OBSERVATION XIV
Ataxie locomotrice progressive. — Anémie. — M. G., banquier dans le département de la Charente-Inférieure , a commencé à éprouver, il y a trois ans, les symptômes qui le conduisent à Balaruc. Le début de la maladie a été assez insidieux. 11 y a quelqiâes années, sous l’influence de chagrins de famille et de pertes d’argent, M. G. tomba dans un état d’affaiblissement tel, que sa famille et ses amis en eurent de grandes inquiétudes. Il ne mangeait plus, digérait difficilement, maigrissait constamment ; aussi céda-t-il son cabinet pour aller habiter Paris et s’y faire traiter. Pendant ce temps, M. G. s’aperçoit que les jambes deviennent de plus en plus faibles ; à la moindre marche il était très-fatigué et craignait toujours que, la faiblesse augmentant, elles ne pussent plus le soutenir. Il est surpris, un jour, par la pluie, et il la supporte pendant un bon moment sur le dos ; il rentre chez lui et se plaint, quelques jours après, d’une violente douleur dans la région lombaire ; cette douleur lui fait tout le tour de la taille en forme de ceinture, et le resserre au point, dit-il, de gêner la respiration. En même temps la faiblesse des jambes augmente et se complique de douleurs
fulgurantes, d’abord assez éloignées les unes des autres, mais qui Unissent par devenir plus Créquentes ; enfin, tremblement dans les membres inférieurs, surtout après la marche ; la sensibilité de ces parties diminue tellement, (ju’il semble à M. C., lorsqu’il est debout, qu’il se trouve sur un terrain détrempé, dans lequel il s’enfonce.
Je le vols, pour la première fois, à Balaruc, vers la fin de juillet, et voici ce que Je constate : l’état général de M. C. ne me paraît pas satisfaisant ; le teint est pâle, décoloré ; il y a un certain degré d’émaciation ; il est découragé. Les sens sont intacts. Les fonctions digestives lentes^ paresseuses; il y a de la constipation. La miction se fait bien, et même sans que le malade soit obligé de porter la vue sur le jet d’urine pour être certain de l’expulsion. Lorsque M. G. veut se lever de dessus son siège, sans faire de grands efforts, il est obligé de s’appuyer sur les bras du fauteuil, de prendre à une ou deux reprises l’élan pour se mettre debout ; c’est alors qu’il ressent la douleur en ceinture dont j’ai déjà parlé ; une fois qu il est debout, il n’y a que le premier pas qui est fait d’une manière presque inconscie«ite ; on dirait qu’il est la conséquence de l’élan pris pour se soulever. Quand M. C. marche, il projette légèrement les deux pieds, il regarde le sol ; il peut faire, cependant, quelques pas en regardant en face de lui, mais sitôt qu’il est seul, il fixe ses pieds. Il n’y a aucun trouble dans les membres supérieurs. Malgré ces divers troubles de la motilité dans les membres inférieurs, il m’est facile de m’assurer que la contractilité musculaire est intacte. Je cherche à résister aux mouvements d’extension qu’il imprime à la jambe gauche, etc’est avec beaucoup de difficulté que je résiste. Nous ne voyons pas ici tous les symptômes complets de l’ataxie locomotrice confirmée ; nous en constatons seulement le principal, le défaut de coordination dans les mouvements des membres inférieurs. Ce qui me frappe surtout quand je veux prescrire le traitement, c’est le degré d’anémie très-prononcé que je constate- chez M. C., et voici comment je l’institue :
Jfi prescris, tous les matins, eau thermale de Balaruc en boisson , par quart de verre jusqu’à concurrence de deux verres. J’ai le soin, tous les cinq jours environ, d’en augmenter la dose ce jour-là pour avoir un effet purgatif, espérant ainsi obtenir un effet révulsif sur le tube digestif, dont je cherche également à régulariser les fonctions. Un bain général à température modérée, 33® centigrades, de 20 minutes pour commencer, et aller progressivement en augmentant la durée, qui ne dépasse pas, en général, 40 minutes. Un bain de jambes toutes les aprèsmidi, à 40® centigrades, comme révulsil et en même temps tonique suivies membres inférieurs, dont j’espère régulariser les fonctions musculaires. A la suite de ce traitement toni- (fue, légèrement laxatif et révulsif, l’état général est bien meilleur, l’appétit devient bon, les digestions se font bien, le teint devient plus frais, et la teinte blafarde fait place à une coloration un peu plus animée. Les douleurs fulgurantes et les douleurs lombaires ont diminué d’intensité et de fréquence; M.C. se sent plus solide sur les jambes, il n’a plus la sensation de mollesse du sol. On peut dire qu’il y a une amélioration notable dans l’état général ; l’état local laisse encore à désirer, mais le tremblement des membres inférieurs a bien diminué, et nul doute que si rien ne vient compliquer l’état morbide, M. G. ne retrouve la santé après avoir fait plusieurs saisons à Balaruc.