‹ Ballades anglaises et écossaisesChapitre 3 sur 39 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

publication de tant d'excellents travaux pour élever des doutes sur Tauthenticité des ballades populaires. Cependant M . Robert Chambers a soutenu récemment cette thèse singulière que Tensemble des ballades ne remontait pas au delà du commencement du siècle dernier : il leur a donné pour auteur lady Wardlaw qui s'est, en effet, rendue coupable d'une supercherie de ce genre, bientôt découverte. Ce qui est vrai, c'est qu'étant transmises oralement, leur langue a été sans cesse rajeunie jusqu'au moment où le texte a été fixé dans des manuscrits ou dans des livres. La multiplicité et les différences des variantes suffiraient seules à démontrer le peu de fondement des allégations de M. Chambers. Ces petits poèmes sont presque inconnus en France, malgré la traduction du Mmstrelsy de Walter Scott et les Ballades^ légendes et chants populaires de V Angleterre et de V Ecosse, de M. Loève-Veimars. J'aurais mauvaise grâce à critiquer le choix et les élégances recherchées du style de mon prédécesseur, mais je puis affirmer que sa traduction ne donne qu'une idée assez fausse de l'original. J'ai donc pensé que quelques ballades choisies de manière à rendre la physionomie de l'ensemble — l'espace m'étant fort limité — et traduites littéralement, pourraient intéresser le lecteur français.

Aux ballades populaires et anonymes j'ai joint un certain nombre de ballades littéraires et signées. Celles-ci sont classées par ordre chronologique ; les autres se suivent au hasard, leurs origines étant trop incertaines. Dans un cadre restreint j'offre ainsi un tableau complet du genre dans tous ses développements.

On s'étonnera sans doute de ne trouver parmi les auteurs des ballades littéraires ni Shakespeare, ni Milton, ni Pope, ni Walter Scott, ni Byron, ni tant d'autres poètes célèbres.

Shakespeare connaissait encore les vieilles ballades et les citait volontiers. Dans Coinme il vous plaira il en fait une appréciation fort juste, mais quand il veut joindre l'exemple à la critique, il produit une sorte d'élégie pastorale dont le moindre défaut est de n'avoir rien de la ballade. Son contemporain sir Philippe Sidney témoigne hautement son enthousiasme pour la Chasse du Cheviot, mais il écrit VArcadie de la cotnlesse de Pembroke.

Après eux ce genre tombe clans un complet discrédit : il n'est pas digne des poètes classiques. Il ne retrouve quelque faveur qu'au xvni* siècle, grâce aux Reliques de Percy. Parmi les nouveaux rimeurs de ballades, les uns, sans cire tous pour cela des mystifica-

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