CHAPITRE X
dre ces sortes d'inquiétudes à mon sujet. Je ne puis rien à ces orthodoxies méticuleuses, et alarmées, jusqu'au moment où j'aurai dit mon dernier mot.
Est-ce que vous n'avez pas le projet de faire au moins une petite apparition ? Je suis attristé de vous voir prendre ce parti, et tous vos amis en sont attristés. L'argent est un terrible ennemi.
M. de Chateaubriand, pour combattre cet ennemi, médite d'aller à Versailles. Ceci serait bien triste aussi.
Ma santé n'est pas mauvaise, mais il faut que je la surveille.
N'ayez aucune crainte au sujet de mon travail ; ce n'est pas lui qui peut porter atteinte à ma santé.
Vous êtes bien excellente de m'en parler comme vous m'en parlez.
Ces jours-ci, M""» Récamier parlait d'avoir une petite maison de campagne, pour l'été,', dans le voisinage de Saint- Vrain.
Quelle dispersion ! Gomme toutes ces préoccupations sont tristes !
Moi qui aurais tant voulu que nous demeurassions tous sous le même toit.
J'ai bien besoin de toute ma sérénité pour ne pas être consterné.
Ce que vous me dites de M. de Sivry me fait une véritable peine. Il n'est point venu me voir depuis bien longtemps, et la dernière fois que je l'ai vu, je n'ai rien trouvé d'extraordinaire en lui. Mais je vois bien qu'il se tient sur une fort triste réserve.
Vous ai-je dit que M. Royer était très souffrant ? Vous ai-je dit que M. Wilson était arrivé, et qu'on n'est pas sans inquiétude sur M. Royer-CoUard ?
Demain je dîne chez M. de Kergorlay, c'est-à-dire que je vais manger mon lait chez lui.
M. de Chateaubriand s'attriste fort, parce que sa femme
est toujours souffrante, parce que sa vie est bien en dehors de tout ce temps-ci.
M. Lenormant est arrivé en bonne santé, sauf son bras que le voyage a un peu endolori. Voilà un ménage bien heureux.
M. Ampère arrive à la fin du mois.
Mille et mille tendresses respectueuses.
Hébal.
Heureuse fin d'année pour M'"'^ d'Hautefeuille, car son amour-propre d'écrivain se voyait doucement chatouillé. L'éditeur René publiait une nouvelle édition de VAme exilée, avec addition de Naphtalie, poème par Florian, en même temps que paraissait chez Belin-Leprieur un in- 12 intitulé : Les sœurs des anges. Peut-être semble-t-il inutile de chercher à travers la presse les éloges décernés à ce livre, lorsque l'on constate par les lettres suivantes la réserve des meilleurs amis de l'auteur.
i^"" janvier 42.
Dieu nous est venu en aide, jusqu'à présent, au milieu de toutes nos traverses. Il faut le prier de nous être en aide jusqu'à la fin.
Les Sœurs des Anges nous sont enfin parvenues. Je ne puis encore rien vous en dire. Extérieurement, le volume est très bien. Intérieurement, j'en connais tout le prix.
Depuis vous, M""* Récamier a toujours été assez souffrante. Mais vous n'êtes pour rien dans ce malaise ; vous n'y êtes que pour l'allégement que vous lui avez procuré. Soyez sûre qu'elle aime beaucoup votre société et que vous êtes très avant dans son cœur.
Pourquoi sommes-nous tellement séparés ?