‹ Ballades anglaises et écossaisesChapitre 26 sur 39 · LE JOUEUR DE HARPE I IQ · texte numérisé non relu

LE JOUEUR DE HARPE I IQ

Carlisle — le joueur de harpe jouait sans s'arrêter ; — et ses auditeurs ne purent se défendre de l'écouter — jusqu'à ce que le jour commençât à poindre.

Mais le matin au grand jour, — quand la fête fut terminée, — ils s'aperçurent que le cheval bai avait disparu — ainsi que la jument du pauvre joueur de harpe aveugle !

« Hélas ! hélas ! dit le rusé vieux joueur de harpe, — quelmalheurque je sois jamais venu ici ! — En Ecosse j'ai perdu un magnifique poulain, — en Angleterre on me vole ma bonne jument grise! »

« Allons ! cesse de te plaindre, pauvre joueur de harpe aveugle, — et fais-nous entendre encore ton instrument ; — ton poulain te sera largement payé — et l'on te donnera une meilleure jument. »

Et le voilà qui joue, et le voilà qui chante ; — et la musique qu'il leur fît entendre était si douce —- qu'il fut pa^^é pour le poulain qu'il n'avait jamais perdu — et reçut trois fois la valeur de la bonne jument ffrise.

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COMMENT ON MATE UNE MÉGÈRE o-

pus tous qui êtes ici assemblés, — venez écouter ma chanson, — Mais d'abord je dois demander l'indulgence

— pour le cas où je froisserais quelqu'un ; — je prierai toutes les bonnes épouses ici présentes — de vouloir bien ne pas se fâcher, — et je chanterai ma joyeuse chanson, — si elles y consentent.

La chanson que je veux chanter, il est vrai,

— les concerne tout particulièrement, — et je serais bien ennuyé que quelqu'un — vînt me chercher dispute et noise. —J'ai assez de cela à la maison; — à table et même au lit ;

— et pour avoir une fois chanté cette même chanson — ma femme m.'a frotté la tête.

Mais si toutes les bonnes épouses ici présentes m'encouragent — et si les hommes nVencouragent aussi, — je veux risquer une nouvelle friction — pour la chanter de nou-

(i) Il y a plus d'une ballade analogue : la Ballade du mariage, la Ltiite de viiel^ eic. ; mais je pense que celle-ci suffira. La même donnée se retrouve dans les fabliaux et les contes de différents pays.

COMiMENT ON MATE UNE iMEGERE 121

veau. — Mais je veux d'abord vous dire sou titre, — de crainte que vous n'en puissiez entendre plus long : — son titre est Comment on mate une mégère, — On ne l'a jamais beaucoup chantée.

Si je dois chanter la suite, — il faut que vous me fassiez signe ; — levez seulement le doigt vers moi, — ou bien... C'est tout ce qu'il me faut. — Je vais donc la chanter de tout mon cœur — et la mener rondement, — vous me connaissez, voyons maintenant — si je dois ou non la ohanter.

C'est bien, je vois que vous consentez — à ce que je chante le reste ; — pour satisfaire les bonnes épouses ici présentes, — je veux faire de mon mieux. — Car je lis dans leurs yeux — qu'elles ne me veulent point de mal.

— Ainsi donc il advint une fois... — Mais d'abord donnez-moi à boire.

Il n'y a pas longtemps, un joyeux gars — fit la cour à une aimable fille, — et bien des mois se passèrent avant qu'il pût — obtenir ce qu'il demandait ; — à la fin pourtant il arriva — qu'elle céda à ses instances : — elle consentait à devenir sa femme légitime, — mais à la condition suivante. -

Elle porterait les culottes — pendant un an et un jour ; — il n'aurait pas le droit de remontrance — quoi qu'elle pût dire ou faire.

— Elle régna donc et gouverna, et fit ses quatre volontés — tout à sa guise. — Mais écoutez bien ce qui arriva ensuite, — bonnes épouses, s'il vous plait.

Elle lui rendit la vie à charge ; — il eût désiré que la mort vînt — mettre fin à ses tourments, — avant que Tannée se fût écoulée. — Il trouva cette année plus longue — qu'aucune depuis sa naissance, — mais il n y pouvait remédier, — car il avait donné sa parole.

Mais il n'est si long jour qui ne finisse, — nous savons bien tous cela : — si long qu'ait été le jour, — le soir n'en vient pas moins.

— C'est aussi ce qui lui arriva à la fin, — Tannée s'était écoulée : — le soleil, la lune et les étoiles — avaient terminé leur tour.

Il reprit alors courage — et dit à sa femme :

— « Puisque ton règne est terminé, — il faut maintenant me reconnaître pour ton maître. »

— Mais elle, qui avait joui si longtemps de Tautorité, — maintenant ne voulait plus obéir, — et sa langue allait toujours comme un moulin, — quoiqu'elle récoltât bien des coups.

Il lui caressait le dos, il lui caressait les côtes ; ~ elle en était toute noire et bleue, — mais sans pourtant vouloir s'amender : — elle devenait même pire chaque jour. — Quand il vit qu'elle ne voulait pas s'amender, — il essaya d'un autre moyen ; — il l'enferma comme on enferme les faucons — dans un endroit où elle ne pouvait voir le jour.

Et il la tint là sans boire ni manger, — pendant quatre jours de temps et plus ; — mais iralgré cela elle était aussi méchante — qu'elle l'avait jamais été auparavant. —

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