‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 116 sur 139 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Rancé. Le plan semble parfaitement combiné, il ne lui manque que l'approbation de M""' d'Hautefeuille.

4 mai 4^.

Il faut voir les choses comme elles sont, dans la réalité, et ne pas vainement s'elîrayer des apparences.

Eh bien ! au fond, M^e Récamier a, tout l'hiver, rêvé le mois de mai à Saint- Vrain, auprès de M. et M"»® d'Hautefeuille. De leur côté, M. et M'"^ d'Hautefeuille accueillaient ce projet qui m'était si doux.

Cela a été ainsi tant que nous avons été éloignés du moment. Lorsque le moment s'est approché, deux craintes imaginaires ont surgi.

M. et M™« d'Hautefeuille ont craint de ne pouvoir accomplir à leur gré une hospitalité qu'ils avaient désiré offrir. M'"* Récamier a craint de gêner ses aimables hôtes.

Ces deux craintes, à mon avis, sont complètement imaginaires.

M™« Récamier est d'une facilité extrême pour toutes ces sortes d'arrangements. Et ici, le charme de la société compense, et bien au delà, toutes ces petites appréhensions.

Je dois dire que ce n'est pas elle qui a été atteinte, la première, par la crainte que je viens de signaler. Elle a commencé par croire la sentir dans M. et M'"» d'Hautefeuille.

Et cela est assez simple, c'est l'hôte qui reçoit qui doit éprouver ce sentiment plutôt que l'hôte qui est reçu.

Mais enfin ce sentiment se réfléchit de l'un sur l'autre : c'est à la raison à le dominer.

Moi, j'ai toujours craint ce qui est arrivé, mais je dois dire que je n'ai jamais douté que nous finirions par triompher de cette méfiance mutuelle. L'affection mutuelle ne connaît point d'obstacle, et ici, il n'y a point d'obstacle réel.

224 BALLANCHE ET M™» d'HAUTEFEUILLE.

Il faut pourtant que je vous dise encore une chose.

Lorsque autrefois M™e Récamier allait passer un mois à Angervilliers , elle s'arrangeait avec M'"^ de Gramont pour le partage de la dépense. La situation est absolument la même.

Ne pourrions-nous pas aussi profiter des bonnes intentions de M. de Mortemart? Par exemple, si la chambre que vous avez la bonté de me destiner pouvait être utile pour faciliter des arrangements, M. de Mortemart pourrait peut-être me donner une chambre dans son château. Moi, je n'ai aucune répugnance, vous le savez, pour les châteaux.

Voyez, je vous prie, aux moyens de mettre de la facilité qui fit que tous nous écartassions les obstacles purement imaginaires, et que nous pussions hardiment faire ce que nous désirons tous.

Écrivez-moi à cœur ouvert.

M™» Récamier, qui sait que je vous écris, voudra voir votre réponse. Si vous avez quelque chose de confidentiel à me dire, écrivez-moi sur un papier séparé, afin que je puisse montrer votre lettre en retirant le papier.

Mille et mille tendresses les plus tendres et les plus respectueuses.

HÉBAL

6 mai 43.

Votre lettre que j'ai reçue hier, je l'ai montrée à M'"^ Récamier qui a été ravie d'y voir percer le sentiment que les obstacles étaient d'un genre facile à vaincre. Au fait, je l'ai montrée parce qu'elle me paraissait une réponse anticipée à la mienne. M™« Récamier, qui ne s'arrête point en si beau chemin, a, de suite, imaginé qu'elle pourrait faire avec vous le travail dont il avait déjà été question , mais qui serait impossible à Paris. Mais je veux insister sur ce qui avait été établi pour les séjours d' Angervilliers. C'est le véritable moyen de constituer un étabUssement à plusieurs.

Page 1