‹ Balaruc-les-Bains au point de vue de ses indications thérapeutiquesChapitre 20 sur 40 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Hémiplégie droite. — M. P., de Bordeaux, 56 ans, négociant, d’un tempérament bilioso-iierveux, d’une constitution bonne, vient à Balaruc dans le courant du mois de mai 1876. A la suite de pertes considérables dans son commerce, M. P. fut pris tout d’un coup de violente céphalalgie, avec vomissements bilieux. Sulfusion bilieuse sur tout le corps Quelques jours après, en rentrant chez lui, après avoir subi toute la journée une température froide et humide, se sent pris d’une céphalalgie plus intense, perd connaissance, et s’affaisse sur un fauteuil. La perte de connaissance dura 24 heures environ ; à son réveil, on constate que la sensibilité est for- ■ ; tement émoussée dans tout le côté droit, et que la motilité

i ^ y est complètement abolie. La bouche est déviée à gauche,

la langue est fortement embarrassée. Vient à Balaruc le ‘ i é 12 mai 1876. Voici ce que je cônstate :

‘î •: La sensibilité est revenue, mais est loin d’être complète.

\ La motilité est nulle dans le bras, qui est inerte et qui est

iv c maintenu par une écharpe. Le malade marche en s’ap-

|| puyant sur le bras d’un domestique. Le pied décrit un arc , de cercle assez considérable et la pointe accroche le sol. La I langue est encore très-embarrassée, et on comprend trèsi difficilement ce que dit le malade. La bouche n’est plus :/ déviée. Rien d’anormal du côté des voies digestives, si ce

ii’est LUI peu de constipation, contre laquelle il est obligé de l’aire souvent usage de pilules purgatives. Je lui fais suivre le traitement suivant:

/io«sson. — 3 verres d’eau minérale à prendre par intervalle de 5 minutes 1 un de l’autre, en ayant le soin de marcher pendant les intervalles.

Bain à 33“ centigrades de 25 minutes de durée pour commencer, en ayant le soin d’en augmenter la durée progressivement jusqu’à trois quarts d’heure.

Bain de jambes l’après-midi à 40“ centigrades de 10 minutes de durée. Avoir le soin de se promener après pendant un quart d’heure, pour éviter une réaction trop vive.

Gargarismes plusieurs fois répétés par jour, en ayant le soin de maintenir l’eau minérale dans la bouche et l’arrièregorge, aussi longtemps que possible.

Ce traitement est suivi pendant 20 jours. A son départ de Balaruc, la marche est plus facile, le malade est bien plus solide sur lui-même, l’arc de cercle décrit par le pied est bien moins grand, la pointe du pied se relève un peu plus. Mouvement en totalité du membre supérieur, grâce aux muscles de l’épaule. Pas de mouvements partiels.

Revient à Balaruc en septembre 1876.

L amélioration survenue après la première saison s’est maintenue. Le malade est presque tout-à-fait solide sur ses jambes. L’arc de cercle décrit parle pied a à peu près disparu. La pointe du pied se relève presque normalement. Il reste encore de la difficulté dans les mouvements partiels du membre supérieur et un peu d’embarras de la langue.

Pendant les 3 premiers jours, je prescris le même traitement.

Mais à partir du 4““ jour, j’institue le traitement suivant ; Tous les matins, bain général à 33“ centigrades de 45 minutes de duree, alterne avec une douche generale en pomme d’arrosoir, sur les épaules , les bras , le dos , et un jet en

lance sur le bassin et les membres inférieurs, J’ai soin de faire élever la température progressivement de la douche, lorsqu’on l’applique sur les parties inférieures.

Boisson tous les jours de 3 à o verres d’eau minérale.

Bain de pieds, l’après-midi. Gargarismes fréquerjts.

A la lin de cette seconde saison, l’amélioration déjà constatée n’a pas fait de nouveaux progrès bien apparents, mais cependant je constate plus de solidité dans la démarche, en même temps l’effort musculaire de l’épaule pour soulever le bras est moins énergique- En appuyant la main sur la partie antérieure du bras, on sent beaucoup mieux les contractions du biceps, qui paraît plus volumineux.

J’ai revu le malade en mai 1877, il a suivi le même traitement, il est parti de Balaruc à cette époque dans un état tel que tout me fait espérer une guérison complète.

OBSERVATION IIl

Hémiplégie draite. — M. P. âgé de 52 ans, négociant à Sainte Étienne. Tempérament lymphatique, constitution bonne. Était sujet depuis longtemps à des migraines qui le faisaient horriblement souffrir. Au commencement de novembre 1878, à la suite de \1ves préoccupations d’esprit, ressent des douleurs vives dans la tête, vaque à ses affaires pendant toute la journée, et le soir au moment de se mettre à table, perd connaissance en s’affaissant sur son siège.

Le médecin, appelé en toute hâte, ordonne un lavement purgatif, sinapismes aux pieds. Le malade recouvre sa connaissance le lendemain dans la journée, et à son réveil, se sent paralysé de tout le côté droit. La sensibilité est conservée et les mouvements sont très-limités dans tout le côté. La langue est embarrassée , la bouche est légèrement déviée. Au bout d’une quinzaine de jours, le malade peut faire quelques pas dans la chambre avec des béquilles. Pendant tout l’hiver, il est soumis à l’action de purgatifs

énergiques. Vient à Balanie le 6 mai 1879. La marche est facile avec une grosse canne, la jambe droite traîne, le malade fauche en marchant, il n’y a pas d’atrophie musculaire ni de contracture. La sensibilité est conservée dans toutle côté malade. La langue est encore légèrement embarrassée, mais le malade se fait comprendre. Les mouvements sonttrèsbornés dans le membre supérieur, les muscles de l’épaule seuls agissent, aussi le malade peut-il élever légèrement le bras en masse, sans pouvoir éloigner le membre du corps. Les fonctions digestives sont bonnes, il y a cependant un peu de constipation. Les migraines auxquelles le malade était sujet n’ont plus reparu depuis l’attaque.

Je prescris donc : Le matin, bain tempéré à 33° centigrades de 25 à 40 minutes de durée.

Boisson à dose purgative de trois à cinq verres.

Bain de jambes l’après-midi à 40° centigrades de 10 minutes de durée.

Compresses imbibées d’eau minérale froide sur le front pendant le bain du matin et le pédiluve de l’après-midi.

Dès le premier bain, le malade ressent une légère démangeaison dans le dos et sur les membres. Les démangeaisons deviennent très-vives sur lebrasgauche au niveau d une cicatrice siégeant sur le tiers supérieur et externe. Pendant quelques jours cette démangeaison augmente et devient très-vive, surtout au niveau de la cicatrice qui a été produite par l’incision cruciale faite sur un anthrax, il y a déjà quelques années. L’excitation cutanée se manifeste chez le malade par une rougeur assez intense de la peau que je constate à sa sortie du bain.

Je diminue la durée de l’immersion. Le malade part vers la fin mai dans un état assez satisfaisant, et je l’engage à ^ revenir en septembre.

Revient à Balaruc le 3 septembre 1879. La marche est plus facile, l’arc de cercle décrit par le pied droit est bien moins grand, le malade se tient plus solide sur les jambes.

Les mouvements sont plus faciles également dans le membre supérieur, et M. P. élève bien mieux le bras en l’éloignaiit du corps. La parole est également plus facile.

Je prescris le môme traitement pendant les trois ou quatre premiers jours. Le malade ressent toujours les memes phénomènes d’excitation générale de la peau et se plaint encore un peu du prurit au niveau de la cicatrice, il le supporte cependant plus facilement.

Je prescris le traitement suivant : Bain général, alterné avec douche en pomme d’arrosoir sur les parties supérieures, en lance sur les membres inférieurs. Compresse d’eau froide sur le Iront pendant l’application. Boisson à dose purgative de 3 à 5 verres. Gargarismes dans la journée. Bains de jambes l’après-midi.

Ce traitement est suivi jusqu’à latin septembre, avec quelques intermittences de repos, et le malade quitte Balaruc dans un état très-satisfaisant.

J’ai eu occasion de revoir le malade en mai 1880, et l’amélioration s’est de plus en plus accentuée au point que iVI. P. peut marcher assez librement sans l’usage de la canne. Le bras était encore un peu paresseux, et je constatais encore un peu d’hésitation dans la parole. Il suivit le même traitement, et les phénomènes d’excitation générale de la peau se manifestèrent encore, avec moins d’intensité je dois en convenir.

Le malade quitte Balaruc vers la fin du mois, dans un état qui me fait espérer le retour complet à la santé.

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