‹ Ballades et sonnetsChapitre 88 sur 101 · LA VITRE · texte numérisé non relu

LA VITRE

Des orgues folles de sa trompe

Tout un glas clame, en faux-bourdons

De messes, vêpres et pardons,

La honte de l'hôte qui trompe,

La foi qu'en l'homme ont les bourdons.

Assez. Vole dans la verdure, Par la baie ouverte, à ton nid, Et pour ton tourment sois béni, Quelle est l'âme qui ne l'endure A la vitre de l'infini ?

Il n'est pèlerin qui dévie Dans les mirages anormaux Du morne désert de la vie Si sa marche est bien asservie Au libre instinct des animaux.

La bête, initial mélange

De souffle astral et de limon,

Est à l'homme ce qu'à Dieu l'ange,

Le guerrier doux de sa phalange,

Son esclave el sou bon démon.

Amis, n'allez pas sur la terre Sans voire escorte ! Au moindre pas Fait clans la forêt du mystère La roule manque au solitaire ; Ceux qui vont seuls n'arrivent pas.

Écoutez ce que Jésus prêche : — Tout nouveau-né crépit à neuf Son étable à la paille fraîche Et rassemble autour de sa crèche Ses brebis, son âne et son bœuf.

Il suffit qu'un fils d'Eve naisse Pour qu'un troupeau forme le vœu De le suivre, et le reconnaisse Par héritage et droit d'aînesse Comme grand frère, — chef du l'eu.

Repose ou veille, campe ou marche, Pour l'exode <>u pour lc> séjours, Voici ta lente, patriarche.

Chaque homme es! le Noé d'une arche Qui sauve une œuvre des ><-\>\ jouis.

Et cetle famille adoptivé Des parents pauvres et muets, Demi-libre et demi-captive, Dans le blé d'amour qu'on cultive Remplit l'office des bluets.

Or de ce fait seul qu'on la nomme Des noms sonores dont l'airain Fête le saint ou le grand homme, La bêle est baptisée, en somme, Et c'est ta filleule, parrain !

Je déclare donc la coutume Logique, et m'en fais le soutien.

Oui prescrit que, morte, on l'inhume Pour qu'en paix elle se consume Dans l'arôme du sol chrétien.

Philosophique nécropole,

.le bénis le campo-santo

Où, digne de Vincent de Paule,

Le bon maître, sur son épaule,

Porte son chien dans son manteau.

Je compatis à la névrose De l'aïeule à qui nul trésor Ne donne le bonheur morose D'enguirlander d'un ruban rose L'urne cinéraire d'Azor.

Le vieux chat trépassé mérite Son tertre; il est môme opportun De l'orner de la croix du rite, Puisque, selon la foi spirile, Là-haut, la Madone en porte un.

L'oiseau que, sous une jacinthe, L'enfant en pleurs ensevelit Vaut son pouce de terre sainte ; Il a «hanté ! — Que dans l'enceinte Où dort Mozart il ait son lit.

Jocko, loin de sa forêl vierge, Succombe à nos frimas ? Je dis Qu'il a tous les titres au cierge Qu'on brûlerait pour un concierge El deux fois au De Profundis.

De son agrafe d'émeraude Le lézard a broché mon seuil ; De mon toit Taraude en maraude A détourné le mal qui rôde; Qu'on les mette dans mon cercueil.

L'ara qui charmait ma grand'mère A cent ans tombe du perchoir ?

L'empailler, qui, moi, fils d'Homère?

Non, l'icône est trop éphémère Quand un siècle on tint le crachoir !

Fi du coche où l'on ne relève La jument fourbue ! Elle est sœur Servante, amie, et, mieux, ('lève Du lâche, marqué pour le glaive, Oui la livre à l'équarrisscur.

Honte à l'élal du bestiaire Où pend au rouge chevalet L'héroïque vache laitière Qui nous cède pour la litière Ses petits, sa force et son lail !

Pour toi, massacreur en goguette, .le te voue au sang que tu bois; C'est écrit : ton fusil te guette, Chasseur, Attila de guinguette De la chrétienté des bois.

Donc, ouvrons les terres natales, Pour qu'ils y dorment avec nous.

Aux frères des races fatales Oue des règles sacerdotales Nous déposent sur les genoux.

Dieu, qui pour eux reste sans prêtres, N»j saurait, sans se blasphémer, Rejeter du ciel les seuls êtres Oue jamais il n'a surpris traîtres A sa loi terrible d'aimer.

Dans le préau des Invalides Où les dix-huit canons du roi Sur une foule sans effroi Pointent dos foudres sans bolides;

A l'ombre du dôme vermeil Qui flamboie à chaque éclaireie, Le vieux débris qu'on >< remercie »

S'affale en un demi-sommeil.

Il a lu la feuille imprimée Où, sous le nom de Pierre ou Paul, Quelqu'un biffe Sébastopol !...

C'est bien : il retourne en Crimée!...

Il rêve qu'il est à « l'endroit » :

Une tour que la brume ébauche, El qu'il écrit de la main gauche :

« Ici repose mon bras droit. »

Il n'en restait pas sans nouvelles.

Chacun sait que l'on sent mouvoir, Notamment quand il va pleuvoir, Les doigts absents dans les cervelles.

On dit qu'au jugement dernier Dieu le lui rendra! « Pourquoi faire?

père Éternel, je le préfère, Sors plutôt ma croix du charnier!

« Mais n'importe. A présent, la guerre, Cela se fait par plaidoyers, Et l'on renvoie en leurs foyers Ceux de demain et de naguère.

« Puisque c'esl l'ordre, j'obéis.

Mais à notre âge, en la matière, Le foyer, c'est le cimetière ; On n'en a plus d'autre au pays!

« 'A quatre-vingts ans, les pénates Mesurent aux estropiés Sur le sol, en large, six pieds Et quatre pour les culs-de-jattes.

« Du temps que j'avais des cheveux Ma famille emplissait la France, I !ar c'esl le pantalon garance < >ui m'y culottait mes neveux.

« L'oncle battait de la guibolle Aux bals dont il était exclus.

Or il paraît qu'il n'en faut plus!

Assez causé. Fin du symbole!... »

Il se lève, au cri des genoux Rebelles à la promenade :

Sous les tilleuls de l'esplanade Flottent les rubans des nounous ;

Et plus loin ronfle la peau d'âne De ces écoles de tambours Qui battent la charge au rebours De la gloire que Ton condamne.

Le quartier et son député Qui vont surgir du jeu de boule Donl il organisait les poules S'évoquent dcvanl l'amputé.

Lorsque la rue et l'édifice Auront pris arbres et eourtils, D*où les ballons partiront-ils, Comme aussi les feux d'artifice?

Il rentre dans son jardinet Où la ronce envahit la rose Et, la tète ailleurs, il l'arrose ;

L'été, c'était là qu'il dînait.

Au domino comme à la carte Là qu'il flanquait entre, deux vins Sa tripotée au Quinze- Vingts Qui ne sait pas ce qu'il écarte.

11 ne verra plus le sergent, Des gais in val os le modèle.

Éteindre 1<' soir sa chandelle, Four rire, avec son nez d'argent !

Il n'ira plus sous la tonnelle Brandir son moignon démanché Devant le couple endimanché Oui mange la frite à Grenelle!

République ! On ferme! Bonsoir!

L'invalide a cessé de plaire.

Et le manicrot exemplaire Devant la grille va s'asseoir.

Puis, l'œil tourné vers la colonne 11 encense, pour le moral, D'une pipe de caporal Lé.« Petit » que l'on déboulonne.

Mais qu'a-t-il? Au coin lacrymal Est-ce une larme qu'il essuie?

Son baromètre est à la pluie...

Ah ! que l'eu son bras lui l'ail mal !

VACANCES IMPOSSIBLES (rimes roulevardières

Viens, ma Muse, fais-loi bergère :

Fuyons, jusqu'aux bords de la nier.

La rue — ils rappellent : Bergère — Où sévit l'art de Diémer.

Puisqu'il n'est point de marais pire Qu'un théâtre qui reste ouvert.

Allons-nous-en où L'on respire :

(Test le temps de 9e mettre au vert.

Page 1