LA VILLE AUX OURS. - LKS TROIS KXCEIXTKS
-Cependant, vers 1350, après Laupen, une troisième enceinte devint
nécessaire ; elle s'avança, jusqu'à l'église du Saint-Esprit, repoussant
ainsi les fortifications jusqu'à ces espaces verdoyants qu'on appelle
encore aujourd'hui les grands et les petits Remparts.
Toutes ces enceintes étaient jalonnées de tours, de portes, qui enchâssaient et prenaient sous leur protection des rues parallèles assez larges, remplies d'élégantes fontaines, et bordées d'arcades charmantes qui confèrent à Berne un caractère particulier.
Le Pont de hi Xvdeck.
Cli.li.- .S,i.ln(;.
Si aujourd'hui les enceintes ont disparu, la ville est encore ce qu'elle était au xviir siècle. La vue prise en 1757 par Jendrich de l'Oranienburg et gravée par le Zurichois David Ilerrliberger, paraît être dessinée d'hier. La tour du Goliath a disparu, ainsi ([ue la longue muraille coupée d'échauguettes qui entourait la tour de la Tuerie. La seule tour qui existe encore aujourd'hui au bord de l'Aar, est celle qui est située près du pont du chemin de fer, et que la fantaisie populaire avait baptisée au xviii" siècle, en en faisant le théâtre imaginaire d'événements terrifiants, de Tour du Sang, des sorcières ou du jugement secret. Ce versant était couvert autrefois de jardins, de vergers et de buissons, au milieu desquels serpentent aujourd'hui des chemins bordés d'arbres.
Telle Berne était il y a un siècle et demi, telle elle est restée ; mais elle n'est point une vieille personne morose ; au contraire, jeune et souriante dans ses vieux habits, elle est indulgente à la jeunesse et ne décourage point ses audaces ; aussi, sous la tutelle de la vieille ville, intacte dans son enceinte respectée, une ville nouvelle s'est ajoutée, toute différente mais point hostile.
A Berne comme ailleurs, l'établissement des voies ferrées devait entraver le développement logique que la cité avait pris en s'étendant de Test à l'ouest ; cependant, par je ne sais quelle fortune, les ingénieurs respectèrent la paix de la ville, et les chemins de fer s'arrêtèrent discrètement à la première enceinte rencontrée ; à droite et à gauche de la ligne de la Suisse occidentale, des faubourgs remplacèrent les espaces vides : le Mattenhof, la Villette, et sur la hauteur, le quartier plus élégant de la Lcinggasse, qui devait devenir le quartier universitaire.
Prisonniers dans leur presqu'île, les Bernois résolurent de s'évader et réalisèrent l'audacieux projet de relier le centre de la ville aux plateaux du Spitalacker et du Kirchenfeld par deux ponts gigantesques qui traversent les garges de l'Aar.
Déjà en 1845, le pont de pierre de la Nydeck avait réuni les deux rives de l'Aar, mais à un endroit où les deux pentes, trop rapides, ne se prêtaient pas au développement d'une ville moderne. Les ponts du Kirchenfeld et du Grenier ont résolu le problème ; le premier fut terminé en 1884, le second tout récemment; et aujourd'hui deux élégantes villes modernes enchâssent au nord et au sud, et sans lui nuire, la vieille cité qui demeure un joyau d'art national.
Cliché Wehrli.
La Rue de THôpital.