OBSERVATION IX
Paraplégie traumatique. — M. P..., 32 ans, propriétaire dans le département de Vaucluse, d’un tempérament sanguin et nerveux en même temps, très-bonne constitution, a toujours joui d’une excellente santé. Il y a trois ans environ, étant sur le siège de sa voiture, fut précipité sur le sol d’une manière si malheureuse, que le choc porta sur la région dorsale; violente contusion du dos, à la suite de laquelle le malade constata une certaine faiblesse dans les membres inférieurs , avec difficulté de plus en plus croissante dans les mouvements de la marche; il se plaignit également de douleurs très-vives en ceinture, partant du point contusionné. En môme temps, il était tourmenté, surtout pendant la nuit, par des mouvements convulsifs, involontaires, dans les membres inférieurs. Sensibilité légèrement émoussée ; sensation de froid et fourmillement dans les jambes. Le malade fut traité par des émissions sanguines d’abord, ensuite par des vésicatoires, et enfin par des frictions stimulantes.
Il arrive à Balaruc dans le courant du mois de juillet 1879; je constate l’état suivant: paralysie presque complète de la sensibilité et de la motilité dans les membres inférieurs ;
quelques mouvements réllexes, surtout pendant la nuit ; pas d’atrophie musculaire, mais décoloration des tissus, avec tendance manifeste au refroidissement ; les grandes fonctions en général se font bien, cependant il y a des alternatives de diarrhée et de constipation opiniâtre ; rien du côté de la vessie. Je prescris: bain tempéré lematin, 33° centigr. ; boisson, dose purgative; bain de jambes. Trois à quatre jours après le début du traitement, le malade me fait appeler pour constater 1 état des urines, qui l’a très-fort effrayé. Je constate, en effet, la présence d’une quantité considérable de sable rouge. Je traiKjuillise le malade, qui voit, pendant tout le temps de la cure, les urines en contenir une plus ou moins grande quantité.
Vers le huitième jour du traitement, le malade se plaint de douleurs très-vives le long des membres inférieurs, et de certains mouvements convulsifs, peu étendus, mais douloureux.
Je prescris : bain tempéré à 33°, plus courts et alternés, avec douche en pomme d arrosoir sur la partie supérieure du corps, et en lance sur les parties inférieures; boisson à dose pui gati ve. Le malade se plaint toujours de la présence du sable rouge dans les urines, et ressent toujours les mouvements convulsifs, accompagnés quelquefois de crampes douloureuses dans les deux membres inférieurs. Je fais diminuer l’énergie et la durée de la douche, et le traitement est suivi pendant dix-sept jours. Le malade ne trouve pas une grande amélioration dans son état, si ce n’est que la sensibilitéparaît être revenue, et, en examinant bien attentivement, je crois reconnaître quelques légers mouvements dans le sens de la flexion au genou et dans les doigts du pied du côté droit. Je recommande au malade de revenir en octobre, si c’est possible. 11 ne revint pas en octobre 1879, mais bien en mai 1880, dans un état bien amélioré. Les douleurs en ceinture ont disparu complètement ; la sensibilité générale est presque revenue complète dans les deux
membres inféi'ieurs, surtout du côté droit. La température est à peu près normale des deu.\ côtés, et le malade ii’a plus eu, même pendant l’hiver, cette sensation de froid dont il se plaignait. Les mouvements ont reparu , ils sont plus marqués à droite; il ïie se plaint presque plus des mouvements convulsifs ni des cfampes. Les fonctions digestives sont bonnes ; il a cependant quelques alternatives de constipation opiniâtre' ou de diarrhée, l’urine n’a plus charrié de sablé depuis l’année dernière. Je prescris le même traitement, consistant en boisson d’eau minérale, à dose laxative ; bain tempéré, alterné avec des douches en pomme d’arrosoir, ou en lance ; bain de jambes l’après-midi.
Au bout de quatre jours de traitement, le sable apparaît dans les urines,- et en même temps, quelques mouvements convulsifs, tétaniques, se montrent dans les deux membres inférieurs.
Le traitement est continué pendant vingt jours, et lorsque le malade part de Balaruc le 3 juin, il se trouve dans un état d’amélioration tel , qu’il peut faire quelques pas en s’appuyant sur deux bras vigoureux. Il n’ose pas faire souvent l’essai, car, tout d’un coup et sans que rien ne le fasse pressentir, les deux jambes se raidissent par des mouvements convulsifs d’une intensité telle, que le malade serait renversé sur le sol s’il n’était pas vigoureusement retenu.
J’ai su, par une lettre qu’il m’a écrite en septembre 1880, que sa situation s’était considérablement améliorée.