‹ Ballades anglaises et écossaisesChapitre 6 sur 39 · LA CHASSE DU CHEVIOT I · texte numérisé non relu

LA CHASSE DU CHEVIOT I

rai manier une arme, — je ne faillirai pas du cœur ni de la main. »

Quel jour, quel jour, quel triste jour ! — Je termine ici cette première partie; — si vous voulez en apprendre davantage sur la chasse du Cheviot, — la suite vient ci-après.

SECONDE PARTIE

Les Anglais avaient bandé leurs arcs, — leurs cœurs étaient sans crainte ; — aux premières flèches qu'ils tirèrent — ils tuèrent cent cinquante Écossais (i).

Mais le comte Douglas resta dans la lande ;

— c'était un bon capitaine, — et il le prouva ce jour-là, — car il leur causa bien du mal et des pertes.

Douglas avait divisé sa troupe en trois,

— comme un fier commandant en chef; — avec des lances pointues d'un bois solide — ils arrivèrent de tous côtés.

Au milieu de nos archers anglais — ils firent mainte profonde blessure; — ils firent périr plus d'un brave, — ce dont ils n'eurent pas à se vanter.

Les Anglais mirent les arcs de côté — et tirèrent leurs épées étincelantes. — C'était un triste spectacle à voir — que ces brillantes épées s'abattant sur les casques.

(i) Le texte désigne ici, comme dans beaucoup de ballades, les guerriers écossais par le mot spearnien (lanciers), la lance étant leur arme favorite, tandis que les Angolais étaient suitouî: archers.

14 RALLADE^ AXGLAÎSES

A travers riches cuirasses et hauberts — maint coup fut frappé au cœur; — maint guerrier plein de courage — roula sous les pieds.

A la fin Douglas et Percy se rencontrèrent,

— comme deux puissants et vaillants capitaines ; — jusqu'à ce qu'ils fussent baignés de sueur, — ils luttèrent l'un contre l'autre — avec leurs épées, — fines lames de Milan.

Les deux braves guerriers combattirent

— fort satisfaits de ce combat, — jusqu'à ce que le sang jaillît de dessous leurs heaumes — comme jamais ne le firent pluie ou grêle.

« Arrête, Percy, dit Douglas, — et sur ma foi ! je t'emmène, — là où tu seras traité en comte —• parjamie(i), notre roi d'Ecosse.

< Tu ne paieras pas rançon ; — je t'engage à accepter ma proposition, — car tu es le plus vaillant homme — que j'aie jamais vaincu sur un champ de bataille. »

'^ Non- certes, dit Lord Percy, — je te l'ai dit déjà : — jamais je ne céderai — à un homme né d'une femme. »

A ce moment arriva une flèche rapide — lancée par un vigoureux archer : — elle frappa le comte Douglas — à l'os de la poitrine.

A travers le foie et les poumons ensemble

— la flèche aiguë a pénétré, — de telle sorte que de sa vie — il ne dit plus qu'un seul mot,

— et ce fut : « Combattez, mes braves amis.

'^0 Diminutif (le '/(jmi's, Jar(]ues.

LA CHASSF. DU CHRVIOT [^

tant que vous le pourrez, — car mes jours mortels sont finis. »

Percy s'appuya sur une épée — et regarda Douglas mourir ; — puis il prit la main du guerrier mort — et dit : « Je suis peiné pour toi !

« Pour sauver ta vie j'aurais consenti à me priver — de mes terres pendant trois années ;

— car de meilleur cœur, de meilleure main,

— il n'en est pas dans toute la contrée du nord. »

Tout cela fut vu d'un chevalier écossais — nommé sire Hugh Montgomerie ; — il vit Douglas mis à mort, — il brandit une lance de bois solide.

Il chevaucha sur son destrier — à travers une centaine d'archers ; — il ne s'arrêta ni ne se ralentit — avant d'arriver au bon Lord Percy.

Il frappa Lord Percy — d'un coup mortel ;

— avec sa forte lance d'un bois solide — il traversa de part en part le corps de Percy,

Et on put la voir ressortie de l'autre côté — d'une grande aune et plus. — Il n'était pas de meilleurs capitaines dans la chrétienté, — que les deux capitaines qui furent tués ce jour-là.

Un archer du Northumberland — vit tomber Lord Percy ; — de la main il tendait un arc — fait d'un bois qui n'avait jamais failli ;

Il visa le casque d'acier — avec une flèche longue d'une aune : — le coup funeste et terrible — atteignit messire Hugh Montgomerie.

l6 BALLADES ANGLAISES

Le coup funeste et terrible — atteignit Montgomerie ; — les plumes de cygne qui empennaient cette flèche — se teignirent du sang de son cœur.

Pas un homme n'était là qui voulût reculer d'une semelle, — mais ils restaient dans la mêlée — et se frappaient l'un l'autre sans se lasser — avec toutes leurs épées meurtrières.

Cette bataille commença sur le Cheviot — une heure avant midi -— et quand sonna la cloche de l'Angelus du soir, — elle n'était pas près d'être terminée.

Ils continuèrent des deux côtés — à la clarté de la lune : — beaucoup n'avaient plus la force de se tenir debout, — là-haut sur les collines du Cheviot.

Des quinze cents archers d'Angleterre — cinquante-trois seulement purent s'en aller ;

— des deux mille hommes d'armes d'Ecosse,

— seulement cinquante-cinq.

Ils furent tous tués sur le Cheviot, — ou n'eurent pas la force de se relever ; — l'enfant qui n'est pas né maudira — le jour d'un si grand malheur.

Là furent tués avec Lord Percy, — Sir John d'Angerstone, — le léger Sir Roger Hartly,

— le hardi Sir William Héron.

Le digne Sir Georges Lovel, — chevalier de grande réputation, — et le riche Sir Ralpli Rugby — tombèrent sous les coups.

Pour Witherington mon cœur fut peiné — qu'il pût être tué, — car lorsque ses jambes

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