indifféremment à des paralytiques de date récente ou présentant tous les attributs du tempérament sanguin exagéré, des bains à une haute thermalité, ou des douches en pomme d’arrosoir ou en lance ? N’est -on pas en droit de craindre une réaction trop vive et de voir naître par action réflexe des raptus du côté du cerveau.

On comprendra combien il estdiââcile de donner des règles fixes et de préciser quels sont les moyens balnéothérapiques à employer et le degré de température qui conviennent dans tel ou tel cas. — C'est au médecin qui dirige le traitement sur les lieux à qui incombe la responsabilité, et qui peut donner des indications précises selon les circonstances; mais on doit toujours se rappeler que les eaux de Balaruc ne sont point indifférentes, qu’elles ont une action certaine, indéniable, et qu’elles peuvent avoir dans certains cas les défauts de leurs qualités.

En' lisant les observations qui vont suivre , on pourra se rendre compte facilement de l’action physiologique de ces eaux, on verra qu’elle est générale, et le praticien sera convaincu de tout le bien qu’on peut tirer de leur sage administration ; il verra que ces eaux, employées en temps opportun et avec prudence, peuvent être très -bien indiquées dans certains cas, tandis qu’elles peuvent et doivent être considérées comme contre-indiquées, lorsqu’on veut les employer ou trop tôt ou avec trop d’énergie. — C’est à ce titre que j’ai mis ces observations dans le chapitre des contre-indications en général.

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