‹ Bâle, Berne et GenèveChapitre 12 sur 45 · HOLBEIN · texte numérisé non relu

HOLBEIN

B(ECKLIN

croit-on, avait fréquenté l'école très suivie du vieux maître de Colmar, Martin Schongauer, le dépôt sacré d'une tradition et d'une méthode artistiques ; il entra dans la vie avec le goût affiné de toute la génération qui l'a précédé ; et de ses mains habiles, il allia le bon et solide métal de la chaîne léguée par ses ancêtres aux anneaux d'or que la Renaissance italienne passe aux doigts de ses fils, les artistes qui entrent en lice au début du XVP siècle.

L'imprimerie ro3'ale de Berlin possède un délicieux dessin du vieil Holbein qui est le portrait de ses deux fils :

à gauche, la figure énergique d'Ambrosius, qui meurt jeune, en 15 19, ne laissant que quelques œuvres dont le musée de Bâle possède une des meilleures, le portrait de deux garçons ; à droite, Hans, physionomie réfléchie, grave et douce, dont le regard tout intérieur s'absorbe dans ses pensées. Tout enfant Holbein a dû regarder avec respect ces petits carnets, que Bâle garde précieusement dans les archives de son musée, où son père traçait à la pointe d'argent, d'une main légère et

sûre, des croquis de ses parents et de ses amis. Ces feuilles jaunies furent l'école de conscience du grand Holbein ; elles durent être la source vive de cette prodigieuse sérénité avec laquelle ce puissant génie sut accepter les besognes les plus diverses, lorsque, par deux fois, les nécessités de la vie ou les circonstances politiques l'obligèrent de plover son :■ talent aux formes secondaires de son métier de peintre.

La première fois, ce fut au début de sa vie. Il était pauvre, etjcjyeusement il dessinait des cartons de vitraux, des panneaux religieux qu'il peignait avec verve pour la décoration d'une église pendant la semaine sainte. Avec cette increvable aisance des artistes du xvT siècle, il trac:;'-.

Holbein. — Étude de costume (dessin^

avec habileté pour décorer des façades de maisons de savantes et élégantes perspectives d'architecture figurée dont il égayait les frises de rondes rabelaisiennes, notamment sur la maison dite : A la Danse qui avait appartenu autrefois à l'orfèvre Schongauer. A la même époque il illustrait en dix jours de sa plume caustique les marges de V Eloge de la Folie qu'Érasme vient de faire imprimer à Bâle chez Froben et enlaçait de fines ciselures sur des pommeaux d'armes ou des gaines de poignards. Un maître d'école lui confia la fortune de son établissement en lui demandant une enseigne pour attirer la clientèle. En 151 5, un certain Hans Ber, sorti avec les troupes de Bâle comme porte-étendard et qui devait être tué à Marignan, lui avait commandé une tablette de bois peint représentant des jeux populaires.

La seconde fois qu'il dut se livrer à ces besognes, ce fut dans sa maturité, à l'époque où la Réforme envahit les hautes classes. Vers 1520, la crise religieuse est aiguë. « Un parti se forme, dit Érasme dans une de ses lettres, hostile à toute représentation peinte. » On ne veut même plus de portraits ; la fureur iconoclaste s'attache aux œuvres à venir comme aux œuvres passées, et ce sera une des crises les plus dures de la vie artistique d'Holbein. car elle le privera, non seulement de commandes, mais déjuges, d'encouragements. C'est pendant cette période qu'Holbein dessinera ces charmants croquis de toilettes féminines, célèbres entre tous les dessins du musée de Bâle. Longues robes souples ornées de velours, petits corselets au-dessus desquels bouffe la guimpe de fine batiste, manches à soufflets, grands chapeaux à plumes, jupes si longues en avant que les femmes doivent se cambrer la taille en arrière afin qu'elles ne traînent pas, ce qui leur donne cette silhouette étrange, voulue par la mode d'alors : tous ces charmants détails sont harmonieux, dessinés par un homme épris delà grâce féminine.

Il nous semble qu'Holbein se définit lui-même tout entier dans une de ses premières œuvres, faite, dit-on, pour un chanoine d'Augsbourg qui lui avait donné l'hospitalité quand il vint d'Alsace se fixer à Bâle: la charmante petite Vierge à V Enfanl . Le sujet seul ne lui suffit pas, il l'encadre ; il sent le besoin de faire de chacune de ses études un ensemble complet. Ici, ce n'est pas encore une architecture somptueuse comme il en composera plus tard, mais c'est un cadre charmant, enguirlandé de marmousets ailés qui offrent des présents à l'Enfant-Dieu, lui font de la music|ue, ou tout simplement lui font hommage de leurs jeux innocents; et cette grâce pieuse symbolise la sérénité du groupe divin. Dorénavant, dans chacune de ses compositions, Holbein cherchera à nous toucher par

LE MUSÉE. — HOLBEIX. - BCHCKLIX ^i

l'ampleur calculée du milieu où il placera ses personnages. La .Madone de Darmstadt, sa série de dessins de la Passion, son groupe de La Vierge Sainte-Anne, sa Sainte-Catherine, sa noble Sainte-Barbara, enfin ses prodigieuses Douleurs de l'Ecce Homo et de la Mater Dolorosa, ajoutent à la majesté de leur attitude, à leur grâce, ou à l'immensité de leur abandon,

Cliché llollinirer.

Holbein.

Sa femme et ses enfants.

l'immensité, la grâce ou la majesté, des perspectives savantes, des proportions mesurées d'un art qui cherche son idéal par des expressions extrahumaines. La Madone de Darmstadt entre autres, une de ses plus importantes compositions religieuses, est encadrée d'une somptueuse architecture dessinée avec une vigueur et une aisance merveilleuses. Les artistes de la Renaissance nous ont habitués à cette surprenante connaissance de tous les arts ; mais la critique me semble avoir trop négligé cette face prodigieuse du talent d'HoUjein. La célèbre .Madone de Darmstadt lui fut commander ' u

pleine crise religieuse, en manière d'acte de foi, par ce Jacob Meyer, surnommé « Le Lièvre », à cause du signe c[ue portait sa maison, et qui fut le premier plébéien appelé à la tète du gouvernement de Bâle, cette dignité de bourgmestre ayant été jusqu'alors réservée aux seigneurs. En faisant ainsi à Holbein la commande d'un tableau représentant la Vierge, dévotement honorée par sa feihme, ses enfants, lui-même, et jusqu'à la première femme qu'il avait perdue, il protestait contre la Réforme à laquelle adhéraient alors en masse les bourgeois de Bâle.

C'est à ce même moment, que, silencieuse, une femme passe dans la vie du peintre, et qu'il fait d'elle ces deux resplendissants portraits du musée de Bàle. Quelle recherche de couleurs pour cette belle blonde dont le maître s'attendrit à dessiner le visage allongé ; il écrit au bas d'un des portraits de cette jeune iille d'une noble maison : Lais Corinthiaca, lui donnant le nom de cette fameuse courtisane qui fut la maîtresse d'Apelle. Se qualifier d'Apelle n'a rien qui doive étonner d'Holbein, habitué, comme les artistes d'alors, aux flatteries d'admirateurs lettrés et férus d'humanisme.

A côté de ces chaudes études, le portrait terne de couleur et intense d'expression de sa femme n'est que plus attachant ; et nous ne savons nous défendre de quelque pitié pour cette femme au visage soucieux, prématurément vieilli, qui serre contre elle ses deux enfants pensifs.

Dans tous ses portraits, Holbein fait preuve d'une acuité surprenante d'observation. La diversité de ses travaux, la fréquentation de gens de toutes sortes et de toutes conditions l'ont forcé d'être attentif aux détails, et expliquent la psAchologie de son pinceau qui fouille et qui juge. Holbein travaille son métier avec conscience et minutie. Il étudie, d'un crayon fin, des animaux d'après nature, lapins, chauves-souris; il fait de ses modèles, avant le tableau, de belles études au crayon, à la craie, à la sanguine. Pour son portrait de Jacob Meyer, où se révèlent, dans le dessin de la figure épaisse aux traits sans noblesse, les fortes qualités d'analyste qui font de lui un portraitiste incomparable, il annote son esquisse : « Les sourcils plus clairs que les cheveux. » Il précise les moindres riens qui font une physionomie, et cette recherche de l'exactitude arrive à transformer jusqu'à sa peinture religieuse en un art d'observation humaine.

De l'époque laborieuse de la vie d'Holbein à Bàle datent ces beaux portraits d'Érasme de Rotterdam et de son ami Amerbach, si simples, si exempts de pédantisme ; cette belle figure du Christ mort, qui est l'étude puissante et poignante d'un juif noyé dans le Rhin ; enfin ces dessins si mordants de la Danse des jMorts, cette série de scènes si en

LE MUSÉE. - HOLHEIX. - BŒCKLIX .,3

honneur en Allemagne, et que le moyen âge chrétien avait imaginée pour tenir dans la crainte des fins dernières les hommes trop attachés aux joies de la vie.

Mais bientôt Bàle ne retiendra plus Holbein, l'art y est mort, et, en dix ans, une seule commande du gouvernement bàlois lui a été faite, une décoration pour une salle du Rathhaus. Il fait d'abord un séjour à

Cliché llottinsor.

H. Holbein. — Boniface Anierbach.

Lucarne, y décore des façades et des intérieurs de maisons ; puis, sur les instances de son ami Krasme qui a de puissants amis à Londres, il s'embarque pour l'Angleterre ; reçu d'abord par la nombreuse colonie des riches marchands allemands qui y sont établis, il connaît bientôt la gloire, et les gens de la cour lui font fête. Holbein compose ses innombrables portraits dispersés dans tous les musées d'Europe. 11 s'arracha à ses succès, revient à Bàle couvert d'or et de gloire, et c'est de ce court séjour que date le portrait de sa femme délaissée. En vain ses compatriotes tentent-ils de le retenir; comprenantpar la renommée européenne qui célèbre Holbein qu'ils ont laissé échapper leur grand homme, ils lui offrent des pensions pour qu'il reste parmi eux et soit la gloire de la

cité. Mais il repart de nouveau en Angleterre, et pour ne plus revenir. Il fera ces admirables portraits de Thomas .'More, de l'archevêque de Cantorbér}^ d'Henr}^ VIII. de Jane Seymour, d'Anne de Clèves, de John Chambers, médecin du Roi, et il mourra, en 1543, enlevé croiton par la peste qui sévissait à Londres, en pleine gloire et en pleine vigueur.

Trois siècles plus tard, en i<S2 7, naissait dans cette ville de Bâle Tétrange, le sauvage, le prodigieux Bœcklin. Xi l'atmosphère de la cité, ni le site, ni le milieu dans lequel il naquit n'expliquent cet homme qui étonna sa génération : Ses biographes nous rapportent c[u*il n'aimait pas les Français, et qu'il ne s'entendit pas toujours a\'ec les Allemands, qui le réclament pour un des leurs. Anti-français, peu allemand, il n'est pas davantage italien, 1:)ien c^u'il vécût beaucoup en Italie et qu'il y eût passé les plus paisibles années de sa douloureuse et laborieuse carrière ; aujourd'hui pourtant « sa haute stature de grand Pan débonnaire se dissout sous les racines des lauriers du cimetière « degli Allori » à l'ombre des bosquets de Fiesole ». iM. William Ritter, à qui nous empruntons ces dernières lignes, et qui le connut à la fin de sa vie, se demande, en considérant son œuvre complexe et luxuriante, inégale et insolite, en interrogeant son art sauvage et poétique, capricieux et fort, s'il le doit à Virgile ou à Homère, à l'Arioste ou au Tasse.

Non : c'est un autochtone de l'art. Son génie s'est développé au prix de son isolement et de ses souffrances. N'ayant presque pas eu de maîtres, n'ayant que très rarement étudié les vieux maîtres pour lesquels il n'eut jamais ni fétichisme ni compréhension, il glana dans l'épreuve une indépendance artistique qu'il n'abdiqua jamais, et qui lui fit beaucoup d'ennemis sans lui attirer beaucoup d'admirateurs ; doué d'une imagination germanique, d'une mémoire prodigieuse, il s'enferma dans son rêve, et plus heureux que d'autres, plus fortuné, il sut le réaliser.

JM. AVilliam Ritter a fait de lui le suggestif portrait que voici : « Il communiait avec l'infini dans le temps et dans l'espace avec une sorte d'ivresse un peu sauvage ; Thrace ou Druidique, ce fut un être rudimentaire et visionnaire, de plus de santé, de force et de génie, avec moins de raffinement que n'en comporte la vie très cadastrée d'aujourd'hui ; un revenant des premiers âges amoureux et sincères; bref, je ne sais quel témoin attardé de la création antédiluvienne et de l'enfance de la vie animale humaine. »

Ce que Bœcklin était, il nous l'a dit dans deux admirables portraits

LE MUSÉE. — HOLBEIX. — BCECKLIX .^5

qu'il a faits de lui-même. L'un est daté de 1872, l'autre de 1885. Dan.-, Ij premier, que possède la galerie nationale de Berlin, il est dans la force de l'âge; il travaille, il est pauvre, le succès est encore loin; la vie passe : il lutte, il souffre; les Danses des Morts qui hantèrent ses

Bœcliiin. — Son portrait par lui-même.

(,.\vec permission de la Photugraphische Union ;i Munich.)

ancêtres et qui frappèrent son imtigination de gamin bàlois passent et repassent devant ses yeux. Peut-être, en traçant dans cette toile l'image de la Mort qu'interroge anxieusement sa face de travailleur fatigué, se souvenait-il du portrait du trésorier BrA'an Tuke, de la Pinacothèque de Munich où le vieil Holbein plaçant derrière lui un crâne desséché rappelle à l'orgueilleux ministre l'inanité des bonheurs humains... L'œuvre du maitre moderne est fille de la même inspiration ([ue l'œuvre

du vieux maître. Bœcklin fait le portrait de ses pensées; son pinceau fatigué s'arrête, et, distrait, il écoute la mélancolique musique du temps que la mort chante à son oreille. Bœcklin l'entendra toute sa vie, cette musique, jusqu'à ce que le dernier son de l'archet du funèbre joueur s'éteigne derrière son épaule terrassée.

Dans le second portrait qu'il fit de lui-même, à cinquante-sept ans, un verre à la main, il vit avec insouciance et simplicité la vie rustique et bon enfant de sa patrie retrouvée. Ce sont les années heureuses et tranquilles

cliché Weber

Bœcklin.

Le bois sacré.

de Zïirich. au milieu de ses compatriotes qui l'admirent et dont il partage les modestes réjouissances. Ce n'est plus l'esprit tourmenté et chagrin du peintre qui s'enfermait dans l'isolement olympique de Florence, mais une âme qui se détend et un cœur qui s'ouvre au milieu de vieux amis : Koller, le sculpteur Kyssling, l'architecte Bluntschli, Albert Miiller, Gustave GuU et le journaliste Fleiner qui nous a laissé de précieux souvenirs sur le maître.

C'est à cette époque qu'il se lia d'amitié avec le poète Gottfried Keller. grand buveur lui aussi, et dont il fit la connaissance en allant le chercher un jour dans son cabaret habituel de « La Mésange ». Le poète et le peintre se comprirent. Ils restaient assis pendant des heures

LE MUSEE. — HOLBEIX

BCECKLIN

l'on

entières, fumant et buvant Tun en face de lautre. et souvent vit Bœcklin ramener son ami plus âgé et qui marchait avec peine.

Que fut Bœcklin à la fin de sa vie ? son dernier portrait nous le dit encore ; il est au musée de Bàle et daté de 1893. C'est un Bœcklin triomphant, un lutteur calme, mais fort dtsa victoire. J"aimerais voir sous ce portrait quelques lignes de la belle étude qu'un admirateur lui consacrait quelques jours après sa mort. « C'était un grand et fruste vieillard simple.

une sorte de faune rieur, expansif jadis, et souffrant de ne pouvoir l'être plus, narquois malgré tout ; une sorte de centaure mis à pied par le mauvais sort de quelque aventure merveilleuse :

demeuré dès lors beaucoup plus près de la nature que nous n'avons coutume même de le comprendre, et comme implanté en elle jusqu'au buste, recevant de la terre directement une sève analogue à celle des bois sacrés ».

Son œuvre est le reflet de sa vie. Et les conservateurs du musée de Bàle ont eu le rare bonheur et l'inappréciable mérite d'avoir su réunir un ensemble de toiles qui résument l'œuvre bœcklinienne. Bœcklin a eu beaucoupde dépit de n'être pas compris en France; c'est peut-être moins notre faute que la sienne. Son talent violent ne s'accommodait pas de la régularité périodique des salons parisiens; et si de temps en temps il expédiait de Weimar, de ^lunich ou de Florence

Bœcklin. — Mugiia muler. La Nature créatrice. (Fresque de l'escalier du musée.)

[Avec permission de la Pliotograpliisihe Lnion à Municli.)

quelqu'une de ses œuvres, le plus souvent il Ijoudait la critique, et nous ne sûmes pas nous com])rendre, faute de nous connaître. Ici. dans une salle longue et étroite, bien éclairée, il se révèle à nous en entier. Il nous montre ses premiers essais, les pa}-sages mythologiques de 1850, imprégnés d'une certaine naïveté romantique, puis il nous initie aux épisodes les plus intimes de sa vie, et Tidylle de ses premières amours où il se représente se promenant tendrement enlacé avec sa fiancée sous de superbes ombrages, fait sourire notre esprit . mocjueur. Pourtant, si

Bœcklin. — Le combat des Centaures.

(Avec permission de la Phutograpliische Union a Munich.)

nous sommes épris de logique, nous trouverons que, mêlée à Tensemble, cette œuvre est intéressante, car nous y percevons une de ces naïvetés déconcertantes que Ton trouve dans ses œuvres les plus fortes, les plus violentes, et qui provoquèrent chez nous ce sourire, démolisseur des impressions les plus grandes et des émotions les plus légitimes.

Mais le cadre romanesque de ces premières œuvres ne pouvait convenir longtemps à ce tempérament idéaliste, de tradition germanique; et pendant que certains de ses contemporains et amis, comme Marées et Fuerbach suivaient la tradition italienne, et que d'autres comme Menzel prenaient la tète du mouvement réaliste, Bœcklin se lança dans le monde des rêves, et préféra vivre de la liberté des dieux, et vivre là où le ciel est toujours bleu dans un éternel ensoleillement. Le Bois Sacré, VLta somniuni brève, le Combat de Centaures et les Jeux des vagues^

LE MUSÉE. — HOLBKIX.

représentent la marche ascendante du génie de Bœcklin. Doué dune mémoire visuelle extraordinaire, il place les créations de son rêve dans

Bœcklin. — Vita Somuiiim Brève.

(Avec permission de la Photographischc Union à Munich.)

des cadres de nature italienne dont la vision le hante. Le cliarme des montagnes escarpées et nues dont les formes saisissent le regard, la fascination particulière des arbres qui imposent leur coloris aux paysages, enfin par-dessus tout la magie de la mer avec toutes les richesses de son

calme ou de sa colère, telles sont les scènes d'éternelle beauté dont il s'était imprégné aux rivages de IWdriatique, et qu'il choisira pour donner la vie aux vieux symboles des forces de la nature.

Regardons autour de nous, dans cette débauche de couleurs hardies et harmonieuses. Ici, sur un sommet dénudé, des Centaures se livrent un

Bœcklin. — Les Jeux des Vagues.

Avec pormission de la Photographische Union à Munich).

combat sauvage, des nuages gigantesques se mêlent à l'horreur de la scène ; c'est bien au déchainement des éléments que nous assistons, à l'orage terrifiant. En face, voici sous une admirable futaie qui nous dérobe les frontons d'un temple, une procession de figures drapées de blanc venant tour à tour se prosterner devant un autel où brille la flamme sacrée de la tradition que les générations se passent de mains en mains, en la suite ininterrompue des îiges ; et tout auprès, une toile qui compte parmi les sommets de la chaîne bœcklinienne : Vita soniniuni brève. Les quatre âges de la vie se présentent à nos yeux d'une

LE MUSKK. - HOLBEIX. — B(KCKLIN

façon saisissante et gracieuse ; au premier plan, deux enfants nus s'amusent à faire flotter des marguerites sur un ruisseau, jolie scène enfantine pour laquelle son petit-fils, le fils du sculpteur Bruchmann, avait servi de modèle ; au-dessus d'eux, en un contraste émouvant, la

Bœcklin. — La Peste.

(Avec permission de la Photographische L'nion à Munich).

3Iort lève son bâton sur un vieillard déjà brisé ])ar la vie ; à droite, une jeune femme serre dans ses mains des fleurs épanouies, à gauche un guerrier armé fait le guet...

Plus loin, ce sont les Jeux des vagues, cette étourdissancc v^oiiipo.-5ition où de magnifiques eaux s'élancent des tritofis et des néréides sautant el gambadant dans des vagues écumantes qui se brisent sur un roc .sombre dont les reflets merveilleux jouen t avec les nacres luisantes des dieux marins.

Mais à Bœcklin les éléments en furie ne suffisent pas pour peindre l'horreur qui répand son effroi sur le monde, et voici qu'il a imaginé la peste qui passe, bête immonde que chevauche la mort, et qui passe, fauchant les vies humaines, sans respect pour l'enfance, pour la jeunesse, pour l'amour. A côté de ces terrifiantes visions, nous trouvons des forêts oii glissent les sat3^res épiant les nymphes endormies, avec l'étonnement et le désir sur leurs faces étranges, ou bien Pan qui chante: son chant est

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