OBSERVATION XVIII
Gravelle urique. — M. A..., 38 ans environ, propriétaire à Puisserguier, vient à Balaruc en juin 1878, pour accompagner sa femme, atteinte de paralysie. En causant avec lui, il me raconte qu’il est atteint de gravelle, et qu’il va depuis quelques années à la Preste, pour combattre cette affection. Ayant devers moi deux observations de gravelle urique traitée avec succès à Balaruc, je l’engage vivement à faire usage de cette eau, en me basant sur les observa-
lions, déjà anciennes, de Pouzaire, en l’an VIII, et sur deux observations recueillies par mon prédécesseur médiat, M. le !)'■ Crouzet. Je lui prescris l’eau en boisson à dose purgative, alternée avec des doses altérantes. Bains tempérés alternés avec des douches; mais j’insiste principalement sur la boisson, et le malade ne dépasse jamais la dose de B à 4 verres.
Vers le 4® jour, le malade constate dans les urines une très-grande quantité de sable rouge, ressemblant à de la brique pilée. Je le lais uriner sur un linge tendu sur un vase en guise de tamis, et nous pouvons recueillir ainsi une trèsgrande quantité de ce sable.
Vers le 8® jour, le malade ressent une certaine douleur dans le canal, et dans un jet d’urine, il sort un gravier, puis deux et même trois de suite, de la grosseur de la tète d’une forte épingle. Malgré ce bon résultat, le malade interrompt le traitement et part subitement de Balaruc, appelé chez lui par ses alîaires, promettant bien de revenir.
11 revient, en elfet, en mai 1879, et m’apporte une petite boîte dans laquelle il me montre des calculs qu’il a rendus pendant l’inver dernier, à la suite du premier traitement et. de celui que je lui ai conseillé de suivre chez lui, par l’eau de Balaruc en boisson.
Il m apporte en même temps, comme je l’en avais prié, une autre boîte dans laquelle il recueillait tes calculs qu’il rendait après l’usage de l’eau de la Preste. Je constate que les premiers, ceux rendus après l’usage de l'eau de Balaruc, sont plus friables, se brisent très-facilement ; ils sont rugueux, paraissent plus poreux, alors que ceux qu’il rendait auparavant sont durs, polis et d’un blanc très-brillant.
Je lui lais suivre le même traitement, et toujours apparaissent les mêmes phénomènes : d’abord, issue très-considérable de sable rouge , que je recueille sur mon crible improvisé, et puis, issue de calculs plus ou moins gros. Un jour, le malade en rend un ovale, aux deux extrémités très-
pointues, de la grosseur d’un noyau d’une petite olive , et toujours présentant les mêmes caractères de friabilité et de porosité.
A ce sujet, le malade me raconte que l’iiiver dernier, alors qu’il était en traitement, il ressent qu’un calcul s’est arrêté dans le canal, il retient les urines et fait un effort pour l’expulser, eff’orts inutiles. Pendant que Port va chercher un médecin, le malade saisit le calcul entre ses doigtsy et le brisa très-facilement. Les débris furent expulsés par un flot d’urine sanguinolente. Depuis lors, M. A... se rend tous les étés à Balaruc, suivre une ou deux saisons par an, et trouve une certaine amélioration dans son état. Cette action de l’eau de Balaruc sur la gravelle urique a déjà été reconnue depuis très-longtemps et me paraît digne d’attirer sur elle l’attention des praticiens.