L. Figuier
Acide carbonique
Chlorure de sodium
7,4oO
— de magnésium
— de calcium . . .
Carbonate de chaux . . .
— de magnésie.
Sulfate de chaux
— de potasse
Fer
lidOoS.
Silicate de soude
Bromures de sodium. . .i — de magnésie.'
lodures
entrevQes.
« L’analyse de Brongniart a été faite avec de l’eau » qui avait été envoyée de Balaruc à Paris. Les autres » auteurs, P. Figuier, Saint-Pierre, M. Rousset, » MM. Marcel de Serres et L. Figuier ont vu la ■» source et l’ont examinée. » Comme on le voit, les i jns y ont trouvé du fer que d'autres n’y ont pas trouvé ; •seul, M. Rousset a constaté la présence de l’iode.
Tel était le résultat complet de nos connaissances !=.ur la composition chimique d’une eau minérale impor-
tante à la fois par sa position géographique, par sa thermalité, par sa minéralisation et par ses vertus thérapeutiques célèbres et incontestées , lorsque MM. Béchamp et Gautier firent paraître, en 1861 (1), le résultat des analyses qu’ils avaient faites au printemps de 1859 et pendant le courant de l’année 1860. Ils voulurent se rendre compte de la constance des combinaisons chimiques et savoir si la composition de cette eau minérale variait sensiblement dans le courant d une année. C’est pourquoi la renouvelèrent-ils à la fin de chaque saison , dans ^intervalle de douze mois. Voici les résultats auxquels ils sont arrivés :
Chlorure de sodium 7,0451
~ de lithium 0,0072
— de cuivre 0,0007
— de magnésium 0,8890
Bromure de sodium traces.
Sulfate de potasse 0,1459
— de chaux o’9960
Bicarbonate de chaux 0,8350
— de magnésie 0,2167
Nitrates traces.
Acide silicique 0,0228
— borique 0,0080
Manganèse ( 0,0011
Acide phosphorique )
Oxyde de fer 0,0012
Acide carbonique 0,0984
Total... 10,2671
Azote et oxygène 55‘^‘^
(1) Béchamp et Gautier. — Montpellier médical, Mai 1861.
En lisant le tableau ci-dessus , on voit qu’il n’est pas question de l’arsenic dans la composition chimique des eaux deBalaruc. M. Chevallier y a signalé cependant la présence de ce métalloïde. M. Béchamp (1) a voulu constater sa présence et n’a jamais pu l’y trouver. En introduisant dans un appareil de March, nous dit-il, le produit de la concentration de 45 litres d’eau de Balaruc, on n’a vu aucun indice de la présence de ce corps simple, et cependant l’appareil était resté en activité pendant trois heures. On a cependant trouvé de l’arsenic dans les dépôts de ces eaux, dans les concrétions qu’elles laissent ; M. Béchamp les a étudiés avec beaucoup d’attention, et voici ce qu’il nous dit à ce sujet ; Avant d’admettre que l’arsenic trouvé dans les concrétions vient de l’eau minérale, il fallait s’assurer qu’il n’a pas une autre origine. L’éminent investigateur a trouvé, en effet, le plomb des conduits destinés à la distribution de l’eau fortement arsenical, et il a dosé par l’analyse l’arsenic contenu dans le plomb des tuyaux. D’où il est fort naturel, dit-il, d’admettre que l’arsenic trouvé dans les concrétions vient, non de l’eau minérale, mais bien des tuyaux, surtout si l’on veut bien remarquer que les dépôts qu’il a analysés étaient fort anciens et avaient séjourné longtemps en contact avec eux. En constatant l’influence qu’a l’étang de Thau sur le volume et la température de l’eau minérale, suivant que les vents soufflent du nord ou du sud , de Prony avait émis
(1) Béchamp et Gautier. — Loc. cil.
l’idée , qui est encore fortement répandue dans le public, que la source thermale de Balaruc avait une origine sous-marine. L’analyse chimique de l’eau de l’étang* et de la source hydrominérale prouve que cette opinion est complètement erronée. En analysant l’eau de l’étang à une grande distance des bords avec un bon vent N. -O., M. Béchamp a découvert la présence de l’iode dans 500 centilitres cubes d’eau, en proportion non dosable. En même temps , il a concentré et réduit à un très-petit volume six litres d eau de l’étang , et il n’a trouvé aucune trace de cuivre. L’analyse de l’eau de Balaruc , nous l’avons vu , prouve que cette eau contient du cuivre et pas d’iode ; donc, l’eau de Balaruc ne reçoit rien de l’étang de Thau , qui contient de l’iode et pas de cuivre.
Comme conclusion de la discussion dans laquelle nous sommes entré à propos de la composition chimique de 1 eau thermale de Balaruc , posons-nous cette question : dans quelle catégorie faut-il placer cette eau , et quel est l’ordre de son importance ? Pour répondre à cette question , je ne saurai mieux faire que d’emprunter les conclusions auxquelles est arrivé l’ancien professeur de chimie de la Faculté de Médecine de Montpellier (1).
D’abord elle est une eau thermale salée, il n’y a donc pas lieu de la confondre avec les eaux salées froides, dont elle diffère par sa composition et par
(1) Béchamp et Gautier. — Loc. cit.
ses propriétés. Ces eaux sont destinées à remplir d’autres indications que notre eau thermale. En second lieu , l’analyse chimique et l’analyse clinique font de l’eau de Balaruc un membre de la famille à laquelle appartiennent Wiesbaden et Bourbonne-les-Bains.
M. Guibourt (1) caractérise l’eau de Bourbonne en disant que cette localité est « célèbre depuis longtemps par ses eaux thermales , qui sont les plus salées que l’on connaisse. » L’eau de Bourbonne est la moins salée
des sources de cette famille :
Chlorure de sodium.
Wiesbaden ( Kochbrunnen ) . . . 6,835 (2) Bourbonne 5,783 (3)
Les trois eaux de cette famille sont magnésiennes :
Sels magnésiens,
Balaruc 1,032
Bourbonne 0,392 (4)
Wiesbaden 0,207 (5)
Elles sont cuivreuses toutes les trois :
Chlorure de cuivre.
Balaruc 0,0007
Bourbonne traces
Wiesbaden traces
Ces eaux sont donc toutes les trois thermales ,
(1) Guibourt. — Histoire des drogues simples.
(2) Fréskniüs. — Jaresberuth de J. Liebig et H. Kopp.
(3) L. Figuier. — Nouvelles observations sur la source thermale de Balaruc, 1848.
(4) L. Figuier et Mialhe. — Loc. cit.
(.3) Frésénius. — Loc. cit.
salées , magnésiennes , cuivreuses. Comme eau thermale salée de cétte famille , Balaruc est la première, surtout si l’on considère ses éléments les plus actifs. Aussi , tel malade qui n’a jamais été purgé à Bourbonne , l’est très-bien à Balaruc ; tel autre obtient , avec quatre verres de cette eau, un effet aussi prononcé qu’avec dix verres de Bourbonne ( Crouzet ). M. Crouzet a constaté par lui-même et sur lui l’exactitude de ces comparaisons.
Contrairement à l’assertion de M. Constantin James , l’eau de Balaruc peut se conserver très-longtemps , peut-être indéfiniment , sans rien perdre de ses caractères physiques et chimiques , si elle est enfermée dans des vases hermétiquement bouchés. M. Rousset en a conservé pendant douze ans , sans quelle eût subi aucune altération. M. Béchamp a reconnu intactes la saveur, la limpidité, la composition d’une eau de Balaruc conservée en bouteille depuis trois ans. Cette propriété rare et qui prouve la fixité des combinaisons chimiques, permet ainsi son exportation au loin. Seulement il est bon de la faire chauffer au bain-niarie dans ces cas, pour la rapprocher le plus possible de la température de la source ; elle est alors moins amère et plus facile à digérer.
La source de l’ancien établissement est inépuisable, nous ditM. Béchamp, dans un mémoire auquel nous avons déjà fait de nombreux emprunts à propos de la composition de notre eau thermale. Son fuyant, nous dit également M. le Rousset, verse journellement
dans l’étang* de Thaii cent mètres cubes d’eau minérale , c’est-à-dire cent mille litres. Un jaugeage fait , sur la demande de M. Béchamp, par M. le D‘‘ Crouzet, en 1859, à la suite des vents du nord-ouest prolongés, sur le ruisseau de fuite, a donné, en moyenne, 332,640 litres par 24 heures.
Avant de finir, disons quelques mots seulement sur
une question qui, de nos jours, occupe les médecins hydrologues, je veux parler de l’électricité des eaux minérales. Il y a déjà quelque temps que l’on s’occupe de l’électricité au point de vue du traitement des maladies chroniques par les eaux minérales. On s’est aperçu que, par le contact de ces eaux avec le corps vivant, il se produisait un courant électrique, et que la direction de ce courant variait selon qu’il y avait simple contact extérieur, ou que l’eau était ingérée. Les instruments de précision que possèdent les laboratoires bien montés, sont assez sensibles pour rendre apparentes les manifestations électriques qui se produisent par le contact des liquides-; mais ils sont loin de valoir, pour la conductibilité, le corps humain. C’est en opérant sur lui-même, avec l’assistance de plusieurs personnes compétentes, que Scoutetten s’est rendu compte de ces faits. Bien plus , on a découvert un moyen pour rendre à l’eau minérale transportée au loin son pouvoir électrique. On peut lire dans la Gazette des Eaux une série de très-intéressants articles de M. Guyot (1), sur la réélectrisation des eaux
(1) (iüYOT. — Gazette des Eaux, Numéros des 21 décembre 1876 et 18 Janvier 1877.
minérales. Comme le passage suivant emprunté à l’article relatif aux eaux minérales, publié par le Guersant dans son Dictionnaire de médecine, présente un grand intérêt pour la station de Balaruc, je le transcris presque textuellement : Quelques faits me portent à croire que certaines eaux thermales chaudes, transportées loin déjà source, peuvent reprendre leurs propriétés primitives lorsqu’on les plonge dans une eau thermale échauffée par le calorique terrestre, au lieu de les réchauffer artificiellement au bain-marie, comme on le fait ordinairement. Un de mes clients, excellent observateur, qui fait depuis longtemps — ceci a été écrit en 1835 — un usage fréquent de l’eau de Balaruc pour combattre une paralysie du bras droit, et qui les a souvent prises soit à la source, soit à Paris, avait remarqué que l’action purgative était beaucoup plus énergique dans le premier que dans le second cas. Il se rendit à Plombières pour se soumettre à l’usage des douches, et il eut alors l’idée de faire chauffer l’eau de Balaruc, à l’usage de laquelle il était en même temps soumis, en la plongeant dans la source la plus chaude de cette station thermale. Il remarqua alors que l’effet purgatif était aussi énergique que lorsqu’il buvait cette eau auprès de la source. Il fit part de ce fait à. plusieurs malades qui comme lui faisaient usage de l’eau de Balaruc, ils la firent chauffer par le même moyen, et les mêmes résultats se reproduisirent identiques chez eux.
Cette expérience, répétée pendant deux années de suite sur les mêmes malades et avec le même succès.
mérite de fixer l’attention par rapport aux avantages qu’on pourrait en retirer par l’emploi de plusieurs espèces d’eau minérales combinées entre elles, et, sous d’autres rapports, elle doit nous tenir en garde sur les conséquences qu’on peut tirer des expériences purement physiques faites sur la chaleur naturelle des eaux thermales, caries effets physiologiques dont nous venons de parler sembleraient indiquer que l'action du calorique naturelle et celle du calorique factice ne sont pas absolument les mêmes sur nos organes. Quoi qu’il en soit, c’est sans doute à la combinaison particulière du calorique et de l’électricité, et peutêtre à V existence cachée de quelques principes que l’analyse chimique n’a pas encore pu saisir,, que sont dues les différences remarquables entre les propriétés de telles ou telles sources qui offrent chimiquement les mêmes principes et presque dans la m ême proportion .
La question de l’électricité des eaux minérales, son action sur l’économie au point de vue du traitement' des maladies chroniques en général et des paralysies en particulier, est encore très-peu connue ; le cadre de mon travail, du reste, ne me permet pas de m’étendre sur cette intéressante question, qui peut-être dans la suite nous révélera un mode d’action physiologique et thérapeutique encore ignoré.