‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 117 sur 139 · CHAPITRE XII. 2a · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. 2a

Moi, je plonge un peu plus avant dans l'avenir. Serait-il impossible d'espérer qu'un jour cette communauté d'établissement s'étendît jusqu'à Paris? Par exemple, un appartement qui vous conviendrait dans une des trois maisons qui sont vis-à-vis de l'Abbaye, et qui vous permettrait de faire vie commune avec nous tous. Nous aurions un petit phalanstère à la ville et à la campagne , et , au moyen du chemin de fer, nous resterions toujours ensemble.

L'homme vient de conquérir bien plus qu'un continent nouveau, puisqu'il vient de conquérir un domaine immense dans le temps et dans l'espace.

M. de Mortemart ira habiter son château aussitôt qu'il saura le départ de la colonie.

Vous parlez de venir passer un jour à Paris, mais ce n'est pas suffisant. Il faut y coucher. Sans cela, nous pourrons à peine nous voir, et pas du tout causer.

Mille tendres et respectueuses tendresses.

Hébal.

8 mai 43.

J'ai vu hier soir M'"^ de Kergorlay. Nous avons beaucoup parlé de vous, de M. de Kergorlay. C'est un voyage fort triste qu'elle va faire, mais qui, pour elle, est un vrai bonheur. M. de Kergorlay commencera par prendre les eaux d'ischia dans le golfe de Naples, ensuite ils iront s'établir à Gastellamare. Je crois qu'en effet Naples ne serait pas tenable, pour eux, dans l'été. Ils vont habiter des lieux enchantés, mais je doute qu'ils soient très sensibles à la beauté des lieux. Mais que, du moins, ils y trouvent la santé. M™' de Kergorlay m'a paru aussi bien que possible, et les nouvelles de son mari sont assez bonnes. Elle n'a pu voir, avant de partir, ni vous, ni son beau-frère.

Je crains que ma dernière lettre vous ait paru un peu extravagante. Mais, que voulez-vous? C'est un de mes

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rêves, cette communauté de vie. Tendons-y et prenons du projet ce qui en est exécutable , pour le moment, c'est-àdire un mois U Saint- Vrain. Pendant ce mois, nous parlerons des autres rêves. Ce mois pourra être fort bien employé, puisque vous avez des travaux à faire avec M""= Récamier. Elle me disait, hier, que cette intimité avec vous lui faisait l'effet de cette intimité, hélas! si ancienne, avec M™e de Staël, et qui est restée si vivante dans ses souvenirs.

La nécessité où vous allez être de venir faire un établissement à Paris, pour M. Charles, m'avait fait croire que le projet complet pouvait bien ne pas être si extravagant qu'il vous a peut-être paru au premier abord.

Ne songeons à présent qu'au mois de Saint- Vrain : puisque vous venez dans quelques jours, nous en causerons à cœur ouvert. Ensuite, à Saint- Vrain, nous causerons du reste, quand ce ne serait que pour mettre un intérêt de plus dans notre séjour.

Mille et mille tendres et respectueuses tendresses.

Hébal.

Que sont, hélas! les affaires humaines? Tout était convenu, tout fut ajourné. M""" de Chateaubriand se susceptibilisa de ce que son mari, partant pour les Pyrénées, ne lui donnait pas entièrement son temps. M"*' Récamier, ne voulant point la contrister, remit donc son départ, et le pauvre Ballanche demeura consterné. Son erreur tenait à l'envie prodigieuse qu'il avait de voir compléter une association charmante vers laquelle il gravita jusqu'à son dernier jour. Sur ce point il resta incorrigible.

Un moment il crut que M""^ d'Hautefeuille bou-

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