‹ Bâle, Berne et GenèveChapitre 26 sur 45 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LES MUSEES

En dehors du musée d'histoire naturelle qui est très remarquable, au dire des hommes compétents, mais qui n'est pas du ressort de cette étude, Berne possède un musée historique, un musée des Beaux-Arts, et les peintures de l'église des Dominicains.

Le musée historique est moins complet que le musée national de Zurich, mais il contient beaucoup de choses intéressantes et quelques œuvres d'art. Seulement, l'erreur des visiteurs de ce musée consiste à se croire obligés de le voir d'un bout à l'autre, en commençant par les collections gallo-romaines et en finissant par les armures. Il faut y aller, ainsi qu'on va à Anvers au musée Plantin, ou à Arles au musée Arlaten : comme à une leçon de choses, à une exposition de documents; on passe à côté de beaucoup de choses pour regarder longuement l'objet qui apparaît plus chargé de sens, plus suggestif. Questionnez ces témoins d'une vie disparue : les plus humbles sont souvent les plus bavards. Dans leur cadre reconstitué, ils vous diront le détail de la vie de ceux qui les employèrent,

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leurs goûts et leurs gestes, leur méthode de vie. Dans ses Pclcrinages romanesques, ^l. Henry Bordeaux a médité sur les vieux poêles du musée de Berne, autour desquels les familles patriarcales du xvill' siècle se groupaient si étroitement que le vernis de leur faïence reflète encore les physionomies d'autrefois; et leurs flancs portent de sages maximes qu'on faisait épeler aux enfants. Le romancier s'approcha de l'un de ces

Cliché SailafT.

Chambre d'Abraham Gabérel à (jeéresse, 1660 (Musée de Berne'.

vieux poêles, et, comme un pieux pèlerin, il étendit ses mains sur ses parois et crut y sentir une douce chaleur, comme celle qui s'échappe de nos vieux « livres de raison ». Visité ainsi, le musée du Kirchenfeld renferme des richesses intimes, et celui qui vient y chercher de l'art ne sera pas déçu. Une collection particulièrement intéressante est celle des briques gravées ou plus exactement frappées, de Saint-Urban. .'^1. J. Zcmp qui a étudié l'origine de ces précieux matériaux, supposa qu'au xii" et au XII 1" siècle, la terre cuite joua un rôle décoratif important dans les constructions. L'importance des pièces retrouvées telles que : chapiteaux, claveaux, briques de toutes dimensions, incrustées et décorées d'armoiries

et d'ornements réguliers imprimés dans la terre avant la cuisson, le prouve en effet.

Le centre de cette labrication était Tabbaye de Saint-Urban de l'Ordre de Citeaux, ainsi qu'en fait foi un mémoire de l'abbé -Sébastien Leemann,

eu. 'lie Sîidag.

Poêle de Effretikon (1683) (Musée de Berne).

le reconstructeur du monastère après l'incendie de 1513, qui déclare que le couvent détruit était entièrement construit en briques, cuites dans des fours que l'on pouvait voir dans les forêts environnantes ; ces briques étaient donc un produit indigène qui ne sortit guère de la vallée de l'Aar et dont l'origine cistercienne en explique l'analogie ornementale avec la sculpture bourguignonne du XiT siècle.

L'orfèvrerie religieuse nous retient aussi longuement en face de ses

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vitrines ; châsses, reliquaires, calices et ciboires et devant une pièce inestimable, sorte de retable, appelé autel portatit de Charles le Téméraire Au centre de deux volets carrés, deux camées entourés de délicieuses

miniatures, représentent l'un la Cn/ci/ix/oii, l'autre un Christ bciiissant. Ce diptyque aurait été fait pour André III de Hongrie; x\gnès, sa veuve, l'aurait légué au couvent de Kœnigsfelden, ce qui infirmerait la légende qui en attribue l'origine à la chapelle du vaincu de 3Iorat. Au milieu de tant de trésors, les admirables tapisseries brabançonnes de Jiih'S César et de la Justice de Trajaii attirent à elles tous les yeux qui

gardent au sortir du musée historique une l:)elle vision d'art et d'histoire. Berne eut, au xv" siècle, des artistes peintres et verriers, des miniaturistes comme Diebold Shilling ([ui illustra les exploits guerriers de ses compatriotes. L'ancienne église des Dominicains conserve une série de fresques curieuses; elles remontent à la fin du xv" siècle, et l'artiste dont le <; signe " est un œillet rouge et un œillet blanc croisés paraît avoir été un disciple de Schœngauer.

Danse des Morts d'Eugène Miinuel. d'après la copie de Kanvo (Musée historique de Berne).

Mais le plus fameux des artistes bernois fut ce Nicolas-Manuel Deutsch, dont le musée de Bâle possède une collection de dessins rehaussés de sanguine entre autres le portrait de sa femme, les yeux baissés, coiffée d'une façon si charmante. Nicolas Manuel vécut de 1484 à 1530; il fut un des promoteurs de la Réforme à Berne et l'un des hommes les plus extraordinaires de son temps. Le musée des Beaux- Arts de Berne possède de lui « saint Luc peignant la Vierge » et <' la Mort embrassant une jeune fille > . une de ses œuvres, où il semble que Manuel, hanté des dangers que courent ses concitoyens, ait cherché à leur donner de fortes leçons morales. Il a montré son esprit eigressif et

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satirique dans le cortège grotesque de sa Noce de paysans et dans sa Danse des Morts. « Tandis que dans la Danse des Morts d'Holbein, dit 31, H. Vulliet}^ la mort entraîne à la danse des personnages de toutes conditions, à Berne, c'est elle seule qui danse, mais elle emploie les ruses les plus diverses pour s'emparer de ses victimes. KUe caresse le menton de l'aljbé, tandis qu'elle étrangle le docteur en théologie ; elle

Armure de Cavalier complète ayant appartenu à la famille de Luternau, et faite par L. Colman d'Augsbourg (Musée de Berne).

tue traîtreusement par derrière le chevalier et emljrasse la jeune iille ; au peintre elle dérobe son appuie-main ».

De même que 31anuel,le peintre bernois Jakob Kallenberg appartient entièrement à la Renaissance, ainsi que le peintre verrier llans Scerr, qui représente l'école de Nuremberg.

L'école moderne suisse a des toiles de ses meilleurs chefs au musée des Beaux-Arts : c'est une galerie vraiment nationale ; à côté des peintres bernois du xviii* siècle qui ?ont peu connus, elle donne une place importante à la Suisse romande, aussi est-elle riche en toiles de Anker, le

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peintre du paysan bernois. Il semble que depuis Bœcklin, Tart de ce pa3's se soit réveillé. Les grands oiseaux de mer du maître bâlois frôlent de leurs ailes les impressionnantes compositions de Ferdinand Ilodler et Ernest Bieler puis, d'un large vol, planent au-dessus des sommets de Charles Giron : Schwingfest in dcn Hochalpen.

ClirllL- S.i.l.i-.

i-es Fribourgeois aidant les Bernois à reconstruire leurs murailles, d'après Diebold Schilling (Bibliothèque de la Ville de Berne).

Les Mouettes en Automne.

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