‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 10 sur 139 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

En i83i , Ballanche publia la Vision d'Hébal, livre qui n'est pas encore oublié aujourd'hui, peinture extraordinaire, harmonieuse et superbe, épanouissement magnifique de la pensée humaine, œuvre que Chateaubriand proclamait la plus élevée et la plus profonde de toutes celles du philosophe.

Chef d'un clan écossais, Hébal est un voyant abîmé dans l'extase comme saint Jean à Pathmos, comme Ballanche lui-môme qui, durant une maladie, s'entendait gémir dans un pavillon éloigné ou qui, traversant un pont de Lyon, avait eu soudain l'intuition des choses humaines. « Pour Hébal, tous les êtres, tous les objets avaient une voix. Ce quelque chose, qu'on disait l'âme de la création, s'entretenait avec son âme. Il croyait avoir voyagé, sans l'intermédiaire de ses sens, dans les régions de l'intelligence pure. Cette solitaire exaltation de toutes les facultésphysiologiquesetpsychologiques, qui fut l'objet de tant d'études dans les systèmes anciens et qui est si discréditée de nos jours, avait été produite en lui par l'extrême susceptibilité de son organisation douloureuse.... » Pendant un crépuscule d'été, le visionnaire embrasse d'un même regard une énorme revue des choses, une

Page 1