‹ Bâle, Berne et GenèveChapitre 33 sur 45 · LA COUR SAIXT-PIERRE · texte numérisé non relu

LA COUR SAIXT-PIERRE

LA CATHEDRALE

mort près de Vincennes. Sa mère, poursuivant jusque dans la tombe le désir de légitimer la naissance de son enfant sollicita du conseil des syndics que son corps vînt rejoindre celui du duc dans son lieu de repos. Les Rohan-Chabot s'y opposèrent, avec l'appui du roi qui finit cependant par céder, en demandant que dans l'épitaphe de Tancrède il ne fût pas fait

Clichi: Jullit'U.)

Chapelle et Mausolée de Rohan.

mention des faits qui occasionnèrent sa mort. Louis XIV revint plus tard sur cette décision, au moment de la mort de la duchesse de Rohan qui allait être inhumée dans le caveau de Saint-Pierre, eu exigeant du conseil des syndics que l'épitaphe placée près du tombeau du « nommé Tancrède )» fût abattue, et le roi ajoutait qu'il l'exigeait « comme un témoignage de l'affection et du respect que les magistrats de Genève lui portaient ». Le conseil ne pouvait que s'incliner devant la demande d'un tel solliciteur, et les cendres de Tancrède devinrent anonvmes.

ii6 GEXEVE

Le tombeau des Rohan, avant sa destruction par le vandalisme jacobin devait passer encore par d'autres vicissitudes. En 165g, la susceptibilité calviniste, ayant oui-dire que des gens simples venaient s'agenouiller devant la statue de l'illustre huguenot, le prenant pour quelque saint, fit dissimuler le mausolée par une cloison en planches, afin de faire cesser « l'idolâtrie », Enfin, de 1660 à 1695, la construction de vastes tribunes qui venaient remédier à l'exiguïté de la nef et qui s'étendaient dans les bas côtés jusqu'au fond des chapelles achevèrent de dissimuler complètement le tombeau.

La fureur iconoclaste de la Révolution lui porta le dernier coup ; mais par un heureux hasard, les morts furent respectés dans une certaine mesure. Dépouillés de leurs cercueils de plomb qui furent volés, les ossements furent rejetés pêle-mêle dans le caveau, et on les recouvrit de leur pierre tombale, pierre qui portait d'un côté l'épitaphe de Rohan et de l'autre l'effigie de l'évêque de Marcossey, retournée pendant la Réforme : l'évêque et le huguenot partageaient la même sépulture, et leurs ossements étaient tour à tour outragés. Les morts vont vite et l'histoire ne sera jamais qu'un recommencement.

Or, après tous ces bouleversements, le tombeau que nous voyons aujourd'hui, surmonté de la belle statue du duc Henri de Rohan par Iguel, est bien le même que celui de 1645. Le mépris révolutionnaire, en jetant hors du temple les débris du mausolée les sauva par son indifférence : en 1820, leur état de conservation permit au professeur Pictet, président de la Société des Arts, de proposer une restauration qui fut entreprise par souscription publique ; et en i8go, au cours de la grande restauration de Saint-Pierre commencée cinq ans avant sous la direction de l'architecte Viollier, on inaugura l'œuvre remarquable du sculpteur Iguel dont la remise fut faite solennellement à la Ville par le Consistoire.

Cliché Boissonn.is.

Le CoUèoje Saint-Antoine.

Page 1