‹ Balaruc-les-Bains au point de vue de ses indications thérapeutiquesChapitre 22 sur 40 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Hémiplégie droite. — B... de Périgeux, âgée de C8 ans,

d’un tempérament nerveux irritable , constitution assez bonne, vient à Balaruc dès les premiers jours de mai 1879.

Il y a un an environ que le soir, au moment de se coucher, sans que rien ne fît prévoir ce qui allait arriver, B... perd connaissance et se laisse aller sur son fauteuil. La perte de connaissance ne dura que quelques instantSj mais

à son réveil, la malade s’aperçut qu’elle était paralysée du mouvement dans tout le côté droit. (Sangsues, sinapismes et purgatifs répétés.)

La sensibilité était conservée, et même pendant quelque temps la malade ressentit des phénomènes d’iiypérestliésie dans tout le côtéparalysé, surtout manifestes à l’épaule droite quand on cherchait à lui imprimer quelques mouvements. La malade se plaint aussi de vives douleurs qui suivent le trajet du plexus brachial. Le bras est pendant le long du corps et dans l’immobilité la plus absolue. La marche est difficile, la flexion du genou est impossible, et la malade marche en faisant décrire au pied un arc de cercle très-considérable, la pointe du pied est tournée en dedans et abandonne diflicilement le sol.

La sensibilité est conservée dans tout ce membre, on dirait même qu’elle est augmentée dans certains points. Les grandes fonctions se font bien. La malade se plaint d’une sensibilité exagérée de la muqueuse buccale qui rend la mastication douloureuse, il lui semble en mâchant du pain qu’elle a la bouche pleine d’aiguilles qui la piquent. Elle est obligée de se nourrir d’aliments qui ne nécessitent pas une longue mastication , pommes de terre bouillies, féculents, etc., etc. ; les digestions se font bien, il y a de la constipation.

Je prescris : Bain tempéré de 25 minutes et augmenter progressivement la durée de l’immersion jusqu’à45 minutes ; boisson à dose purgative; bain de jambes l’après-midi.

Au bout de 4 à 5 jours d’unpareil traitement, les douleurs névralgiques paraissent plus vives. La malade prétend que tout le côté droit est pris de mouvements convulsifs, et cela souvent pendant la nuit. Ce qui la préoccupe le plus, c’est la douleur névralgique du bras.

Vers le 10“ jour, la malade se trouve plus solide sur les jambes, ne se plaint plus de ces mouvements convulsifs; continue à se préoccuper de la douleur du bras, et me té-

moigne son étonnement de trouver dans les urines du matin une quantité assez considérable de sable rouge.

Je modilîe le traitement et je prescris : Bain général du matin alterné avec une doucbe générale en pomme d’arrosoir; boisson à dose laxative, et Je continue les bains de jambes! A la suite de la première douche, la névralgie brachiale n’a pas augmenté, mais la malade se plaint d’avantage des mouvements convulsifs du membre inférieur. L’excitation gériélale paiaît plus forte. Les memes phénomènes apparaissent avec une intensité variable après la troisième et la quatrième douche. Après celle-ci, la malade se plaint de bouffées de chaleur, je suspends tout traitement. L’excitation est trèsconsidérable.

Au bout de trois jours de repos, la malade commence par de simples bains tempérés. Boisson à dose laxative. La malade se plaint alors de démangeaisons vives pendant le bain, et pendant la nuit les douleurs névralgiques et les mouvements convulsifs du membre inférieur droit paraissent augmentés, puisqu’ils troublent le sommeil.

J’engage B... cà suspendre de nouveau. Elle part de Balaruc peu enchantée de sa saison.

Dans le courant du mois de septembre de la même année, je reçois une lettre de la malade, dans laquelle elle accuse une certaine amélioration. La marche est plus solideet je plie un peu le genou, me dit-elle. Les mouvements convulsifs ont disparu. Les mouvements sont en général plus étendus dans le bi as, mais ce qui la rend heureuse, c’est la diminution très-considérable des douleurs névralgiques de l’épaule droite. Elle regrette vivement de ne pouvoir revenir à Balaruc et se contente de faire une saison chez elle, qui consiste à boire tous les matins, pendant une quinzaine de jours, une bouteille d’eau minérale chauffée au bain-marie.

Elle revient dans le courant de mai 1880. Son état est sensiblement amélioré, elle marche facilement avec une simple canne, sans trop faucher. Elle élève le bras presque

jusqii’àrhorizontale, et les phénomènes d’hypérestliésie dans le coté paralysé ont sensiblement diminué. Seuls les phénomènes buccaux persistent, quoique peut-être un peu moins intenses; le pain est toujours très-douloureux à mâcher, la viande à la rigueur est plus facile.

Je prescris pour les premiers jours : bain tempéré, boisson à dose laxative, bains de jambes.

Après le troisième bain, les douleurs nerveuses sur tout le bras droit reviennent assez intenses, et les phénomènes d’excitation générale ne se réveillent pas.

La malade veut absolument faire usage de douches, et malgré ma répugnance, je me vois contraint de les lui prescrire. Le traitement est ainsi formulé. Bain général à 33“ centig. alterné avec une douche générale en pomme d’arrosoir. Boisson à dose laxative. Après 4 à 3 jours d’un pareil traitement, les phénomènes d’excitation générale sont réveillés, la malade ressent une chaleur très-vive cà la peau, avec démangeaisons vives. Les douleurs névralgiques de l’épaule ont apparu et sont accrues par les mouvements volontaires ou imprimés au membre supérieur.

Les grandes fonctions sont normales et le sommeil n est pas troublé.

Ce traitement est suivi pendant une quinzaine de jours en tout, mais voyant que les phénomènes d’excitation générale augmentent et troublent le sommeil, j’engage la malade à cesser tout traitement. B... quitte Balaruc après un séjour de 18 jours.

Trois mois après son départ, elle m’écrivit pour me dire que tous les phénomènes nerveux qui paraissaient me préoccuper avaient disparu etqu’elle se trouvait beaucoup mieux. Je l’ai revue depuis, elle marche assez facilement, et les mouvements du bras paraissent plus étendus. La névralgie de l’épaule a bien diminué, et la mastication est bien moins douloureuse.

J’espère qu’une nouvelle saison passée à Balaruc conlii*’ mera cette amélioration.

OBSERVATION Vil

Hémiplégie gauche suite de trois congcslions cérébrales. — M. P., riche iiégociauL d un département voisin, est sujet, depuis son jeune âge, à de violentes céphalalgies, qui apparaissent à la suite de la moindre fatigue ; il est d’un tempérament sanguin, sa constitution est bonne. N’a jamais été malade jusqu a présent. Aucun antécédent morbide du côté du pèie ou de la mère. Il a beaucoup voyagé et a mené une vie très-active jusqu’au moment où il s’est établi. Depuis lors il mène une vie sédentaire. En revenant de la campagne, vers la fin du mois d’août, après être resté longtemps exposé aux ardeurs du soleil, il rentra le soir, se plaignant d un violent mal à la tête, et ne put prendre aucune nourriture. Au moment de se mettre au lit, vers les 10 heures du soir, il fut pris d’un vertige, à la suite duquel il perdit connaissance , il revint à lui au bout de quelques instants sous 1 influence d une application de sinapismes aux extrémités inléiieuics, pendant la nuit il ue put goûter un instant de lepos, il lut très-agité ; le lendemain matin il eutun nouveau vertige avec perte de connaissance, ces symptômes parurent plus graves ; il revint cependant à lui après quelques instants, mais il ressentit alors une violente céphalalgie, des fourmillements etdes engourdissements lelong des membres du côté gauche. Ou appliqua des sangsues au rectum, et tout sembla rentrer dans l’ordre. La journée et la nuit suivantes se passèrent sans 1 a])parition de nouveaux symptômes, cependant la céphalalgie étant toujours très-intense, on appliqua des sinapismes sur les mendjres inférieurs. Le lendemain, dans 1 après-midi, à la suite d’une mauvaise nouvelle commerciale qui lui fut communiquée sans qu’il s’y attendît, céphalalgie plus intense, excitation générale plusmarquée; on allait faire une nouvelle application de sangsues, lorsque le malade perdit de nouveau connaissance. La bouche était

légèrement déviée, la respiration bruyante, et les membres du côté gauche paraissaient être dans la résolution la plus complète avec persistance de la sensibilité. Le médecin traitant, prévenu à temps, pratique une saignée générale très-abondante, à la suite de laquelle le malade revient complètement à 'lui. La parole est un peu embarrassée, et la paralysie occupe tout le côté gauche. On continue pendant quelque temps le traitement antiphlogistique par de nouvelles applications de sangsues, et l’on fait un usage prolongé de pilules purgatives.

C’est vers la fin mai 1876 que M. P. vient à Balaruc se confier âmes soins. L’état général me paraît assez satisfaisant, la démarche est un peu embarrassée ; M. P. traîne un peu la jambe gauche sans lui imprimer le mouvement de rotation caractéristique-. Les mouvements dans le bras gauche sont limités, cependant il peut soulever ce membre jusqu’à lui donner une attitude horizontale. Il est vrai que, pour exécuter ce mouvement, M. P. est obligé de s’aider de l’action des muscles de l’épaule. Il peut imprimer de légers mouvements aux doigts. La sensibilité est normale dans les deux membres. Al. P. ressent cependant de temps en temps des crampes et quelques fourmillements. La langue est un peu embarrassée, surtout lorsque le malade veut parler vite, ou bien lorsqu’il est animé par la discussion , les mots sont articulés avec un peu de difficulté. Les fonctions digestives sont bonnes ; il y a un peu de constipation. Je prescris l’eau de Balaruc : 1° en boisson jusqu’à effet purgatif, le malade arrive progressivement jusqu’à six verres , pris tous les matins à jeun ; 2° un bain général de trois-quarts d’heure de durée, à 33° centigrades ; 3° un bain de jambes à 40° centigrades et d’un quart d'heure de durée, à prendre dans l’après-midi. J’engage AL P., du reste comme tous ceux qui peuvent le faire, à se promener après ce bain local , pour fixer, parla chaleur entretenue par l’exercice, les mouvements fluxionnaires sur les niembres inférieurs. Ce traite-

ment réussit à merveille. Pendant tout le temps de son séjour àBalaruc, M. P. n’a pas ressenti de mauxdetéte, les fourmillements (pi’il ressentait dans les membres ont disparu. Les fonctions digestives s’exécutent bien , il n’y a plus de constipation. La langue reste encore un peu embarrassée, mais bien moins cependant.

M. P, revient à Balaruc vers le milieu du mois de septembre, satisfait de sa première saison , qui lui a permis de passer sans dérangement aucun les mois de juilletet d’aoiit, surtout sans avoir eu de la céphalalgie. Je constate d’une manière générale que l’amélioration survenue dans le courant du mois de juin a persisté. Je prescris alors tous les matins cinq verres d^eau minérale, (|ui ont un effet purgatif certain chez notre malade ; pendant les dix premiers jours du traitement, je prescris alternativement un bain général ou une douche, et le soir je continue l’usage des bains de jambes.

Entin , dans la dernière période de son séjour à Balaruc, M. P. prend tous les matins une douche générale, et l’aprèsmidi un bain général suivi d’un bain de jambes. En partant la démarche de M. P. est presque normale, les mouvements sont presque tous revenus dans le membre supérieur ; plus de céphalalgie, ni de fourmillements, ni de crampes. La langue est légèrement embarrassée quand M. P. s’anime et veut parler vite. En un mot, l’amélioration dans l’état général et dans 1 état local est considérable.

OBSEBVAÏlÜN Vlll

Paraplégie à friyore. — B..., percepteur des contribu-

tions directes dans l’arrondissement de Béziers, o6 ans, d’un tempérament nerveux et d’une bonne constitution, vint à Balaruc dans le mois d’août 1876. Passionné pour la chasse, il s’est exposé bien souvent à toutes les causes de refroidisse-

ment. Un jour entre autres, étant en sueur et poursuivant nn lièvre blessé, il s’est mis dans l’eau et a traversé un bras (le rivière. A partir de ('.e moment, il constata (|u'il marcbait moins bien et ([u’il était plus vite fatigué, et lorsqu’il était resté quelques temps assis, il éprouvait une certaine gêne pour se lever. Il ressentait aussi depuis quelque temps des douleurs vagues erratiques dans les deux membres inférieurs , dans le dos ; ces douleurs étaient constrictives, qu’il comparaît à la compression d’une forte ceinture. Il n’y lit d’abord aucune attention, et les difticultés qu’il éprouvait, soit pour monter sur un mur, soit pour se lever quand il était assis, il les attribuait aux progrès de l’âge. Mais ces douleurs devinrent de plus en plus fortes dans les membres inférieurs, et il finit par perdre la notion du sol. Il lui semblait qu’il marchait sur un terrain mou qui s’enfonçait sous son poids. Les mouvements de la marche devinrent de plus en plus pénibles , fatigants et douloureux , les Jambes pliaient sous le poids du corps et la sensibilité s’émoussait. En même temps, le malade se plaignait de mouvements nerveux, involontaires, réflexes, surtout pendant qu’il était au lit. Les fonctions urinaires se troublèrent, la miction devint rare, et tous les symptômes de la rétention d’urine apparurent. On fut obligé de le sonder tous les jours. Enfin s’établit une constipation qui devint de plus en plus opiniâtre. Il fut soumis d’abord à un traitement consistant en frictions calmantes et en bains sulfureux. Plus tard on pratiqua des frictions stimulantes, on employa l’électricité, et on continua les bains sulfureux.

Malgré ces divers traitements, les symptômes augmentaient d'intensité, et le malade fut obligé d’aller à Amélieles-Bains pendant deux fois de suite, sans obtenir de grands changements dans son état.

A son arrivée à Balaruc, dans le courant du mois d’août 1876, on est obligé de descendre le malade de voiture, comme un corps inerte. Il lui est impossible de se tenir

debout, les jainbos plient sous le poids du eor|)s : elles sont en eoton, me dit le malade, ba santé générale])ai-aît excellente, rembonpoint est (tonsidérable. A ma pi-emière visite, je constate insensibilité absolue des deux membres intérieurs ; je pince la peau et j'entonce môme des épingles dans les tissus sans occasionner la moindre douleur, le moindre mouvement. Il n’y a point d’atrophie musculaire, mais les chairs sont molles, flasques, dé(*olorées, et toujours froides. L<îs mouvements sont complètement abolis dans toute la longueur des deux membres. Pendant la nuit, là où l’on pose le soir les membres inférieurs, ils restent ; on est obligé de temps en temps de changer le malade déposition, pour empêcher la production des escharres au sacrum; ce qui est déjà arrivé, il y a quelque temps, et qui ont été guéries. Le malade ne.se plaint que des douleurs vives qui partent de la région lonibaire et s’irradient en ceinture.

A ces symptômes de paralysie des muscles de la vie de relation viennent s ajouter ceux de la paralysie des muscles de la vie organique. L appétit est conservé, mais les digestions sont lentes, pénibles, l’intestin est très-susceptible, la diarrhée est habituelle, les selles sont involontaires. En même temps la rétention d’urine a fait place à une incontinence complète. Le malade est toujours mouillé. Comme on le voit, la paraplégie est complète et de nature rhumatismale.

Je prescris ; Bain général à 38° centigrades ; boisson àtrèspetites doses.

Au bout de (piinze jours de traitement, ce malade, qu’on était obligé de ])orter, peut se tenir debout en se cramponnant avec les mains aux barreaux de la grille du pai’c, les jambes ne plient sous le poids du corps qu’après une station debout de quelques minutes de durée ; en même temps les membres intérieurs ne sont pas aussi froids, on dirait que la circulation est devenue plus active dans ces parties.

J’augmente la durée du bain, et j’intercale quelques douches en pomme d’arrosoir le long du rachis et sur les mem-

bros supérieurs, et eu jet eu lauce, en élevant la température, sur la région lombaire, le bassin et les membres intérieurs.

Le malade reste ainsi un mois environ à Ralaruc, et tous les jours voit ses forces augmenter. En même temps, il constate qu’il est moins souillé par l’urine et les matières fécales, il peut être un peu plus maître de ces fonctions. En (piittant la station, il a pris IG bains et 8 douches.

Dans le courant du mois de décembre 1876, j’apprends, dç la boLiclie même d’une personne très-honorable de Montpellier, que M. R... est guéri. Je refuse de croire à une pareille nouvelle sans voir le malade, et quel n’est pas mon étonnement en voyant entrer dans mon cabinet ce malade, qui était un corps inerte il y a environ deux mois. Je le fais marcher devant moi, je n’en puis croire mes yeux. Il m’affirme même que, depuis un mois, il fait plusieurs kilomètres par jour pour les affaires de sa profession.

A le voir, on pourrait le croire guéri; cependant il lui reste encore un peu de paralysie du côté de la vessie et du côté du rectum ; je l’engage à revenir à Balaruc pendant l’été prochain.

Il revient, eneffet,en mai 1877. Tousles baigneurs qui l’ont vu l’année précédente et qui le revoient maintenant faire des promenades, quelquefois très-longues, lui .témoignent leur étonnement ; quant à moi, je n’ose en croire mes yeux ; il faut bien cependant se rendre à l’évidence, et constater que nous avons devant nous un de ces rares cas de.guérison rapide. Le malade ne se plaint que de quelques symptômes de paralysie de la vessie et du rectum; du côté de la vessie, le malade peut retenir ses urines, mais il n’est point maître du jet. Quand le besoin se fait fortement sentir, malgré les efforts les plus violents, il laisse s’échapper quelques gouttes d’urine, et quand la miction est terminée, il ne peut se débarrasser des dernières gouttes sans se souiller. Le malade se plaint encore d’une constipation opiniâtre alternant avec de la diarrhée.

Uiiant aux auti-es syiuptomus do paralysie, ou peut dire qu’ils ont complètement disparu ; de temps en temps cependant, il ressent (juehpu's douleurs ei'rati(pios dans le bassin et les membres inférieurs; mais il n’y a plus de fourmillements, ni de mouvements réflexes, et la sensibilité est normale.

Depuis cette époque, le malade vient, tous les ans, passer quelques jours à Balaruc par reconnaissance. 11 prend quelques bains, (juelques douches, boit un peu d’eau, majs on peut le considérer comme complètement guéri.

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