CHAPITRE XI
qu'il s'est séparé des fautes de la Restauration pour conserver ses éventualités. Je suppose donc qu'il n'a point agi contre la Restauration,
Cependant il reste toujours à expliquer la conspiration Didier.
Mais ce qui est incontestable, c'est le vote de son père.
Il est étranger à ce vote.
Mais c'est en qualité de fils de son père qu'il a été choisi en i83o.
Quant à son malheureux fils, je ne sais jusqu'à quel point il avait livré son avenir à M. Thiers.
Or, M. Thiers a fait trois choses :
Il a traqué Madame la duchesse du Berry.
Il a eu entre les mains le choix de deux guerres :
La guerre d'Orient , qu'U a évitée en faisant rentrer nos flottes à Toulon.
La guerre révolutionnaire de 92 , en portant nos armées sur le Rhin et en Italie.
C'est de cette seconde guerre qu'U s'était infatué, et qui aurait été l'abolition de la France.
Je crains bien que notre malheureux prince ne se soit infatué de cette seconde guerre.
Vous voyez que je mets à part la catastrophe , pour ne voir que la situation elle-même.
Elle n'aurait pas eu lieu que la situation existait ; seulement on l'apercevait moins.
Mais la Providence voit tout.
Sans doute, elle a cru nécessaire de la montrer aux hommes.
Vous savez ma conviction sur la liberté humaine.
Dieu s'est fait la loi de respecter cette liberté , condition absolue d'une intelligence responsable.
Dieu ne s'est réservé que les avis et les enseignements.
Jamais les avis et les enseignements n'ont manqué.
Il y aurait un livre à faire sur tout cela.
208 BALLANCHE ET M""» D'hAUTEFEUILLE.
Je n'en ai pas le courage.
D'ailleurs, je n'y vois pas assez clair.
Si je m'étïiis trouvé chez moi samedi, je vous aurais dit ma pensée. Il m'en coûte de l'écrire.
Je puis vous dire que j'ai été au désespoir, le mot n'est pas trop fort , lorsque j'ai su votre apparition.
HÉBAL
A son titre de philosophe de l'Abbaye-aux-Bois, Ballanche eût pu joindre celui d'organisateur des voyages. C'est lui qui désignait les jours de départ, surveillait le transport des bagages, combinait les déplacements et correspondait souvent avec les hôtes divers. Le i^"" août, il prévenait M""^ d'Hautefeuille de cette façon :
« M™® Récamier part samedi pour Maintenon.
Le même jour je pars pour Saint- Vrain.
M. de Chauteaubriand, en quittant Néris, ira à Maintenon.
M°>'' Récamier compte séjourner huit ou dix jours à Maintenon.
Elle reviendra avec M. Brifaut.
Vous savez qu'elle désire vivement vous faire une visite.
Elle ira directement de Maintenon à Saint- Vrain. Elle demeurera un jour plein auprès de vous avec M. Brifaut.
Ils me ramèneront à Paris. »
On croirait lire le tableau de travail d'un grand écuyer. Le projet était d'ailleurs bien établi, puisqu'il réussit. Juliette passa vingt-quatre heures