‹ Ballanche et Mme. d'HautefeuilleChapitre 118 sur 139 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

dait la colonie. « Nous punissons-nous de nos projets avortés? écrivait-il.... M""" Récamier espère que vous reprendrez possession chez elle de votre petit lit blanc » (lettre du 20 juin). Et la châtelaine de Saint-Vrain revint faire une courte apparition pour témoigner de ses amicales dispositions. Ce n'est pas d'elle, espérons-le, que s'occupait M""" Récamier lorsqu'elle disait vers cette époque à Chateaubriand : « Je ne vois plus que des temmes qui ne me plaisent guère ! »

Peu de jours après, on apprenait la nouvelle de la mort du prince Auguste de Prusse. M""^ Récamier fut très touchée par ce coup brutal. C'étaient les jours de Coppet, le tableau de Corinne, les belles époques qui s'engouffraient dans le néant. « Dieu ! soupirait Ballanche, que la vie est triste à mesure qu'elle se dévide pour finir l'écheveau. »

A la fin de septembre, le philosophe alla passer quelques jours à Saint-Vrain, et, dès son retour, continua d'entretenir M'"'' d'Hautefeuille de ses espérances et de ses inquiétudes.

8 octobre 43.

Le pas d'une fourmi pèse sur l'univers,

Et sur l'œil de Pinsecte il (Dieu) peignit l'univers.

Voici deux vers isolés qui me sont restés dans la tête depuis 1792. Vous le voyez, il y a longtemps.

L'auteur ne connaissait aucun des phénomènes de la daguerréotypie, aucune des lois de création que nous allons être en train de trouver.

J'avais autrefois remarqué un vers de Manilius qui

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était l'attraction newtonienne, dont certainement Manilius ne se doutait pas.

Dans les Fastes d'Ovide, on trouverait, à propos des doctrines fulgurales, des choses qui paraîtraient contemporaines de Franklin.

M. Wronski a fait de grands travaux sur la locomotion ; il a pris, vers i836, plusieurs brevets dont aucun n'a encore été exploité, mais qu'il offre aujourd'hui au gouvernement.

Il vient de publier un très gros livre que je vous enverrai un de ces jours, non point pour vous, mais pour M. Hetsch.

C'est un livre fort important, à mon avis, en philosophie (I),

Je ne l'ai pas encore même entrelu , mais j'en sais toute la portée. J'y suis traité un peu cavalièrement, d'après la Gazette d'Augsbourg. Gela m'importe peu, toutefois, cela me confirme dans mon opinion que j'ai besoin d'abriter mon nom, quoi que vous en disiez.

Or, M. Wronski croit avoir trouvé la loi de création, d'où résulte la solution mathématique des grands problèmes du monde physique, ceux de la mécanique céleste, de la construction mécanique de la terre ou des corps célestes, et de la construction physique et chimique de la terre.

C'est ce qui l'a conduit à résoudre le problème de ce qu'il appelle la locomotion spontanée.

M. Wronski ne sait pas que je me suis occupé du même problème sans avoir aucune de ses immenses connaissances mathématiques.

Je ne crois pas avoir découvert la loi de création , mais je crois être certain de signaler une des lois de création.

(I) Wronskil(Hoene), I7j8-i853. Ce philosophe, oublié aujourd'hui, était en politique, en religion et en mathématiques, un novateur dont le style obscur rendait les ouvrages difficiles à lire. Il avait écrit en i835 un Nouveau système de machine à vapeur, et publié en 1842 le premier volume du Messianisme. 3 vol. in-8.

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