LE LORD DE BURLEIGH
s'avance d'un pas plus ferme — et la conduit de salle en salle.
Et comme elle s'étonne inquiète, — sans pouvoir comprendre ce que cela signifie, — il se retourne et dit, fier et doux : — « Tout ceci est à moi et à toi. y>
C'est là que vit, magnifique et généreux,
— le beau et noble Lord de Burleigh; — aucun seigneur dans tout le comté — n'est aussi grand seigneur que lui.
Soudain la rougeur inonde — son doux visage du front au menton ; — elle rougit comme de honte, — son cœur est tout troublé.
Puis sa face tout entière — redevient pâle comme la mort ; — mais il l'étreint en amoureux — et calme son cœur par l'amour.
Elle lutta donc contre sa faiblesse, — quoique par instants son esprit s'affaissât ; — elle façonna son cœur avec une modestie de femme — à tous les devoirs de son rang.
Son époux était plein de bonté pour elle,
— et telle était sa propre douceur d'humeur,
— qu'elle devint une noble dame — et qu'elle gagna l'affection de tous.
Mais un trouble pesait sur elle — et l'inquiétait nuit et jour, — c'était le fardeau de cette grandeur — pour laquelle elle n'était pas née.
Elle devint faible et de plus en plus faible ; — elle murmurait : « Ah ! que n'est-il
— encore le peintre de paysage ~ qui m'a pris mon cœur ! »
l80 BALLADES ANGLAISES
Elle languit , languit, sous ses yeux : — elle lui échappait peu à peu. — Elle lui donna d'abord trois beaux enfants, — puis, avant son temps, elle mourut.
Pleurant, pleurant, le jour et la nuit, — allant et venant par son manoir, — grandement s'aflligea le Lord de Burleigh, — de Burleigh-house, près la ville de Stamford (i).
Et il vint la regarder; — il la regarda et dit : — « Apportez et mettez-lui la robe -qu'elle avait à notre mariage. »
Puis ses gens, marchant doucement, — portèrent son corps en terre : elle était vêtue — de la robe qu'elle avait à son mariage, — pour que son esprit pût reposer en paix.
(i^ Petite ville du comté de Lincoln.
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