‹ Ballades anglaises et écossaisesChapitre 8 sur 39 · LORD THOMAS ET LA BLONDE ELLINOR · texte numérisé non relu

LORD THOMAS ET LA BLONDE ELLINOR

ORD Thomas était un hardi forestier — et un chasseur des daims du roi ; — la blonde Ellinor était une jolie femme,

— et Lord Thomas l'aimait tendrement.

« Allons, chère mère, dit-il, donnez-moi un conseil, — et en me le donnant, donnez-le à tous deux : — dois-je épouser la blonde Ellinor — et laisser chez elle la fille brune ? »

« La fille brune a des maisons et des terres,

— la blonde Ellinor n'en a pas ; — si tu veux ma bénédiction, je t'engage donc — à m'amcner la fille brune. »

Et comme cela se trouvait un grand jour de fête, — un jour de fête comme il y en a tant,

— Lord Thomas alla chez la blonde Ellinor

— qui aurait dû être son épousée.

Et quand il arriva à la demeure de la blonde Ellinor, — il heurta le marteau de la porte : — et qui fut jamais si prompte que la blonde Ellinor — à faire entrer Lord Thomas!

« Quelles nouvelles, quelles nouvelles, Lord Thomas > dit-elle. —Quelles nouvelles m'apportez-vous ? » — « Je suis venu pour t'inviter

à ma noce — et c'est une triste nouvelle pour toi. »

« Oh ! Dieu ne voudra pas, Lord Thomas, dit-elle, — que telle chose se fasse : —je pensais que j'aurais été moi-même Tépousée, — et que tu aurais été le marié. »

« Allons, chère mère, dit-elle, donnez-moi un conseil — et en le donnant, donnez-le d'un seul mot : — dois-je aller à la noce de Lord Thomas — ou dois-je rester à la maison ? »

« Il y a là beaucoup de vos amis, ma fille,

— et beaucoup de vos ennemis, — si vous voulez ma bénédiction je vous conjure donc

— de ne pas aller à la noce de Lord Thomas. »

^< Il y a là beaucoup de mes amis, mère, — mais quand chacun serait mon ennemi, — que ce soit ma vie, que ce soit ma mort, — je veux aller à la noce de Lord Thomas. »

Elle se vêtit d'une jolie parure — et fit habiller tous ses gens en vert, — et dans chaque ville par où ils chevauchaient — on la prenait pour quelque reine.

Et quand elle arriva à la porte de Lord Thomas, — elle heurta le marteau ; — et qui fut jamais si prompt que Lord Thomas — à faire entrer la blonde EUinor!

« Est-ce là votre épousée? dit la blonde Ellinor, — elle me semble étrangement brune,

— tu aurais pu avoir une aussi jolie femme,— qu'il y en eut jamais à marcher sur terre. >^

•< Ne la méprise pas, belle Ellinor, dit-il.

— ne la méprise pas devant moi : — car j'aime

LOUD THOMAS 2t

mieux ton petit doigt — que toute sa personne. »

Cette tîUe brune avait un petit canif (i) — à la fois long et pointu, — et entre les côtes et les fausses côtes, — elle frappa au cœur la blonde Ellinor.

« Oh ! que le Christ te sauve ! dit Lord Thomas, — tu me semblés étrangement pâle; — ton visage avait jadis des couleurs aussi fraîches — que jamais en montra le soleil. »

« Oh ! es-tu aveugle, lord Thomas ? dit-elle, -— ou ta vue se trouble-t-elle ? — Ah ! ne voistu pas le sang de mon cœur — couler en ruisseau jusqu'à mes genoux ? »

Lord Thomas avait une épée au côté ; — traversant la salle, — il trancha la tête de son épousée sur ses épaules •— et la jeta contre le mur.

Il mit la poignée contre la terre — et la pointe contre son cœur. — Jamais trois amoureux ne se rencontrèrent — pour plus vite se séparer.

(i) Il devint de mode pour les dames, au xvi^ siècle, de porter à la ceinture, avec l'aumônière, un canif \j)enknife) enfermé dans une gaîne ciselée et ornée de gemmes.

LA BELLE MARGARET ET SOiN CHER WIL LIA MU

|l advint qu'un long jour d'été — deux amoureux étaient assis sur une colline ; — ils restèrent assis tout ce long jour d'été — sans pouvoir se rassasier de causerie.

<^ Je ne vois rien que de bien en vous, Margaret, — et vous ne trouvez rien que de bien en moi; — demain avant huit heures — vous verrez une belle noce. »

(i) J'ai choisi cette ballade et la précédente, extraites toutes deux des Reliques de Perc}'-, parmi un certaiii nombre de ballades analogues. Dans les unes, le triple meurtre se commet à l'église pendant le mariage et cette cérémonie devient le point saillant du récit, dans d'autres il ne reste plus que deux personnages, et les rôles sont même intervertis, dans d'autres enfin l'incident du revenant — Margaret ou William — devient la partie principale et rappelle la Lênore de Biirger. Ces fleurs poussées sur les tombes des amoureux sont une des fictions favorites du moyen-âge, on les retrouve dans Tristan et Iseidt et dans une foule de légendes.

La ballade de La halle Margaret est fort ancienne : elle est citée par Flctcher. Cette citation a inspiré depuis à Mallet son William et Margaret qui eut grande vogue en son temps.

LA BELLE MARGARLT 2^

La belle Margaret était assise à la fenêtre de sa chambre, — peignant ses cheveux blonds : -— elle vit de là son cher William et son épousée — passer devant elle à cheval.

Elle déposa son peigne d'ivoire — et lit deux nattes de ses cheveux ; — vivante elle sortit de sa chambre — et vivante n'y revint jamais.

Quand le jour fut parti et la nuit venue, — quand tout le monde fut profondément endormi, — le spectre de la belle Margaret vint

— et se tint aux pieds de William.

« Êtes-vous éveillé, cher William ? dit-elle,

— ou bien, cher William, dormez-vous ? — Que Dieu bénisse votre gai lit nuptial — et bénisse mon linceul. »

Quand le jour fut venu et la nuit partie, — quand tout le monde sortit du sommeil, — le cher William dit à son épouse : — « Ma chérie, j'ai bien lieu de pleurer.

« J'ai fait un rêve, ma chère femme, — et de tels rêves ne présagent rien de bon : — j'ai rêvé que ma chambre était pleine devin rouge

— et mon lit nuptial plein de sang. »

« De tels rêves, de tels rêves, mon noble seigneur, — neprésagent jamais rien de bon!...

— ce rêve que ta chambre était pleine de vin rouge — et que ton lit nuptial était plein de sang. »

Il appela tous ses gens — par un, par deux et par trois; — il leur dit : <- Je veux aller à la demeure de Margaret — avec la permission de ma dame. »

Et quand il arriva à la demeure de Marga-

ret — il heurta le marteau : — et qui fut jamais plus prompt que ses sept frères — à faire entrer le cher William!

Mais il souleva le drap funèbre : — ^< Je vous en prie, laissez-moi voir la morte; — il me semble qu'elle a le visage tout pâle et blême.

— elle a perdu ses roses couleurs.

« Je veux faire plus pour toi, Margaret, — que personne de ta famille; — car je baiserai tes pâles lèvrçs blêmes, — quoique je n'en puisse obtenir un sourire. »

Alors les sept frères dirent — en soupirant bien tristement : — « Allez donc embrasser votre brune et rieuse épousée — et laissez notre sœur tranquille. »

« Si j'embrasse ma brune et rieuse épousée

— j'use tout simplement de mon droit; — je n'ai jamais fait de serment à cette pauvre morte — ni le jour ni la nuit.

« Préparez, préparez, vous tous mes gens.

— préparez votre vin et votre gâteau, — car tout ce qui sera fait aujourd'hui pour ses funérailles, — se fera demain pour les miennes. »

La belle Margaret est morte aujourd'hui, aujourd'hui, — le cher William est mort le lendemain : — la belle Margaret est morte d'amour fidèle, — le cher William est mort de chagrin.

Margaret a été enterrée dans la chapelle du bas, — et William dans celle du haut; — du cœur de la première germa un rosier — et du cœur de l'autre un églantier.

LA BELLE MARGÀRET 2$

Ils poussèrent jusqu'à ce qu'ils eussent atteint le toit de l'église — et là ils ne purent pousser plus haut; — alors ils s'unirent en un lacs d'amour, — qui faisait l'admiration de tous.

Puis vint le clerc de la paroisse, — pour vous dire la vérité, — et par malheur il les coupa ; — sinon ils y seraient encore.

SIR PATRICK SPHNS

E roi est assis dans la cité de Dunfermline (i), — buvant le vin rouge : — v^ Ah ! où trouverai-je un habile capitaine — pour mettre mon navire à la voile ?

Alors se leva pour parler un vieux chevalier — qui était assis au côté droit du roi : — « Sir Patrick Spens est le meilleur marin — qui ail jamais navigué sur mer. '

Le roi a écrit une lettre patente, — l'a scellée de sa main, — et l'a envoyée à Sir Patrick Spens — qui se promenait sur le rivage.

<: En Norvège, en Norvège, — en Norvège à travers les flots; — la fille du roi de Nor- \vége — vous ramènerez en ce pays {2). »

(i) Ville d'Ecosse, près du Forlh, résidence favorite des rois d'Ecosse à cette époque.

(2) Marguerite, fdle d'Eric, roi de Norvège, et de Marguerite d'Ecosse, fille dAlexandre III, se trouva a la mort de celui-ci, en 1285, seule héritière du trône d'Ecosse. Elle mourut en Norv'ége pendant que le conseil de régence pressait son arrivée dans le royaume. L'histoire qui ne mérite pas, il est vrai, pour ces temps reculés, beaucoup plus de confiance que la tradition, ne nunmic p.is 'Ai' Ti.trick Spens parmi !t.s ambassadeu;^

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