‹ Bâle, Berne et GenèveChapitre 4 sur 45 · LE PASSÉ ET LE PRÉSENT · texte numérisé non relu

LE PASSÉ ET LE PRÉSENT

Je me suis toujours imaginé Bàle, roulée en boule au tournant du Rhin comme un colimaçon accroché à un nœud de sarment. Et que cette ville repliée sur elle-même fût morne, je n'en doutais guère. N'avais-je pas lu d'ailleurs ces lignes d'Emile Souvestre : « A Bàle, au bruit d'une voiture on tire les volets, on ferme les portes et les femmes se cachent. Tout est mort, désert ; on dirait une ville à louer » ? Et je disais après tant d'autres « Bàle la triste » comme n Bruoes la morte », avec cette soumission aveugle que nous accordons aux guides, ces démolisseurs de nos impressions sincères.

Or, Bâle est grave, mais elle n'est point triste. Cette ville de physio-

nomie allemande, la moins pittoresque peut-être des villes suisses, mais Tune des plus curieuses, des plus attachantes et des plus précieuses pour Tart, est riche et animée.

vSi elle s'attache, tenace, au coude du Rhin puissant, c'est d"al)ord pour se nourrir de sa force. Elle se plonge dans ses eaux comme un brahme ; et depuis des siècles, suivant l'expression de Boileau, les assises solides de ses terrasses « essuient la crinière fauve et la l)arbe limoneues

La place et l'église des Cordeliers. (Musée historique

du fleuve ». Et c'est aussi que Bàle, enclavée entre l'Alsace et le duché de Bade, se dresse tranquille et pacifique, comme une borne avancée, nécessaire, en face de sa redoutable voisine la Gciiimuia qui allonge autour d'elle l'étreinte de ses doigts.

Bàle est grave; et cette gravité douce et austère lui vient peut-être de ses origines religieuses, comme aussi de l'esprit tenace et indépendant de ses cito^yens.

Pendant plusieurs siècles, Bcàle ne fut qu'un point stratégique, un château fort nommé Basilia construit en 358 par Valentinien I''. Sa vie de cité ne date que du v° siècle ; à cette époque, l'évêque du diocèse

vint fixer sa résidence dans la forteresse, autour de laquelle se groupèrent un nombre considéral)le de maisons qui formèrent le noyau de la cité actuelle.

Au commencement du XT siècle, étant encore ville bourguignonne, elle est placée sous la dépendance spirituelle et temporelle de ses évoques que Charlemagne crée principes auhv iiostrœ. Pendant tout le mo3-en âge, I3 Bitrg se forme, hérissé de flèches et de croix : les Cordeliers, les Frères prêcheurs, les Chartreux et divers ordres de femmes s'y établissent. Cependant sa bourgeoisie devient riche et puissante, et cherche à secouer l'autorité des évêques, des hobereaux du voisinao-e, et de la maison de Habsbourg, Ces luttes incessantes se terminent par la victoire de Sempach, en 1386, qui émancipe cette bourgeoisie et fait s'épanouir une vaste organisation de corps de métiers. La révolte permanente contre toute autorité était le ferment qui préparait pour la Réforme un terrain propice, et Bàle, admise dans la Confédération suisse en 1501, accueillit avec ardeur la Réforme en 1529.

Les évêques relégués à Porrentruy, la noblesse écartée, et les portes de Bàle, jadis fermées, désormais grandes ouvertes, la bourgeoisie luthérienne devint omnipotente. A son tour oppressive, elle abusa de sa force contre les petits, et après une période de grande prospérité (c'est l'époque d'Holbein et d'Erasme) elle déclina, jusqu'à la Révolution française qui amoindrit encore cette bourgeoisie patricienne.

Le grand événement du XV- siècle pour cette cité fut le fameux concile de Bàle, dont les discussions orageuses, l'esprit de révolte contre la Papauté, reflètent cette époque, profondément troublée par les idées de réforme que le schisme d'Occident avait jetées dans le monde.

L'assemblée des Pères de Bàle eut cependant sa période glorieuse, et son attitude irréprochable et ferme lorsqu'elle fit comparaître devant elle les Ilussites, contribua à l'extinction définitive des troubles occasionnés par cette secte terrible. Mais l'orgueilleuse assemblée qui, soumise à la Papauté aurait pu se couvrir de gloire en proclamant la réunion des Églises grecque et latine, s'attira par ses prétentieuses exigences une bulle de dissolution d'Eugène IV, le 7 mai 1437.

Les légats du Pape se retirèrent, ainsi que la plupart des évêques ; mais quelques factieux ayant à leur tète le cardinal Louis d'AUeman, archevêque d'Arles, continuèrent à délibérer et eurent l'audace de consommer une série d'énormités par l'élection d'un anti-pape, Amédée "VIII, duc de Savoie, arraché à sa paisible retraite de Ripailles, au bord du Léman; élection qui prolongea jusqu'en 1443, grâce à la

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neutralité coupable d'Alberl II d'Autriche et de Charles VII envers la nouvelle obédience, cette lamentable période d'anarchie dans laquelle se débattit l'Eg-lise pendant douze ans.

L'évocation de ces souvenirs m'attire vers la cathédrale, car elle

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