CHAPITRE XI
Je n'ai plus qu'une toute petite occupation, c'est la réponse à quelques lettres; j'en ai tant reçu! C'est la distribution de mon pauvre discours. Je dis pauvre , car certainement il n'entrera pour rien dans la composition de mon monolithe. C'est un épisode de toute nullité. °
11 me paraît (pie la campagne réussit à M^e Récamier. EUe voudrait, à présent, ravoir ce que vous avez entre les mains, parce qu'elle voudrait profiter de son séjour à la campagne pour mettre de l'ordre dans ses papiers. Elle est loin d'avoir renoncé à ce que vous avez le projet de faire pour elle; mais elle pense que, cet hiver, lorsque vous serez un peu établie à Paris, vous pourrez mieux vous entendre à vous deux.
M™* du Rosay vient de perdre sa belle-fille, qui a été enlevée presque subitement par ime fluxion de poitrine. M""* Récamier lui cède son salon pendant son absence pour lui faciliter la réunion de sa famille auprès d'elle.
M""* Lenormant est rétablie, mais elle est restée tellement brisée qu'elle n'a point encore pu aller voir sa tante à la campagne.
M. David arrive la semaine prochaine.
Je me suis remis au travail, mais je n'ai point oublié qu'il faut que vous vous y remettiez.
Je me suis déjà entendu avec M. Lenormant.
Mille tendresses les plus tendres et les plus respectueuses.
Hébal.
L'Académie me paraît toujours inclinée vers les médiocrités.
Toutefois M. Patin n'est point une médiocrité, et il a fini par avoir vingt et une voix. Vous voyez qu'il y a progrès.
J'allais oublier que Fanny a remis la casquette à la voiture ; elle m'a cependant bien recommandé de vous le dire.
204 BALL ANCHE ET M^^ d'hAUTBFEUILLE.
Le i3 juillet, le duc d'Orléans se rendait de Paris à Neuilly dans sa voiture, dont les chevaux s'emportèrent. Par une aberration inexplicable chez un prince calme, souple, adroit et connaissant parfaitement les sports, il sauta sur la chaussée, et la violence de la chute occasionna une congestion cérébrale dont il mourut. Ce triste événement devait fort affecter le vieux monarchiste qu'était Ballanche.
i6 juillet 42.
Voici un bien fatal événement. Les hommes n'y sont pour rien. C'est comme M. le duc de Bordeaux. Excepté pourtant le résultat.
N'est-ce point une sorte d'impossibilité au sol social de produire une dynastie ? Et Dieu ne voit-il pas cette impossibilité ?
N'y a-t-il pas, de plus, ici, une expiation peut-être d'un sentiment mauvais au sujet de l'accident de M. le duc de Bordeaux ? J'espère que cela n'est pas, mais on le dira, en le pensant, ou sans le penser.
J'attends avec bien de l'impatience les Chambres.
Il n'y a qu'un homme dont je sois réellement curieux de savoir comment il se dessinera dans tout ceci. Cet homme est M. de Lamartine. Je suis bien sûr que je pourrais le prévoir, si moi-même je pouvais prévoir ma conduite, si j'étais dans le cas d'en tenir une
J'ai vu M. Royer-CoUard fort attristé, fort inquiet. Vous savez qu'il ne s'est point présenté pour la députation. Je l'approuvais ; aujourd'hui je le regrette.
Une parole quelquefois a une grande puissance, quand cette parole est spontanée, et qu'elle naît de l'impression reçue dans le lieu même et dans le moment où s'agitent les destinées.