CHAPITRE
Caractères physiques de l’eau minérale. - Sa limpidité. - Sa saveur. — Sa température. — Analyse. — Composition chimique. — Dans quelle classe d’eau minérale doit-on la mettre ? — Conservation de cette eau minérale. — Son débit. — Électricité.
L’eau de Balaruc est très-limpide, cependant lorsqu elle a séjourné pendant quelque temps dans les bassins pour être refroidie, elle laisse déposer à sa surface une matière très-légère, onctueuse, 'irrisée, qui ressemble aux dépôts qui se forment sur la surface de certaines eaux. Sous l’influence du contact prolongé de l’air atmosphérique, les bicarbonates alcalins se décomposent, il se forme alors des carbonates qui , étant plus légers que l’eau , viennent nager à sa surface. Ce dépôt est peu considérable, et l’on peut en général considérer cette eau minérale comme trèslimpide , sa saveur est légèrement salée, piquante, laissant un arrière-goût légèrement amer, probablement du à la présence des sels de magnésie, mais qui n’a rien de désagréable au goût. Il y a peu de baigneurs qui se refusent à en boire un ou plusieurs verres le matin à jeun ; ce qui contrarie certains malades, c’est la température. Quelquefois, disent-ils.
elle leur reproche. En g'énéral, ils la prennent avec lacilité, sans avoir ni nausées, ni vomissements. Les enfants la boivent sans trop se faire prier. J’ai rencontré cependant quelques malades qui préféraient la boire froide ; dans ce cas, elle est un peu plus amère, elle devient plus lourde à digérer, probablement à cause de l’évaporation des gaz qu’elle contient.
La température réelle, normale, de l’eau de Balaruc varie entre 47°, 5 et 48° centigrades ; elle peut être considérée comme à peu près constante. Cependant M. le Crouzet a signalé des variations plus considérables, mais elles tenaient bien certainement à des circonstances particulières de grandes pluies et d’orages fréquents, ou à d’autres causes sur lesquelles nous aurons occasion de revenir. J’ai constaté pendant l’année 1876 la réalité de cette constance de la température, quoique les moyennes thermométriques fussent dans le mois de mai de 16°,82 ; de juin, de 19°, 28 ; de juillet, de 25°, 22 ; d’août, de 24°,56; de septembre, de 19°,58; d’octobre, de 18°, 25, et que la moyenne des pressions barométriques fût dans les mois correspondants de 760, — 761,53, 765 30
764,88, 763, — 763,66. — Pendant le cours
de cette saison thermale, les chaleurs arrivèrent trèstard, vers le commencement du mois de juillet seulement. Si la moyenne des températures est plus élevée dans les mois de juillet et d’août, ce n’est pas par la continuité de la chaleur à cette époque, mais bien parce que dans ces deux mois nous supportâmes quelques journées dont la température fut excessive. Mal-
gré ces oscillations du thermomètre quelquefois trèsnotables, la température de la source se maintint presque tout le temps entre 47°, 5 et 48°.
Il est des cas où elles peuvent être assez sensibles, quoique , bien entendu , elles soient contenues entre un ou deux degrés tout au plus.
De Tavis du D‘‘ Crouzet (1), qui a fait de si , nombreuses et si consciencieuses études sur les oscillations de la température des eaux de Balaruc, les pluies prolongées ont une très-grande influence sur la thermalité de ces eaux, du reste comme sur la plupart des eaux minérales. Les vents en ont une bien plus grande encore. Si le vent souflle très-fort du nord et s’il est persistant, le courant du canal de fuite est accéléré par le refoulement de l’eau de l’étang vers la mer, le niveau de l’eau thermale baisse dans le bassin de captage, et sa température s’élève ; l’eau minérale a une vitesse si considérable, et son parcours entre le canal d’émergence et le canal de fuite est si rapidement effectué, qu’elle n’a pas le temps de s’accumuler dans le bassin de captage et de se refroidir.
Lorsque le vent souflle du sud avec persistance, le courant de la source vers l’étang est diminué par le refoulement de l’eau de l’étang contre l’ouverture du canal de fuite, l’écoulement de l’eau thermale est donc ralenti; il y a alors abaissement de la température, pas très-considérable, puisque le niveau du bassin de captage s’est considérablement élevé, et la grande
(1) D‘‘ Chouzet. — Communication orale.
iiîciss6 cl 6ciu thoniitilG ciccurnuléG s’opposG à iinG gTa.nd6 déperdition du calorique.
Le D'- Crouzet, mon prédécesseur médiat, a vu se produire un fait, en 1858, assez remarquable, qui s’est reproduit depuis , mais avec moins d’intensité cependant. Au mois de mai de cette année, il y eut dans la température de l’eau un abaissement de 18° centigrades, cette diminution dura pendant trois mois, tellement que l’on fut obligé de fermer l’hôpital ; pen- . dant ce laps de temps, les vents et la température ambiante avaient dû subir de nombreuses modifications. Après avoir cherché pendant longtemps les cau- ^ ses de ce refroidissement subit, il eut Lidée de faire découvrir tous les conduits que parcourt l’eau thermale, depuis son point d’émergence jusqu’au point où ■ elle se déverse dans l’étang de Thau. Il s^aperçut que des boues s étaient amoncelées dans l’intérieur de ces conduits, et qu’elles interceptaient le courant ; il les : fit tous dégorger , les fit daller, le courant se rétablit aussitôt, la température se releva de 18° qu’elle ravait perdus, et chose surprenante, ce retour à la [température normale s’efiectua en 36 heures.
Un fait analogue s’est reproduit l’année dernière, lau mois de septembre 1876, avec moins d’intensité, ?et sous l’infiuence de la même cause. J’ordonnai la .même perquisition, je constatai l’amoncellement des •boues dans le canal de fuite ; je le fis dégorger, et la température, qui était tombée à 41° centigrades, remonta du soir au matin à 48°, qu’elle a conservés jusqu à la fin de la saison.
M. Béchamp (1), dans un mémoire qu’il a publié clans le Monipellier médical sur les eaux de Balaruc, a constaté que la température de cette source ne varie pas sensiblement aux diverses heures de la jôurnée ; elle peut cependant varier dans l’intervalle de plusieurs années, mais pour revenir toujours à 47°. On peut donc considérer la température de cette source comme à peu près constante.
L’eau de Balaruc n’est pas mousseuse, il se dégage incessamment des bulles de gaz qui viennent crever à sa surface, et font entendre une espèce de bouillonnement lorsqu’on soulève la dalle qui' recouvre le bassin de captage. Le papier de Tournesol rougit très-légèrement lorsqu’il est mis en contact avec elle, cette nouvelle coloration n’est pas fixe, le papier reprend sa^coloration naturelle lorsqu’on le laisse sécher à l’air.
L’eau de Balaruc a toujours attiré l’attention des chimistes, on a toujours cherché à se rendre compte de l’efficacité quelquefois merveilleuse de cette eau minérale.
Le tableau suivant contient les résultats des analyses faites avant celle de M. Béchamp, ancien professeur de chimie à la Faculté de Médecine de Montpellier, et de M. Gautier, alors son préparateur.
(1) Béchamp et Gautier. — Montpellier médical, N°du mois de mai 1861.
Brongniart.
P. Figuier.
Saint-Pierre.
Rousset.
M. DE Serres et