‹ Ballades et sonnetsChapitre 38 sur 101 · SIR I.ES QUAIS <S · texte numérisé non relu

SIR I.ES QUAIS <S

Je t'en fais le serment, à toi qui, page à page,

As vu naître à tes pieds l'œuvre pauvre en laurier.

Tu peux tendre l'oreille au bruit d'aréopage

Dont ton amour me fut le gage avant-courrier ;

Dépose sur l'autel l'armure qui le pèse

Et que l'honneur d'avoir fourbi l'épée apaise

Le beau sein de l'épouse où dormit ton guerrier.

Des descendants issus de nos tendresses calmes Il se perpétuera pour le martyre humain Une postérité de bons porteurs de palmes Trempée aux jeux du cirque et sachant son chemin : Les mules seront beaux puisque lu fus leur Eve Et les filles en qui s'incarnera mon rêve. S'avanceront, le lys du devoir à la main.

Car je fus ce fermier qui, l'œil au chronomètre, Fournil selon -.on bail douze heures de labour El H»- s'endort, le soir, à la torche du maître, Qu'acquitté de son pain par la chute du jour ; J'aurai payé comptanl el sans frustrer la taille

Les six pieds de lerreaii mesurés à nia laille

El la paix sur ma croix peul tomber de la tour.

84 les tristi:s

Fils. j'ai brodé la prose en bon tisseur de Perse,

Vainqueur des écheveaux el régent «lu panier,

Des mille tous changeants que l'arc-en-ciel disperse

Sur le vert canevas du lapis printanier;

A tous défis du Vers j'ai querelle vidée

Et ma rime, ceinture où se cambre l'Idée,

Se boucle comme un jonc au pouce du vannier.

Si je ne reste pas, je reviendrai. — Personne Ne descelle l'onyx incrusté dans l'airain Du bloc delà voyelle entée à la consonne; Le Mot combat le Temps sur son propre terrain Et l'y soumel ; si peu de crédit que j'en aie, J'en ai frappé plusieurs au coin d'une monnaie Où Ton voit le portrait du Verbe souverain.

EL c'est pourquoi j'ai bu sans trouble le calice (Juc m'emplissait de iiel la bave des perclus Dont mon disque, — le Rire, — édentait la malice J'allais vers le pays d'où les sots sont excjus, L'Arl a le foyer lent de l'étoile attendue Qui se couve, fermente au fond de rétendue, Ronge l'ombre, la fore, aide et ne s'éteint plus.

SUR LES QUAIS <S.'i

Voici d'ailleurs comment se régleront les choses

Dans cent ans, sur les quais; devant la boîte à six.

Un in-dix-huity gît près des « Métamorphoses

D'Ovide » et sous le poids du « Jeune Anaçharsïs » ;

Le venl souffle, il arrache au livre à l'agonie

Le lambeau décousu d'une feuille jaunie

Qui tourbillonne et choit aux pieds d'un homme assis.

C'est fait. — Pour un bon chien le taillis de genièvre Enseveli sous la neige de février Esl encore imprégné delà senteur du lièvre ; — L'homme se penche, il prend... Voici mou lévrier! Il défend le chiffon contre la brise hostile El sa narine s'ouvre à celte odeur de style houi -oui musqués les vers faits >\<- main d'ouvrier.

8() . LES Tru-i I -

Feuille qui tomberas <lcs forêts de l'espace Où Galiban claudique aux talons d'Ariel, Mérite d'arrêter le Bon Juge qui passe, Car les «lieux accoudés à la rampe du ciel Décrètent, e'esl la loi, qu'en tout cas analogue, Le critique d'appel soit un franc philologue Dilettante du mot comme un renard du miel.

11 a lu... mais ici ma vue est obscurcie.

Que sera-ce?... Peut-être, à la grâce du vent,

Celle huinlilc strophe même où je l'en remercie?

Il se lève, s'éloigne cl soupire en rêvant :

« Encore un qui souffrit en son temps pour le Verbe!,

Et, reconstituant la mâchoire au bruil d'herbe,

Il aura le mammouth sur deux dents de devant.

Je serai son Baruch. Mis longtemps à séquestre, — L'introuvable esl l'étal qui les scelle d'abord, — Mes princeps feronl prime à la salle S\ K estre : Né trop tôt à la vie cl trop lard à la mort, Comme la nèfle, orgueil de la paille moisie, Je débuterai « l'eu » par mon Œuvre choisie Chez le même libraire où, complète, elle dort.

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