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fendu, — quand j'étais presque à moitié tué. »
Ils se mirent alors à souper — avec ce qu'ils avaient de viande — et ils remercièrent Dieu de leur bonne fortune: —ils étaient tous heureux et contents.
Et lorsqu'ils eurent bien soupe, — on peut le croire, car c'est la vérité, — Cloudesly dit : « Nous allons trouver le roi — pour en obtenir une charte de paix.
« Alice restera pendant notre absence — dans un monastère ici près ; — mes deux fils iront avec elles, — ils demeureront là ensemble.
« Mon fils aîné viendra avec moi, — pour lui je n'ai nul souci ; — et il te rapportera la nouvelle — du succès de notre entreprise. »
Ces yeomen sont donc partis pour Londres — aussi vite qu'ils ont pu aller, — jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés au palais du roi,
— là où ils voulaient se rendre.
Et quand ils furent entrés dans la cour du roi, — après avoir franchi la porte du palais
— ils ne voulurent demander la permission de personne, — mais ils allèrent tout droit devant eux.
Ils pénétrèrent vivement dans la salle ; — ils n'avaient peur de personne ; — le portier courut après eux et les appela, — et se mit à se disputer avec eux.
L'huissier dit : « Yeomen, que voulez-vous ?
— Je vous prie de me le dire. — Vous pourriez ainsi faire blâmer les officiers ; — mes bonnes gens, d'où venez-vous > »
« Monsieur, nous sommes des oullaws de la forêt ; — certes nous n'avons aucun permis, — et nous sommes venus ici vers le roi — pour en obtenir une charte de paix. :>
Et quand ils parurent devant le roi, — comme c'était la loi du pays, — ils s'agenouillèrent sans se faire annoncer — et chacun d'eux leva la main.
Ils dirent : « Sire, nous vous supplions en ce moment — de vouloir bien nous accorder notre grâce ; — car nous avons tué vos grasses bêtes fauves — en mainte place différente. :■*
« Quels sont vos noms ? dit alors le roi, — dites-les-moi sur-le-champ. » — Ils dirent : — « Adam Bell,Clym de la Clough — et William de Cioudesly. »
« Etes-vous ces brigands, dit alors le roi, dont on m'a parlé >— J'en fais ici le serment devant Dieu : —vous serez pendus — tous les trois.
'< Vous mourrez sans merci, — aussi vrai que je suis le roi de ce pays. » — Il donna ordre à chacun de ses officiers — de mettre aussitôt la main sur eux.
Alors ils saisirent ces bons yeomen — et les arrêtèrent tous les trois : — < Dieu nous garde! dit Adam BjII, — ce jeu ne me plaît pas.
« Mais, mon bon seigneur, nous vous supplions — de nous accorder une grâce : — de même que nous sommes venus librement vers vous, — que nous puissions librement noys en aller.
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« Avec les armes que nous avons en mains,
— jusqu'à ce que nous soyons hors de votre palais ; — et quand nous vivrions cent ans encore, — nous ne vous demanderons pas d'autre grâce. »
« Vos discours sont insolents, dit le roi, — vous serez pendus tous les trois. » — « Ce serait grand'pitié, dit la reine, — si quelque grâce peut être accordée.
« Mon seigneur, quand je suis venue dans ce pays — pour être votre épouse légitime, — la première faveur que je vous demanderais,
— vous deviez me l'accorder aussitôt.
« Et je n'en ai demandé aucune jusqu'à ce jour ; — c'est pourquoi, mon bon seigneur, accordez-la-moi. » — « Demandez-la donc, madame, dit le roi, — et elle vous sera accordée. »
« Alors, mon bon seigneur, je vous en prie,
— accordez-moi la vie de ces yeomen. — Madame, vous auriez pu demander une faveur — qui les eût valus tous trois ensemble.
« Vous auriez pu demander des tours et des villes, — des parcs et nombre de forêts. » — « Aucune ne me serait aussi agréable, ditelle, — - aucune ne me serait aussi :précieuse. »
« Madame, si tel est votre désir, — votre demande vous est accordée; — mais j'aurais préféré vous donner — trois bonnes villes et leurs marchés. »
La reine était une femme heureuse ; — elle dit : « Sire, grand merci ; — j'oserai promettre
pour eux — qu'ils seront désormais des sujets fidèles.
<■' Mais, mon cher seigneur, dites quelque bonne parole — pour qu'ils reprennent courage. :. — 'X Je vous accorde votre grâce, dit alors le roi, — lavez-vous les mains, mes gaillards, et allez manger. »
Ils n'étaient assis que depuis un instant, — on peut le croire, car c'est la vérité, -— voici qu'arrivèrent des messagers venant du nord
— avec des lettres pour le roi.
Et lorsqu'ils vinrent devant le roi, — ils s'agenouillèrent genou en terre, — et dirent : <: Sire, vos officiers vous saluent, — vos officiers de Carlisle dans la région du nord.
<: Comment va mon juge ? dit le roi, — et mon shérif aussi > » — << Sire, ils sont tués, sans mentir, — ainsi que maint autre officier. •
^ Et qui les a tués ? dit le roi ; — racontez-le-moi sans tarder. » — « Adam Bell, Clym de la Clough — et William de Cloudesly.
':: Hélas ! quelle pitié ! dit alors le roi ; — mon cœur est rempli de douleur : — j'aurais volontiers donné mille livres — pour avoir su cela plus tôt :
": Car je leur ai fait grâce, — et je le regrette ;
— mais si j'avais su tout cela plus tôt : — ils auraient été pendus tous les trois. »
Le roi ouvrit aussitôt la lettre, — il la lut entièrement lui-même, — et vit commentées outlaws avaient tué — trois cents hommes et plus :
D'abord le jug-e. puis le shérif. — cl le maire
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de la ville de Carlisle, — et de tous les constables et gens d'armes — pas un n'était reste vivant ;
Les baillis et les massiers aussi, — et les sergents de la loi, — et quarante forestiers de la couronne, — ces outlaws les avaient tués ;
Et ils avaient brisé ses parcs, tué ses daims, — choisissant entre tous les meilleurs ; — des outlaws aussi dangereux qu'eux — on n'en eût pu trouver à l'est ni à l'ouest.
Quand le roi eut lu cette lettre, — il soupira tristement du fond du cœur : — « Enlevez la table à l'instant, dit-il, — car je ne puis plus manger. »
Le roi manda ses meilleurs archers — pour l'accompagner à la ville : — « Je veux voir tirer ces gens-là, dit-il, — qui ont fait tant de mal dans le nord. »
Les archers du foi s'apprêtent aussitôt, — comme aussi les archers de la reine : — ces trois braves yeomen en font autant ; — ils sont obligés d'aller avec eux.
Ils tirèrent alors deux ou trois coups au hasard — pour s'essayer la main ; — à chaque coup que tiraient ces yeomen, — il n'y avait pas de cible qui pût résister.
William de Cloudesly alors parla : — « Par Celui qui est mort pour moi ! — jamais je ne tiendrai pour bon archer, — qui tire à de si larges cibles. »
« Comment doivent-elles être, dit alors le roi, — je te prie de me le dire. — <^ Les
cibles doivent être telles, sire, dit-il, — qu'on les fait dans mon pays. »
William alla dans un champ, — et ses deux frères avec lui ; — là ils plantèrent deux baguettes de coudrier, — à vingt fois vingt pas Tune de l'autre.
« Je tiens pour un archer, dit Cloudesly,
— celui qui fend en deux cette baguette làbas. » — « Il n'en est pas de tel, dit le roi ; — aucun homme ne peut faire cela. »
« J'essaierai, sire, dit Cloudesly, — avant d'aller plus loin. » — Cloudesly avec une flèche de combat — fendit la baguette en deux.
« Tu es le meilleur archer, dit alors le roi,
— que j'aie jamais vu, en vérité. » — ': Et pourtant pour l'amour de vous, dit William,
— je veux tirer un plus beau coup de maître. « J'ai un fils âgé de sept ans, — il m'est
bien cher ; — je veux l'attacher à un pieu ; — tous ceux qui sont ici pourront voir.
« Et je placerai une pomme sur sa tête, —
— et je m'éloignerai de lui de six-vingts pas,
— et moi-même avec une large flèche — je fendrai la pomme en deux. »
'-< Fais donc vite, dit alors le roi, — car, par Celui qui est mort sur une croix, — si tu ne fais pas ce que tu viens de dire, — tu seras pendu.
« Et si tu touches sa tête ou son vêtement,
— de telle sorte que quelqu'un ici s'en aperçoive, — par tous les saints qui sont au ciel.
— je vous ferai pendre tous les trois. »
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« Ce que j'ai promis, dit William, — jamais je n'y manquerai. » — Et là même devant le roi — il planta un pieu en terre :
Et il y attacha son lils aîné, — en lui recommandant de se tenir immobile ;— il détourna de lui le visage de Tenfant — pour qu'il ne tressaillît pas.
Il mit une pomme sur sa tête, — puis il banda son arc : — six-vingts pas furent comptés — et Cloudesly se mit en place.
Alors il choisit une belle flèche large : — son arc était grand et long : — il mit celte flèche à son arc, — qui était en même temps souple et fort.
Il pria les gens qui se trouvaient là — de vouloir bien rester tranquilles, — car celui qui tire pour une telle gageure — a besoin d'une main ferme.
Bien des gens prièrent pour Cloudesly — demandant qu'il eût la vie sauve, — et quand il se prépara à tirer, — il y eut bien des yeux à pleurer.
Mais Cloudesly fendit la pomme en deux, — tout le monde put le voir : — « Veuille le Dieu du ciel permettre, dit le roi, — que tu ne tires jamais sur moi.
« Je te donne dix-huit pence (i) par jour, — et tu porteras mon arc, — et sur toute la contrée du nord — je te fais intendant en chef des forêts. »
(i) Le penny (pence au pluriel) vaut à peu près deux sous.
< Moi, je te donne dix-sept pence par jour, dit la reine, — par Dieu et sur ma foi ! — Viens chercher ta paie quand tu voudras. —
— personne ne te dira non.
: William, je te fais gentilhomme ; — tu en auras costume et fîef: — et tes deux frères, gardes à pied de ma chambre, — car ils sont plaisants à voir.
« Ton lils, à cause de son âge si tendre, — fera partie des gens de mon cellier, — et quand il viendra à âge d'homme, — il recevra une plus haute charge.
« De plus, William, amène-moi ta femme, dit la reine, — j'ai le plus grand désir de la voir : — elle sera la première de mes dames d'honneur — et dirigera ma nourricerie. »
Les yeomen remercièrent avec grande courtoisie — et dirent : « Nous allons trouver quelque évêque — pour être absous de sa main
— de tous les péchés que nous avons commis. »
Ainsi donc partirent ces bons yeomen, — aussi vite qu'ils purent aller ; — ils revinrent ensuite et demeurèrent avec le roi, — et tous trois moururent honnêtes gens.
Ainsi finit la vie de ces bons yeomen. — Que Dieu leur donne le bonheur éternel ! — et que tous ceux qui tirent de Tare — puissent ne pas manquer ce but céleste ! Amen.
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