‹ Balaruc-les-Bains au point de vue de ses indications thérapeutiquesChapitre 28 sur 40 · OBSERVATION XV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XV

Paraplégie à frigore. — Cette observation ressemble beaucoup à une des précédentes (Obs. VIII), et les résultats du traitement ont été aussi étonnants par leur rapidité.

M. S..., 24 ans environ, d’un tempérament lymphatique, d’une bonne eonstitution, fils d’un père rhumatisant, a eu , il y a quelque temps, quelques douleurs bien légères de

rhumatisme. Aucun antécédent si>écinque à noter, ni aucun excès en aucun genre.

En 1875, étant militaire, il assiste aux grandes manœuvres d’automne, il ressent une très-grande fatigue, en même temps, douleurs 'dans les lombes et les membres inférieurs ; il est traité à l’iiôpital comme rhumatisant et sort complètement guéri.

En 1878, nouvelles manœuvres d’automne, il est obligé de camper pendant plusieurs nuits ; grandes fatigues et renouvellement de ces douleurs, qui le forcent à entrer de nouveau à l’hôpital. Il se plaint d’une très-vive douleur en ceinture, constrictive ; de mouvements convulsifs, involontaires, dans les membres inférieurs, accompagnés d’une diminution progressive des forces et de la sensibilité. En même temps, il constate un trouble dans les fonctions urinaires et une constipation opiniâtre. Je vois le malade à Balaruc pour la première fois, en juin 1878, et je constate l’état suivant : perte absolue de la motilité et de la sensibilité dans les deux membres inférieurs ; je puis pincer la peau et enfoncer des épingles dans les tissus sans faire naître aucune douleur, aucun mouvement réflexe. Les chairs sont mollos, flasques, décolorées, froides. La station debout est complètement impossible, il y a, en effet, paralysie complète, absolue, de la moitié inférieure du corps. Le malade est complètement inerte et reste constamment allongé dans son lit.

L’appétit est conservé, les digestions se font bien, mais il y a une constipation opiniâtre, le malade ne peut soulager l’intestin que par des lavements ou des purgations fréquentes. Les fonctions urinaires sont troublées ; il y a de la rétention d’urine; qui fait que la vessie ne se vide jamais complètement, il urine souvent par regorgement.

Je prescris : bain tempéré; boisson à dose purgative.

Ce traitement est suivi pendant quelques jours, mais j’intercale bientôt des douches en pomme d’arrosoir le long de la colonne vertébrale, et en jet en lance sur les membres

intérieurs, en élevant la température ; en même temps, je prescris des douches ascendantes rectales pour combattre la paralysie intestinale.

Ces divers traitements sont suivis pendant 20 jours environ. Après ce laps de temps, il semble au malade qu il pourrait se tenir debout; la sensibilité paraît revenir aux membres intérieurs. Je le fais soutenir par deux baigneurs au-dessous des bras ; les jambes plient sous le poids du corps, mais elles exécutent quelques mouvements désordonnés. Enfin, après 35 jours de traitement et d’essais divers pour se tenir debout, le malade peut faire quelques pas dans sa chambre, soutenu par les deux baigneurs. Le jour de son départ, il peut faire quelques pas dehors avec l’aide de son père et de sa mère. Il revient en septembre 1878 ; quel n’est pas mon étonnement et celui des autres personnes qui l’avaient vu, en juin dernier, allongé, immobile dans son lit, et sur le compte duquel tout le monde s’apitoyait , vu son jeune âge , de le voir marcher tout seul et faire quelques promenades dans le parc. La sensibilité et la motilité sont complètement revenues, il ne reste qu’un peu de faiblesse et d’hésitation dans la marche. Les fonctions urinaires sont complètement rétablies, il ne reste que la constipation, qui est vraiment opiniâtre.

Je prescris : bain tempéré le matin, alterné avec une douche ; boisson d’eau minérale à dose purgative.

Au bout de 25 jours, le malade quitte TÉtaldissement dans un état très-satisfaisant. L’eau en boisson n’ayant pas vaincu la constipation , j’ai dû ajouter au traitement ({uelques douches ascendantes rectales. Une particularité qui a lieu de me surprendre, c’est que chez ce malade, j’obtenais plus facilement la première année des etfets purgatifs avec 3 à 4 verres d’eau minérale, tandis que la seconde saison, 5 et 6 verres ne suffisaient plus, et je fus même obligé d’ajouter 30 grammes de sulfate de magnésie dans

lo premier verre. Est-ce le fait de raccoutumance ? Quoi (|u’il ejü soit, avant de partir de Halaruc, le malade dansa un quadrille sans se latiguer; son éüd pouvait êti*e considéré comme très-satisfaisant. Depuis lors, M. S... est revenu plusieurs fois à Balaruc, je l’ai toujours soumis à l’usage des bains alternés avec les douches, j’ai toujours prescrit l’eau minérale en boisson à dose purgative, et j’ai toujours été obligé d’avoir recours aux douches ascendantes rectales, pour vider complètement l’intestin.

La guérison est complète, et M. S... a repris ses occupations commerciales.

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