LE JOUEUR DE HARPE II
Angleterre — voler le cheval bai du lord gouverneur ?
Mais d'abord il alla trouver sa femme — avec toute la hâte possible. — « Cette opération, dit-il, ne réussira jamais — sans une junientqui ait un poulain. »
Elle lui dit : « Tu as une bonne jument grise — qui peut courir par-dessus collines et ravins; — mets-toi sur le dos de la jument grise — et laisse le poulain avec moi à la maison. »
Il est donc parti pour l'Angleterre — aussi vite qu'il pouvait aller ; — et quand il atteignit la porte de Carlisle, — qui était là, si ce n'est sa seigneurie le gouverneur?
« Entre, dit-il, pauvre joueur de harpe aveugle — et fais-nous entendre de ta musique. » -— « Ah ! par ma foi, dit le pauvre joueur cle harpe aveugle, — je préférerais trouver une écurie pour ma jument. »
Le gouverneur regarda par-dessus son épaule gauche — et dit à son valet d'écurie :
— « Allons ! emmène la jument du pauvre joueur de harpe aveugle — et attache-la auprès de mon cheval bai. »
Alors il joua, alors il chanta, — tant que dans la salle tous les seigneurs dansèrent ;
— et sa musique était si douce, — que le valet en oublia la porte de l'écurie.
Puis il joua, puis il chanta, — jusqu'à ce que les seigneurs fussent tous endormis. — Alors il enleva vivement ses chaussures — et descendit tout doucement l'escalier.
Il8 BALLADES ANGLAISES
Rnsuite il se rendit à la porte de l'écurie — d\iîi pas aussi léger que pas peut être ; — et lorsqu'il l'ouvrit et y entra, -— il y trouva trente-trois chevaux.
Il tira de sa poche un licou — et réussit dans son projet : — il le jeta sur la tête du cheval bai — et l'attacha à la queue de la jument grise.
Il les lâcha à la porte du château -- à travers marais, bruyères et vallées, — et la jument ne laissa pas le cheval s'arrêter, — mais elle le mena au galop vers son poulain à la maison.
La jument était fort légère à la course, — elle ne manqua pas de retrouver le chemin ;
— elle arriva à la porte de Lochmaben — trois longues heures avant le jour.
Quand elle arriva à la porte du joueur de harpe — elle hennit et s'ébroua furieusement.
— « Lève-toi, fille paresseuse, dit la femme,
— pour faire entrer ton maître et son cheval. »
Elle se leva donc, passa ses jupes — et regarda à travers le trou de la serrure : ^- « Ah ! par ma foi ! dit alors la fille, — notre jument vient d'avoir un magnifique poulain bai. »
« Allons ! tiens ta langue, fille folle, — c'est la lune qui t'éblouit les yeux! » — « Je parierais tous mes gages contre un denier, — qu'il est plus gros que jamais notre poulain ne le sera. »
Or pendant tout ce temps dans le joyeux