SIR PATRICK SPENS
« Ah! où trouverai-je un bon marin — qui prenne en main le gouvernail, — pendant que je monterai au haut du perroquet — pour voir si je n'apercevrai pas la terre ? »
« Oh! me voici, je suis bon marin, — - je prendrai en main le gouvernail, — pendant que vous monterez en haut du perroquet, — mais j'ai bien peur que vous n'aperceviez pas la terre. »
Il n'avait pas fait un pas, un pas, — mais un pas seulement, — qu'une cheville céda dans le flanc du bon navire — et que la mer salée s'y engouffra.
« Allez chercher une pièce de soie — et une autre de toile — et entourez-en la coque de notre bon navire — pour que la mer n'entre pas. »
Ils allèrent chercher une pièce de soie — et une autre de toile ; — ils en entourèrent la coque du bon navire, — mais la mer entra toujours.
« Nous le maintiendrons bien, nous le manœuvrerons bien, — et nous le ramènerons sain et sauf. » — Mais avant qu'il eût achevé ces mots, — le beau navire avait sombré.
Ah ! tristes, tristes étaient nos bons seigneurs écossais — de mouiller leurs talons de liège, — mais longtemps avant que le jeu fût fini, — ils avaient mouillé leurs chapeaux.
Et maint lit de plume — flotta sur les vagues, — et il y eut maint fils de bon lord — qui ne revint jamais à la maison.
Les dames tordirent leurs mains blanches
30 nALLADK? AXGLAÎSES
— les jeunes filles arrachèrent leurs cheveux
— de désespoir pour leurs amoureux — qu'el-^ les ne devaient plus revoir.
Ah! longtemps, longtemps, les dames peuvent s'asseoir, — avec leur éventail à la main,
— avant d'apercevoir Sir Patrick Spens — cinglant vers le rivage.
Et longtemps, longtemps, les jeunes filles peuvent s'asseoir, — avec leurs peignes d'or dans les cheveux, — attendant leurs chers fiancés — qu'elles ne reverront jamais.
A quarante milles d'Aberdeen (i) — la mer a cinquante toises de fond ; — c'est là que gît le bon Sir Patrick Spens — avec les seigneurs écossais à ses côtés.
(i) D'autres versions disent Aherdour. petit port à six milles de Dunfermline.