‹ Ballades anglaises et écossaisesChapitre 32 sur 39 · LADY CLARE · texte numérisé non relu

LADY CLARE

ÉTAIT au temps où les lis fleurissent — et où les nuées sont au plus haut des airs ; — Lord Ronald amena une

biche blanche comme lis — dont il fit cadeau

à sa cousine Lady Clare.

Jegageraisqu'ilssequittèrent sans brouille :

— amoureux depuis longtemps fiancés, — ils doivent s'épouser le lendemain matin. — Que Dieu bénisse ce jour!

« Il ne m'aime pas pour ma naissance, — fli pour mes beaux et vastes domaines ; — il m'aime pour ce que je vaux par moi-même,

— et c'est ce qu'il faut, » dit Lady Clare. Sur ce entra la vieille Alice, la nourrice,

qui demanda : « Qui est-ce qui vient de te quitter ? » — « C'est mon cousin, dit Lady Clare ; — nous nous marions demain. »

Dieu soit béni ! dit Alice, la nourrice, — de ce que tout s'arrange si juste et si bien : -- Lord Ronald est l'héritier de tous vos do-

(i ■ M. J.-T de Saint Germain a pris dans cette ballade l'idée première de l'une de ses charmantes nouvelles.

maines, — et vous n'êtes pas Lady Clare. » « Nourrice, nourrice, as-tu perdu l'esprit >

— dit Lady Clare ; quelles folies racontestu là > » — « Comme Dieu est au ciel, reprit Alice, la nourrice, — je dis la vérité : vous êtes ma fille.

c. La fille du vieux comte est morte sur mon sein. — Aussi vrai que je vis de pain, je dis la vérité ! — Je l'ensevelis comme mon cher petit enfant — et je mis mon enfant à sa place. »

« Tu as agi honteusement, honteusement,

— ô mère, dit-elle, si cela est vrai, — en privant le meilleur homme sous le soleil — pendant tant d'années de ce qui lui appartient. »

« Allons donc, mon enfant ! dit Alice, la nourrice. — Sur votre vie, gardez seulement le secret — et tout ce que vous avez reviendra à Lord Ronald, — lorsque vous serez mari et femme. »

« Si je suis née mendiante, dit-elle, — je parlerai ; le mensonge me fait peur. — Otemoi, ôte-moi cette agrafe d'or — et jette aussi ce colUer de diamants. »

^< Non, certes, mon enfant, dit Alice, la nourrice, — gardez seulement le secret autant que vous le pourrez. » — Elle dit : « Non pas ; mais je saurai — si un homme peut être fidèle. »

« Être fidèle ? Non, certes, dit Alice la nourrice, — cet homme réclamera son dû. »

— '^ Et il l'aura, répliqua la dame, — quand je devrais mourir cette nuit. »

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