OBSERVATION XL
Paraplégie rhumatismale. — J..., 49 ans, d’une bonne constitution et d’un tempérament lymphatique , travaille, depuis 17 ans, dans les mines du département de l’Aveyron ; il est exposé depuis ce temps-là à l’humidité. Il s’est plaint, à plusieurs reprises, de douleurs très-vives dans les reins et dans les membres, au niveau des grandes articulations, soit dans les bras, soit dans les cuisses et les jambes, de nature probablement rhumatismale. Dans le mois de février 1878, à la suite d’un éboulement, il reçoit une forte contusion dans la région des reins. A la suite de cet accident, il voit les forces diminuer dans les membres inférieurs, et cette faiblesse est accompagnée de fourmillements dans les deux membres, sensation de froid , troubles dans les fonctions urinaires et intestinales , caractérisés par une gêne dans la miction et par une constipation opiniâtre. On le soumet à l’usage des frictions toniques , stimulantes. On applique ensuite des vésicatoires le long de la colonne ver-
tébrale, que l’on remplace ensuite par quelques pointes de feu.
Je le vois pour la première fois à l’hôpital de Balaruc, le 16 août 1878, et je constate : paralysie absolue de la sensibilité dans les deux membres inférieurs, qui sont toujours froids et décolorés. Le malade est insensible à des piqûres profondes, au contact des corps chauds et froids, et a besoin, même à cette époque de l’année, d’être couvert d’une bonne couverture de laine. Quant aux mouvements, ils sont complètement perdus. Il n’y a pas d’atrophie musculaire. Je constate, entin, une incontinence complète d’urine et une constipation opiniâtre.
Je prescris donc : bains à 35° centigrades ; boisson à r dose purgative.
Dès les premiers jours, le malade ressent des démangeaisons à la peau dans les parties supérieures du corps, et il reconnaît en même temps qu’il n’a pas besoin de se couvrir autant les membres inférieurs.
' Au septième jour de traitement, je prescris: bains à35°cen-
tigrades, alternés avec douches en pomme d’arrosoir sur
> les parties supérieures, à cette température, et en jet en } lance à une température plus élevée sur les membres infé-
rieurs.
i j Vers le douzième jour de traitement, le malade trouve ; décidément qu’il a moins froid dans les membres infé-
^ rieurs, surtout à gauche; en même temps, la coloration de
i la peau est plus rosée, et il commence à se plaindre de dou-
: leurs fulgurantes dans ce membre , surtout à la région
I plantaire. Dans le membre inférieur droit, il ne ressent
[ rien du tout, si ce n’est une moindre disposition au froid.
Le traitement est continué jusqu’au 15 septembre, et les phénomènes consécutifs sont toujours les mêmes. Au mo-
î te f
ment de son départ, je crois reconnaître quelques mouve- 1 ments imperceptibles dans les orteils du pied gauche.
•J Le malade revient en mai 1879, et je constate une bien
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3 grande amélioration dans son état.
La sensation de froid a disparu dans les deux membres intérieurs, et la sensibilité est presque complètement revenue dans le coté gauche, avec des mouvements peu limités, mais parfaitement visibles. Le côté droit est sensible, mais il est immobile. L’écoulement de l’urine n’est plus permanent, et le malade peut conserver ses urines pendant une heure environ. La constipation est moins prononcée. Je prescris le même traitement que l’année précédente , et j’ajoute les pédiluves.
Dès le troisième jour, la meme excitation à la peau se reproduit et se manifeste par des démangeaisons et des douleurs superficielles. La coloration des tissus des membres inférieurs est plus rosée. Au bout de huit jours de traitement, les douleurs apparaissent dans les deux membres ; le côté droit, dont la sensibilité et le mouvement paraissent complètement abolis, devient le siège de douleurs trèsvives, et quelques mouvements imperceptibles se font voir dans les doigts du pied. Quand le malade quitte l’hôpital, le 15 juin, il rentre à l’hôpital de Montpellier pour attendre la saison du mois d’aoùt.
11 revient, en effet, le 17 août. Son état est bien amélioré, il ne souffre pas, et il a conservé les mouvements dans tout le côté gauche et quelques légers mouvements dans les orteils du pied droit.
Les fonctions urinaires sont rétablies. La constipation a encore bien diminué. Il n’y a plus besoin d’avoir recours ni aux lavements ni aux purgatifs. Il y a une selle tous les trois ou qnatre jours.
Je prescris toujours le même traitement.
Les mêmes symptômes apparaissent au bout de quelques jours. Douleurs vives et rougeurs dans les membres inférieurs, démangeaisons à la peau. Les mouvements des membres, autrefois paralysés, sont plus faciles et plus complets. Vers les derniers jours de son séjour à l’hôpital, je le fais mettre debout^ maintenu par deux infirmiers , et les
genoux ne plient point sous le poids du corps. Nul .doute que d’ici à peu de temps le malade ne puisse se tenir et même marcher.
Je regrette de n’avoir eu encore aucune nouvelle de ce malade, pendant l’année 1880; mais, d’après l’état dans lequel il se trouvait à son départ de Balaruc, tout me porte à espérer que ce malade est complètement rétabli.