‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 104 sur 139 · CHAPITRE XI. aOI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. aOI

Hier, depuis une heure jusqu'à minuit, le salon de M™« Récamier n'a pas désempli.

Aujourd'hui, de même.

En rentrant ce soir, je trouve une foule de cartes de visite et de billets.

Je n'ai eu que 17 voix à l'Académie, mais si j'avais eu un second tour, beaucoup de voix engagées me seraient revenues. De plus, j'avais un pauvre malade, M. Royer, et deux absents qui m'ont écrit leur chagrin de ne point coopérer à ma nomination.

Tous mes amis ont été d'une grande perfection. M. Thiers était d'un empressement et d'un entrain dont vous ne pouvez- vous faire ime idée.

C'est M. de Barante qui me recevra et qui désire que ce soit le plus tôt possible.

Je sais que mon élection a fort réussi dans la société, et Fanny prétend qu'elle est très populaire.

M'"* Récamier heureusement s'est bien trouvée hier toute la journée , et elle a pu recevoir toutes les visites si bienveillantes sans trop de fatigue.

Aujourd'hui , elle était un peu fatiguée , et je pense bien qu'elle ne voudrait pas souvent recommencer.

Je ne m'attendais point à ces émotions, je me croyais plus philosophe que cela; c'est qu'il est bien bon de se voir des amis hors du cercle de l'intimité, et qu'il est doux de sentir ses amis heureux d'un succès.

Vous m'avez bien manqué, M. d'Haute feuille m'a manqué, et mon jeune ami Charles, et même son maître des études.

HÉBAL

C'est M. de Barante qui fut chargé de recevoir le nouvel académicien. Ballanche pria son collègue Mignet de prononcer à sa place le discours obligatoire, pendant que lui-même promenait son regard

sur la salle à travers son lorgnon, de l'air d'un homme absolument désintéressé ^^K Cette séance fut la dernière où Chateaubriand consentit à paraître, et son vieil ami lui adressa dans sa harangue un hommage reconnaissant qui se terminait ainsi : « Plus d'une fois il a consacré dans ses écrits des souvenirs qui nous sont communs, des suffrages qui ont été pour moi des titres aux vôtres. Ainsi ce nom destiné à survivre à tant de noms, ce nom qu'en vain je voulais taire, doit emporter le mien sur ses ailes. » A ces nobles paroles toute la salle se leva, applaudit durant plusieurs minutes avec des transports d'enthousiasme, tandis que l'illustre auteur d'Atala se couvrait les yeux de ses mains pour dissimuler les larmes qui le gagnaient.

i5 mai 42-

Me voici revenu à mes habitudes.

Une seule chose est changée, c'est que je vais au bois de Boulogne au lieu d'aller à l'Abbaye.

C'est que je me suis remis à la Théodicée de Vhistoire.

C'est que je vais remplir mes nouveaux devoirs d'académicien. Hier, par exemple, nous avons nommé un successeur à M. Royer. J'aurais voulu Sainte-Beuve, nous avons eu M. Patin. Celui que je voulais après Sainte-Beuve, c'était M. Alfred de Vigny. Je me suis résigné.

(i) Soaçenirs et correspondance de M"' Récamier, t. II. Voici ce que disait irrévérencieusement le Rivarol de 18^2 : Quelques ChampoUions de la critique prétendent que les œuvres de M. Ballanche ne sont que la contrefaçon mystérieuse et sublime des hiéroglyphes égyptiens; à ce compte, on devrait les graver sur un obélisque pour donner da tintouin aux races futures. On vient d'embaumer ce vieillard déjà antique, on l'a ficelé de bandelettes et déposé dans une niche de l'Académie avec cette étiquette : Ballanche-Logogriphe.

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