OBSERVATION I
Hémiplégie droite^ lésion organique du cerveau. — M. D., riche négociant , âgé de 53 ans , arrive à Balaruc pour la première fois à la fin du mois de mai 1876. Il descend difficilement de voiture, en s’appuyant d’un côté sur une forte canne, et de l’autre, en étant soutenu par un domestique. Aucun antécédent morbide personnel autre que de la céphalalgie. Son père est mort , il y a neuf ans environ , à la suite d’une congestion cérébrale. Vers la fin du mois de septembre 1875, après de nombreuses occupations, M.D., en rentrant chez lui, se plaint d’un violent mal à la tête qu’il a enduré toute la journée. 11 a, malgré cela, continué à se livrer à ses occupations habituelles. Il mange très-peu et se met au lit. Quelques heures après, il ressent subitement une douleur excessivement violente vers la partie médiane du front; il est pris d'un vertige subit à la suite duquel il perd connaissance. Cet état dure jusqu’au milieu de la journée suivante, et sous l’influence d’un traitement antiphlogistique assez énergique : saignées, sangsues, lavement purgatif; le malade revient à lui. La bouche est déviée à gauche, la parole est fortement embarrassée, et le malade constate qu’il ne peut faire usage du bras droit, les mouvements sont également impossibles dans le membre inférieur du même côté. La sensibilité est diminuée dans tout le côté droit, sans être complètement abolie. M. D. sent lorsqu’on le pique avec une épingle. Il est soumis pendant tout l’hiver a un traitement qui consiste dans l’emploi de pilules purgatives et de frictions stimulantes sur les parties paralysées.
Actuellement la sensibilité est presque normale. Le malade peut marclier en se servant d’une forte canne, la démarche est caractéristique, il traîne la jambe droite en fauchant le sol, en faisant subir au membre un mouvement de rotation
assez prononcé ; la pointe du pied touclie le sol, ce qui gêne considérablement la marche. Le membre supérieur droit est inerte, il est soutenu par un fort ruban passé autour du cou. Les mouvements du membre supérieur sont . très-bornés ; le malade ne peut se servir de sa main, ce qui le contl arie fort. La parole est fortement embarrassée, et il faut prêter une attention soutenue pour le comprendre. La bouche est légèrement déviée, la langue est droite. Les fonctions digestives s’exécutent assez bien ; l’appétit serait même trop développé. Il y a de la constipation. Rien du côté des voies urinaires. La face est congestionnée pendant les digestions; le caractère est devenu inquiet, facilement irritable.
Je soumets M. D. à l’usage de l’eau thermale de Balaruc jusqu à effet purgatif. La dose d’eau ingérée ne dépasse pas cinq verres tous les matins à Jeun. M. D. prend tous les jours un bain d’une durée de trois quarts d’heure , à une température de centigrades; l’après-midi un bain de jambes de 10 minutes de durée, à une température de 40° centigrades. Je prescris dans la journée plusieurs gargarismes avec l’eau minérale; j’engage M. D. à faire quelques promenades dans le parc, à l’abri du soleil, et à manger peu à ses repas, surtout à celui du soir.
A la suite de ce traitement, subi pendant vingt-cinq jours environ, avec des interruptions d’un jourtoutes les semaines, la marche est bien plus facile, le mouvement de rotation imprimé au membre inférieur est bien moindre ; la pointe du pied accroche moins le sol; le malade marche en s’appuyant sur sa canne, sans avoir besoin de son domestique ; il se sent plus solide sur les jambes. Le bras est moins inerte ; le malade peut même soulever légèrement le membre , et il peut imprimer de légers mouvements de flexion aux doigts. Il n y a plus de céphalalgie, les digestions sont moins pénibles et l’on ne voit plus ces congestions céphaliques qui les accompagnaient, la constipation est vaincue. En un mot, on
constate une amélioration sensible dans l’état général, le. caractère devient plus gai, plus riant, M. D. est moins irascible ; les mouvements deviennent plus l'aciles dans les membres. La parole semble moins embarrassée, la paralysie des muscles de la face parait aussi céder. M. D. part enchanté de sa cure, et se propose de revenir au printemps de 1877 ; nul doute que s’il revient au mois de septembre prochain, comme je le lui propose, l’amélioration que je constate aujourd’hui sera bien plus sensible.