‹ Ballades anglaises et écossaisesChapitre 36 sur 39 · ROMANCE DU NID DE CYGNE · texte numérisé non relu

ROMANCE DU NID DE CYGNE

A petite Ellie est avSsise toute seule, — parmi les hêtres d'une prairie, — sur le gazon, près du ruisseau, — et les arbres font pleuvoir — les ombres de leurs feuilles — sur son visage et sur ses cheveux d'or.

Elle a jeté son chapeau près de là — et elle a plongé ses pieds — • dans le courant de l'onde claire. — Maintenant elle les tient nus

— dans ses mains, tout luisants et ruisselants, — et se berce avec nonchalance.

La petite Ellie est assise toute seule, — et son léger sourire qui s'épanouit — remplit le silence comme un babillage, — tandis qu'elle réfléchit à ce qu'elle doit faire — et se choisit les plus douces joies — pour son prochain avenir.

Dans son sourire la petite Ellie — se choisit...: « Je veux avoir un amoureux — chevauchant sur le coursier des coursiers : — il m'aimera sans félonie, -— et je lui montrerai

— le nid de cygne parmi les roseaux.

« Et le coursier sera rouan, — et l'amoureux sera gentilhomme, — avec des yeux à

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faire pâmer ; — et le luth dont il jouera — remplira les dames de trouble, — de même que son épée frappera les hommes à mort. « Et le coursier sera ferré — tout en argent, caparaçonné d'azur, — et sa crinière volera au vent ; — et ses sabots sur le gazon

— étincelleront dans un galop cadencé, — si bien que les bergers se retourneront pour le voir.

« Mais mon amoureux oubliera — toute la splendeur de son équipage — en regardant ma figure. — Il dira : « Enchanteresse, tes yeux — sont le sanctuaire où mon âme se complaît — et je m'agenouille ici à ta merci î »

« Alors, oui, alors il s'agenouillera bien bas,

— et auprès de lui le coursier rouan — aura l'air de comprendre, — jusqu'à ce que je réponde : « Levez-vous et partez! -n Car il faut que le monde aime et redoute — celui h qui j'accorderai mon cœur et ma main. »

« Alors il se lèvera bien pâle; — je sentirai sur mes lèvres trembler — un otn que je ne dirai pas ; — et pourtant en fîère demoiselle : « Adieu ! » — murmurerai-je, au lieu d'avouer: — « Faites demain digne d'aujourd'hui. »

« Alors il chevauchera parmi les collines — vers le vaste univers de l'autre côté du ruisseau, — pour y redresser tous les torts, — pour courber les mauvaises volontés, — et pour vider son large carquois •— contre les méchants ours.

« Trois fois un jeune page — traversera la

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