‹ Ballades anglaises et écossaisesChapitre 23 sur 39 · LE ROI ET LE TANNEUR IO · texte numérisé non relu

LE ROI ET LE TANNEUR IO

dans ma bourse — que tu n'as de pence (i) dans la tienne. »

« Dieu veuille qu'ils te donnent joie, dit le roi, — et qu'ils te profitent. » — Le tanneur aurait voulu être loin, — car il croyait avoir affaire à un voleur.

<^ Qui es-tu, dit-il, mon beau sire > — Je ne me fie guère à toi, — car les habits que tu as sur le dos, — un gentilhomme pourrait les porter. »

« Je ne les ai pourtant pas volés, dit le roi,

— je te le jure, mon ami, sur la croix. » — « Alors tu joues, comme font tant de vauriens, — et toute ta fortune est sur toi . »

« Et quelles nouvelles apprends-tu, dit le roi, — auprès et au loin dans tes voyages ? »

— « Je n'apprends poiiit de nouvelles, monsieur, par la messe ! — si ce n'est que les peaux de vaches sont chères. »

« Les peaux de vaches ! les peaux de vaches ! quelle chose est-ce là ? — Je me demande ce que cela peut être. » — « Es-tu donc idiot ? répliqua le tanneur; — j'en emporte une sous moi. »

« Quel métier fais-tu ? dit le roi ; — dis-lemoi franchement, je te prie. » — « Mon métier est de vendre de l'écorce, monsieur ; — mais dis-moi donc aussi qui tu es.

« Je suis un pauvre courtisan, mon ami,

(i) Le noble ou noble à la rose, ancienne monnaie, d'une valeur de 6 shellings 8 pence. Le shelling vaut I h'. 25 ; le penny [pence au pluriel), îo cent.

dit-il, — qui "a -perdu sa place, — et je voudrais bien être ton apprenti — pour m'instruire dans ton art. »

« A Dieu ne plaise, répondit le tanneur, — que tu sois jamais mon apprenti : — tu gâcherais plus que je ne pourrais gagner. — pour quarante shellings par an. »

« Il est pourtant une chose que je désirerais, dit le roi, — si elle ne te semble pas impossible : — quoique mon cheval soit meilleur que ta jument, — j'en ferais volontiers réchange avec toi. »

« Eh bien ! si tu veux faire un échange avec moi, — et cet échange n'est pas impossible, — aussi vrai que j'existe, mon beau compagnon, — je veux obtenir de toi une compensation. »

« Voilà qui ne serait pas juste, dit le roi,

— je le jure. Dieu me garde ! — Mon cheval est meilleur que ta jument, — et cela tu dois bien le voir. »

« Certainement, monsieur, mais Brocke est douce et tranquille, — et elle se conduit gentiment : — ton cheval m'a l'air vif et intraitable ; — il piaffe toujours de ci, de là. »

« Quelle compensation veux-tu donc > reprit le roi. — Dis-le-moi tout de suite. » — « Pas de pence, ni de demi-pence, sur ma foi !

— mais une pièce d'or, un noble à la rose. ^> - \^oici vingt groats (i) de monnaie blanche,

— puisque tu les exiges de moi. » — « J'aurais

(i) Petite monnaie d'une valeur de quatre pences.

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