‹ Ballades anglaises et écossaisesChapitre 14 sur 39 · ADAM BELL ^Q · texte numérisé non relu

ADAM BELL ^Q

A Si demain, frère, je ne reviens pas — vers vous dès prime, — soyez assuré que je suis prisonnier — ou bien que je suis tué. »

Il prit congé de ses deux frères — et partit pour Carlisle. — Là il frappa à sa propre fenêtre — vivement et frappa de nouveau.

< Où êtes-vous, belle Alice, ma femme, — ma femme et mes trois enfants ? — Laisse entrer promptement ton propre mari, — William de Cloudesly. »

« Hélas ! dit alors la belle Alice, — avec un profond soupir, — tu es recherché en cette place — depuis une demi-année et plus. »

y< J'y suis en ce moment, dit Cloudesly, — et je voudrais bien y être entré; — maintenant sers-nous à manger et à boire suffisamment, — et faisons chère lie. »

Elle lui servit à manger et à boire en abondance, — comme une femme mariée, — et elle lui fit fête de ce qu'elle avait, — car elle l'aimait comme sa vie.

Dans ce logis était couchée une vieille femme, — un peu auprès du feu : — William l'avait recueillie par charité — depuis plus de sept années.

Elle se leva et sortit tout doucement — quoiqu'elle ne pût guère se hâter, — car elle n'avait pas posé pied à terre — ■ des sept dernières années.

Elle alla à la demeure du juge— aussi vite qu'elle put aller. — « Cette nuit, dit-elle, est Ycnu à la ville — William de Cloudesly. >

Ce dont le juge fut fort content, — comme

aussi le shérif: — « Tu ne te seras pas donné de peine pour rien, femme ; — tu auras ta récompense avant de t'en retourner. »

Ils lui donnèrent un fort beau jupon, — écarlate, à ce que j'ai ouï dire ; — elle accepta le cadeau et s'en retourna à la maison,

— et se coucha de nouveau.

Ils firent prendre les armes à la joyeuse ville de Carlisle — en toute la hâte possible

— et vinrent assiéger la maison de WilHam — aussi vite qu'ils purent aller.

Là ils cernèrent ce bon yeoman — de tous les côtés à la fois ; — William entendit un grand bruit de gens — qui accouraient en cet endroit.

Alice ouvrit une fenêtre — et regarda tout autour : — elle aperçut le juge et le shérif aussi, — avec un grand attroupement.

« Hélas ! trahison ! s'écria la belle Alice, — quel malheur te menace ! — Va dans ma chambre, mari, dit-elle, — cher William de Cloudesl}^ »

Il prit son épée et son bouclier, — son arc et ses trois enfants — et se retira dans la chambre la plus forte, — là où il se croyait le mieux en sûreté.

La belle Alice le suivit comme une amante fidèle, — avec une hache d'armes à la main :

— « Je tuerai quiconque franchira — cette porte, tant que je pourrai me tenir debout. »

Cloudesly banda son bon arc, — qui était d'un bois solide : — il frappa le juge à la poitrine — et sa flèche se brisa en trois.

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« Malédiction de Dieu sur ton cœur! dit William ; — ta casaque fa rendu service aujourd'hui. — Si elle n'avait été meilleure que la mienne, — la flèche serait ressortie par le dos. »

« Rends-toi, Cloudesly, dit le juge; — jette ton arc et tes flèches. » — « Malédiction de Dieu sur son cœur, dit la belle Alice, — pour les conseils qu'il donne à mon mari ! )»

« Mettez le feu à la maison, dit le shérif, -— puisqu'on ne peut en venir à bout autrement, — et brûlons-y Willliam, dit-il, — sa femme et ses trois enfants. »

Ils mirent le feu à la maison en plusieurs endroits — et les flammes jaillirent bien haut.

— « Hélas ! cria alors la belle Alice, — je vois qu'il nous faut mourir ici. »

William ouvrit une fenêtre de derrière, — qui se trouvait dans sa chambre du haut, — puis avec des couvertures il fit descendre — sa femme et ses trois enfants.

« Voici tous mes trésors, dit William, — ma femme et mes trois enfants ; — pour l'amour du Christ ne leur faites pas de mal, — mais acharnez-vous tous contre moi. »

William tira merveilleusement bien — jusqu'à ce qu'il eût employé toutes ses flèches

— et que le feu le serrât de si près — que la corde de son arc se fut rompue en deux.

Les étincelles jaillissaient et retombaient sur lui, — ce bon William de Cloudesly. — Il se sentit bien malheureux et dit : — « Cette mort, pour moi, serait celle d'un lâche.

« J'aime mieux, dit William, — me précipiter l'épée à la main au milieu de cette cohue,

— qu'être cruellement brûlé — ici, en présence de mes ennemis. >>

Il prit son épée et son bouclier — et se précipita au milieu d'eux , — là où les gens étaient le plus pressés — et il abattit maint assaillant.

Nul ne put soutenir ses coups — tant il courut à eux avec rage ; — alors ils jetèrent sur lui des portes et des fenêtres — et s'emparèrent ainsi de ce bon yeoman.

Alors ils lui lièrent les mains et les pieds

— et renfermèrent dans un obscur cachot. — « Maintenant, Cloudesly, dit le juge, — tu seras promptement pendu. »

« Maintenant je veux te préparer — une belle potence toute neuve, dit le shérif; — et les portes de Carlisle seront fermées — de façon que personne ne puisse entrer.

<: Et Clym de la Clough ne viendra pas à ton secours, — pas plus qu'Adam Bell, — quand ils amèneraient un millier d'hommes avec eux — et tous les diables de Tenfer. »

De grand matin le juge se leva — et il alla d'abord aux portes ; — il donna ordre qu'on les fermât soigneusement, — tout de suite et chacune d'elles.

Puis il s'en vint à la place du marché, — aussi vite qu'il put aller ; — - il y lit dresser une potence toute neuve — auprès du pilori.

Un petit garçon dans la foule demanda : —

Pourquoi dressc-l-on cette potence > —

AD A Ai BKLL -{-^

i)n lui dit : « Pour pendre un bon yeoman, — - William de Cloudesly. »

Ce petit garçon était le porcher de la ville — et il gardait les porcs de la belle Alice ; — il avait souvent vu Cloudesly dans la forêt — et lui avait donné à manger.

Il sortit par une crevasse de la muraille — et courut vivement à la forêt ; — là il rencontra ces braves yeomen — aussitôt et sans chercher.

« Hélas ! dit alors le petit garçon, — vous tardez ici trop longtemps ; — Cloudesly est prisonnier et condamné à mort — et tout prêt à être pendu. »

<: Hélas ! dit alors le bon Adam Bell, — quel triste jour pouf nous ! — 11 aurait mieux fait de rester ici avec nous, — comme nous Ten avions tant prié.

':: II. aurait pu rester dans la forêt verdoyante — sous les ombrages verts, — et nous laisser, nous et lui, en repos, ~ loin de tout trouble et souci ! »

Adam banda un bien bon arc ; — il eut bientôt tué un grand cerf: — « Prends cela, enfant, pour ton dîner — et rapporte-moi ma flèche. »

« Mais partons d'ici, dirent ces braves jeunes gens, — ne nous attardons pas ici plus longtemps : — avec la grâce de Dieu nous le reprendrons, — quand nous devrions le payer bien cher. »

Ces bons ^^eomen partirent donc pourCarlisle — par une gaie matinée de mai. — Telle

est la première partie de Cloudesly; — il en reste une seconde à dire.

SECONDE PARTIE

Et quand ils arrivèrent au joj^eux Carlisle — par une belle matinée, — ils trouvèrent les portes fermées devant eux, — tout autour, de tous les côtés.

« Hélas ! dit alors le bon Adam Bell, — quel malheur que nous soj^ons jamais nés! — Ces portes sont si soigneusement bien fermées ■— que nous ne pouvons pas entrer. »

Clym de la Clougli lui dit alors : — « Avec une ruse nous pénétrerons ; — disons que nous sommes messagers — arrivant tout droit de la part du roi. »

Adam dit : « J'ai une lettre bien écrite ; — maintenant agissons prudemment; — nous dirons que nous avons le sceau du roi; — j'imagine que le portier n'est pas clerc. »

Alors Adam Bell frappa aux portes — de grands et forts coups ; — le portier se demanda étonné qui ce pouvait être — et courut aux portes.

« Qui est là maintenant, dit le portier, — à frapper comme cela ?» — « Nous sommes deux messagers, dit Clym de la Clough — arrivés tout droit de la part du roi. »

« Nous avons une lettre, dit Adam Bell, — que nous devons remettre au juge; — laisseznous entrer remplir notre message, — que nous retournions vers le roi. »

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