‹ Ballades anglaises et écossaisesChapitre 15 sur 39 · ADAM BELL · texte numérisé non relu

ADAM BELL

« Personne n'entre ici, dit le portier, — par Celui qui est mort sur la croix! — jusqu'à ce que soit pendu un ab ominable voleur — nommé William de Cloudesly. »

Alors parla ce bon yeoman Clym de la Clough, — et il jura par le nom de la Vierge Marie: — «Si tu nous tiens longtemps dehors, — c'est toi qui seras pendu comme un voleur.

« Regarde! nous avons le sceau du roi, — eh quoi! lourdaud, es-tu fou > » — Le portier crut la chose — et ne se tint plus sur ses gardes.

« Honneur au sceau de mon seigneur! ditil; — à cause de lui vous entrerez. » — Et aussitôt il ouvrit les portes : — il ne les ouvrit pas pour son bien.

« Maintenant nous sommes entrés, dit Adam Bell, — ce dont nous sommes bien aises; — mais le Christ, qui est descendu aux enfers, — sait comment nous en sortirons. »

« Si nous avions les clefs, dit Clym de la Clough, — nous nous tirerions très bien d'affaire; — nous pourrions parfaitement sortir — quand nous enverrions le temps et la nécessité. »

Ils mandèrent le portier au conseil — et lui tordirent le cou en deux, — et ils le jetèrent dans un obscur cachot, — et ils lui prirent ses clefs.

« C'est moi qui suis le portier maintenant, dit Adam Bell, — vois, frère, nous avons les clefs; — pire portier le joyeux Carlisle — n'a pas eu depuis cent annéçs,

« Et maintenant il faut bander nos arcs — et pénétrer dans la ville — pour délivrer notre cher frère — qui gît dans le souci et la peine. »

Et, sur ce, ils bandèrent leurs arcs, — et regardèrent si leurs cordes étaient rondes :

— à la place du marché du joyeux Carlisle — ils se rendirent aussitôt.

Et comme ils regardaient autour d'eux, — ils virent une potence toute neuve — et le juge avec sa suite d'écuyers. — qui avait condamné William à être pendu.

Quant à Cloudesly, il gisait là, tout apprêté, dans une charrette, — les mains et les pieds solideraent noués, — avec une forte corde autour du cou, — tout apprêté pour être pendu.

Le juge fît approcher un garçon : — il devait avoir les vêtements de Cloudesly — pour sa peine de prendre la mesure de ce yeoman

— et ensuite creuser sa fosse.

« J'ai vu, dit Cloudesly, plus merveilleux que ceci : — entre l'heure présente et prime.

— celui qui me creuse une fosse — pourrait bien y être couché lui-même. »

'- Tu parles avec arrogance, dit le juge. — je veux te pendre de ma propre main. < — Ses deux frères entendirent très- bien tout cela, — si cois qu'ils se tinssent.

Alors Cloudesly jeta les yeux de côté — et vit ses deux frères se tenir — à un coin deja place du marché, — avec leurs bons arcs à la main.

'■■ Je vois une issue, dit (^.loudcsly, — j'es-

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père encore me tirer d'affaire; — si je pouvais avoir mes mains libres, — je n'aurais pas grande crainte. »

Alors le bon Adam Bell parla —sans détours à Clym de la Clough : — « F'rère, vois à bien viser le juge; — tu l'aperçois là-bas.

« Je tirerai sur le shérif, — d'une main sûre, avec une flèche aiguë. » — Dans le joyeux Carlisle meilleur coup — n'avait été vu de sept ans.

Ils lâchèrent leurs flèches tous deux à la fois; — ils ne redoutaient personne. — L'un frappa le juge, l'autre le shérif, — si bien que leur sang coula de tous côtés.

Tous ceux qui étaient auprès s'écartèrent — quand le juge tomba sur le sol — et quand le shérif tomba auprès de lui ; — Tun et l'autre étaient blessés à mort.

Tous les assistants se mirent à fuir, — n'osant pas rester plus longtemps. — Alors ils détachèrent vivement Cloudesly — làoù il était étendu lié avec des cordes.

William se jeta sur un officier de la ville, — il lui prit sa hache des mains ; ~ il frappa de droite et de gauche, — il lui semblait qu'il perdait du temps.

William dit à ses deux frères : — « Il nous faut aujourd'hui vaincre ou mourir ; — si jamais vous êtes dans le besoin , comme moi en ce moment, — je vous rendrai la pareille. »

Ils tirèrent si bien dans la circonstance — avec leurs cordes de soie infaillibles, — qu'ils

inrent les rues dcg-agécs d'un bout à l'autre; — la bataille dura longtemps.

Ils luttèrent ensemble comme des frères dévoués, — comme des hommes hardis et courageux : — ils mirent maint homme par terre, — ils arrêtèrent les battements de plus d'un cœur.

Mais quand toutes leurs flèches furent épuisées, — les gens s'empressèrent à leur poursuite ; — ils tirèrent aussitôt leurs épées — et jetèrent leurs arcs loin d'eux.

Ils allèrent vivement leur chemin, — avec leurs épées et leurs boucliers ronds ; — quand vint le milieu du jour— ils avaient fait mainte blessure.

Mainte trompe sonna le rappel dans Cariisle, —et derrière eux sonnaient les cloches; — mainte femme dit : « Hélas ! » — et mainte se tordit les mains.

Le maire de Carlisle était sorti — et avec lui toute une grande troupe ; — ces trois yeomen le craignaient beaucoup, — ils se sentaient en grand danger pour leur vie.

Le maire armé vint en grande hâte, — avec une hache d'armes à la main; —maint homme vigoureux était avec lui — pour l'assister dans cette lutte.

Le maire porta à Cloudesly un coup de hache — et brisa en deux son bouclier. — Maint]yeoman dans ce grand péril — criait tout ému : « Hélas ! trahison ! Ten jz — les portes fermées, demandaient-ils, — pour que ces traîtres ne puissent sortir. >

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