OBSERVATION XXI
Etai bilieux. — Pléthore abdominale. — M. l’abbé S...., 38 ans. Tempérament lymphatique bilieux ; a eu une enfance maladive et présentait tous les attributs de la diathèseï lymphatique scrofuleuse, engorgement ganglionnaire, érup-
lions cutanées diverses, etc., etc., pour lesquelles il a été bien souvent aux bains de mer.
M. TabbéS... habite depuis longtemps les pays orientaux et est soumis à des températures très-élevées. Après quelques années de séjour dans les pays chauds, se plaint de troubles dans les fonctions digestives et sa sauté reste chancelante pendant longtemps. Dans un de ses voyages en France, va faire une saison à Vichy, et s'en trouve bien. Retourne après dans les pays chauds, et ne tarde pas, après un autre séjour de quelques mois, à présenter de nouveau les mêmes symptômes. Sous l’influence d'une violente émotion, les symptômes reprennent une plus grande intensité, En même temps, le malade présente quelques troubles du côté des fonctions du système nerveux, caractérisés par un affaiblissement dans les membres inferieurs.
Il rentre en France et se rend à Bordeaux, son pays natal. Là on lui conseille de venir faire une saison à Balaruc.
11 arrive pour la première fois en septembre 1878, et je constate l’état suivant : La face est jaune safran, les sclérotiques sont jaunes sales, la langue est jaunâtre mauvaise ; il y a de 1 inappétence, les digestions sont lentes, paresseuses, il y a de la constipation. En même temps le malade se plaint de douleurs vives au pourtour de l’orifice rectal; je constate la présence d’un bourrelet hémorrhoïdal interne. En palpant l’hypochondre droit, il est facile de reconnaître que le volume du foie est augmenté, et que ce viscère dépasse les bords des fausses côtes, la palpation fait naître une petite douleur. l.,e malade se plaint également d’alfaiblissement dans les membres inférieurs avec founnillements et sensation de froid. La sensibilité est intacte. Bien du côté des urines, qui sont cependant jaunes et safranées.
Je prescris : Bain tempéré à 33° centigrades. Boisson à dose purgative. Bains de pieds l’après-midi.
Au bout de quelques jours, le faciès est plus blanc, surtout
sur les parties supérieures. La langue se déterge. L’appétit semble renaître en même temps que les fonctions digestives St* réveillent. La constipation est moins opiniâtre et les selles sont moins dures.
Ce traitement est encore continué pendant une quinzaine de jours et est suivi d’une certaine amélioration dans l’état général. Le dernier jour du traitement, et au moment où le malade s’apprêtait à partir, il est pris pendant la nuit de douleurs vives du côté du foie, je suis appelé en toute hâte, et je reconnais tous les symptômes de coliques liépatiques. Ces douleurs persistent toute la nuit. Le matin, Je malade se sent mieux et prend une dose purgative d’eau minérale en boisson. Selles abondantes à la suite contenant un calcul gros comme le noyau d’une cerise. Le malade se repose pendant deux jours, après lesquels il part de Balaruc dans un assez bon état.
Pendant l’hiver, le malade m’écrit pour me donner de ses nouvelles, et il m’annonce 'que l’état général est bien meilleur, le teint est moins jaune, l’appétit est bon, les digestions plus faciles ; les hémorrhoïdes seules le font beaucoup souffrir.
Revient en mai 1879, l’état général est assez bon, le faciès est beaucoup moins jaune, les sclérotiques sont presque blanches, la langue n’est plus saburrale, les fonctions digestives sont en meilleur état, la constipation est moins opiniâtre ; il a eu le soin pendant l’hiver de se soumettre de temps en temps à l’usage de l’eau de Balaruc en boisson, le matin à jeun. Les hémorrhoïdes sont douloureuses, mais ne sont pas tluentes, l’hypertrophie du foie a bien diminué. Quant à l’affaiblissement des membres inférieurs, le malade ne trouve pas un grand changement ; il se plaint beaucoup moins des fourmillements et de la sensation de froid.
Je prescris le même traitement que celui de l’année dernière pendant les 3 ou 4 premiers jours.
Vers le cinquième jour, j’intercale les douches générales
en pomme d’arrosoir sur les parties supérieures du corps et en lance sur les membres inférieurs.
Vers le huitième jour, le malade subit un flux intestinal des plus abondants ; l’écoulement par le rectum lui donne la sensation de brûlure, qui le tourmente et qui aggrave la cuisson produite par les hémorrlioïdes. La santé générale ne paraît cependant pas ébranlée.
Le malade ne ressent aucune fatigue ; il mange peu, mais n’est pas incommodé parla digestion. Le traitement interne seul est suspendu pendant plusieurs jours.
Il est repris au bout de quatre jours, mais le surlendemain de la reprise, le malade me fait appeler pour me faire constater un écoulement sanguin très-abondant provenant des hémorrhoïdes. Je condamne le malade au repos absolu, et le traitement hydro-minéral est suspendu pendant cinq jours, l’écoulement sanguin n’avait duré qu’un jour, et encore par intermittence.
Au bout de quelques jours, le malade, se sentant plus lé- ’ ger, plus dispos, reprend le traitement consistant en bains généraux alternés avec des douches.
En résumé, le traitement effectif se compose de 9 bains,. 6 douches et boisson minérale pendant lü jours. Le malade quitte Balaruc vers latin du mois, un peu affaibli, mais tout annonce chez lui une amélioration certaine dans l’état général.
Il revient en Septembre de la même année dans un état satisfaisant.
La coloration xle la face est normale; les fonctions digestives sont bonnes, il n’y a plus cet embarras intestinal. Le foie a repris son volume normal et la constipation a cédé. Le malade se sent plus solide sur ses jambes, il n’a plus la sensation de froid qui l’incommodait. On peut dire que l’engorgement du foie qui avait amené la pléthore des vaisseaux abdominaux ayant disparu, les conséquences de cet état pathologique ont disparu avec leurs causes.
prescris le même traitement, mais en surveillant trèsattentivement la boisson du matin.
Au bout d’une quinzaine de jours, M. l’abbé S.... part de Balaruc dans un état tel, (|u’il doit être complètement o^Liéri actuellement.
Je lui recommande cependant de ne pas retourner dans les pays eliauds et de demander une situation dans les p.ays tempérés.