LIZZIE LINDSAY
le jeune Donald Macdonald (i)... — je ne renierai jamais mon nom.
« Ah ! Lizzie, je vous demanderai une faveur..., — cette faveur, je vous prie, ne me la refusez pas : — dites-moi le lieu de votre demeure, — le lieu qu'habitent vos plus proches parents. »
« Si vous voulez vous présenter au port de la Cannongate (2\ — présentez-vous au port de la Cannongate ; — je vous offrirai une bouteille devin — et je vous tiendrai compagnie. ))
Il se présenta donc au port de la Cannongate, -— au port de la Cannongate il se présenta ; — elle but avec lui une bouteille de vin, — et lui tint plaisante compagnie.
« Voulez-vous venir dans les highlands avec moi, Lizzie Lindsay, — voulez-vous venir dans les highlands avec moi ? — Voulez-vous venir dans les highlands, Lizzie Lindsay, — et vous nourrir de fraîches caillebotes et de petitlait ? »
Alors parla la vieille mère de Lizzie, — et c'était une bonne vieille dame : — « Puisque vous dites de telles paroles à ma fille, — je vous ferai pendre haut et court. ^)
« Gardez bien votre fille de moi, madame, — et ne la laissez pas s'en aller avec moi; — ah ! je me soucie aussi peu de votre fille, — qu'elle peut se soucier de moi. »
(i) Nom d'un clan nombreux.
(2) Faubourg d'Edimbourg.
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Alors parla la femme de chambre de Lizzie,
— et c'était une jolie jeune fille : — « Quand je serais née héritière d'un trône, — je voudrais m'en aller avec le jeune Donald. »
« Oh! Hélène, laisseriez-vous votre coffre
— et toutes vos jupes de soie si belles, — pour vous en aller avec un pauvre garçon des highlands, — en laissant vos père et mère et tout le monde ? »
« Ah ! m'est avis qu'il est sorcier ou magicien, — ou quelque méchante chose de la sorte, — car je m'en irais avec le jeune Donald — quel que pût être mon destin. »
La belle jeune dame alors se leva, — elle mit ses bas et ses souliers, — elle se vêtit de sa robe verte — et s'en alla avec le jeune Donald.
Et lorsqu'ils arrivèrent aux highlands, — les pentes étaient longues et escarpées : — la belle Lizzie était fatiguée de la marche, — car elle avait cheminé tout un long jour d'été.
La belle jeune dame dit alors, — et des pleurs amers aveuglaient ses yeux : — « Quand je retournerais à Edimbourg, — personne n'y prendrait souci de moi. »
c( Ohî retenez votre langue maintenant, belle Lizzie, — car voilà là-bas le toit de notre maison, — et voici ma bonne vieille honnête mère — qui vient elle-même à votre rencontre. »
« Soyez le bienvenu, soyez le bienvenu. Sir Donald; — soyez le bienvenu, vous êtes ici chez vous. >) — (( Ah! ne m'appelez plus Sir
LIZZIR LINDSAY QQ
Donald, — mais appelez-moi jeune Donald, votre fils. »
« Entrez donc, entrez donc, belle Lizzie, — entrez donc, entrez donc, dit-elle; — et quoique notre chaumière soit petite, — peut-être ne nous en entendrons-nous que mieux. »
« Maintenant préparez-nous un souper — de vos meilleures caillebotes et de votre petitlait ; -— et faites-nous un lit de roseaux verts
— que vous recouvrirez de foin nouvellement fané. »
Et Lizzie étant fatiguée de la marche — resta couchée jusqu'à ce qu'il fût grand jour :
— « Vous auriez pu vous lever une heure plus tôt — pour traire et les brebis et les vaches. »
^) Oh ! retenez votre langue maintenant, jeune Donald, -- oh! retenez votre langue, je vous prie ; — je voudrais bien n'avoir jamais quitté ma mère, — car je ne sais traire ni les brebis ni les vaches.
« Je voudrais être restée à la maison — et n'avoir jamais vu les highlands, — quoique j'aime le jeune Donald Macdonald, — un garçon aux beaux yeux brillants. »
« Levez-vous, levez-vous, belle Lizzie, — et revêtez votre robe de soie si gaie, — car il faut que nous allions à Kinguissie — où j'ai joué jadis bien souvent. »
Et quand ils arrivèrent à Kinguissie — le portier dit tout haut : — « Soyez le bienvenu à la maison, Sir Donald ; — comme vous avez été longtemps parti ! »
Le vieux laird de Kinguissie sortit alors —
et la salua courtoisement. — Il dit : « Soyez la bienvenue, belle Lizzie Lindsay, — soyez la bienvenue, chez vous, dans ma maison.
a Des seigneurs de grand nom vous ont fait la cour, — mais le jeune Donald a fléchi votre cœur. — Vous êtes la dame de tout le domaine de Kinguissie —- et de Donald Macdonald, mon fils. »
Alors descendit sa vieille mère, — avec toutes les clefs à la main ; — elle dit : a Prenez-les, belle Lizzie, — tout ce qu'elles enferment vous appartient. »
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LE ROI EDOUARD IV ET LE TANNEUR DE TAMWORTH (i)
ANS la saison de Tété, quand les feuilles deviennent vertes — et que les arbres se couvrent de fleurs, — le roi Edouard voulut aller à la chasse — pour prendre quelque distraction.
Il se mit en chemin avec chiens et faucons,
— avec trompes et arcs ; — il fît route vers Drayton Basset, — avec tous ses seigneurs à sa suite.
Il avait longtemps chevauché par monts et par vaux, — il était huit heures du soir, — quand il rencontra un hardi tanneur — qui venait à cheval par le même chemin.
Ce tanneur portait une belle jaquette brune
— boutonnée jusqu'au menton, — et sous lui
(i) Tamworch, petite ville sise au conRuent de ia Tame et de TAnker.
Cette balldde , très connue autrefois , était considérée comme fondée sur un fait historique, et le caractère d'Edouard IV (1442-1483) ne rend pas la chose inivraisemblable.
était une bonne peau de vache — et une jument de quatre shellings (i).
« Arrêtez, mes bons seigneurs, — dispersezvous dans la verte forêt ; — je veux aller trouver ce compagnon là-bas — et voir ce qu'il me dira. »
« Dieu te soit en aide, Dieu te soit en aide, dit le roi. » — <■ Soyez le bienvenu, seigneur, » dit-il. — « Le plus court chemin jusqu'à Drayton Basset — montre-le-moi, je te prie. ;■
':< Vous voulez aller à Drayton Basset — de Tendroit où vous êtes en ce moment ? — A la première potence que vous rencontrerez — prenez à votre main droite. ->
« Voilà un triste chemin, dit le roi, — tu veux plaisanter, je le vois ; — allons ! montre-moi le chemin le plus court — et accompagne-moi, je te prie. »
« Le diable m'emporte ! dit le tanneur, — tu es fou, ce me semble : — tout le jour j'ai chevauché sur ma jument Brocke — et je suis encore à jeun. »
« Descends avec moi jusqu'à Drayton Basset, — nous ne te marchanderons pas les friandises; — tout le jour tu mangeras et boiras du meilleur, — et je paierai ton écot. -^
^ Grand merci du peu, répondit le tanneur, — je ne compte pas sur toi pour payer m()n écot ; — je parierais que j'ai plus de nobles
(i) Cinq francs ; un cheval de maître ne valait au temps d'Edouard IV que le triple de ce prix modeste.